vudeloin a écrit:Il y a un ensemble plus au centre, si l'on ose dire, dans l'arc en ciel, avec le Paraguay et l'Uruguay et les deux pays de " gauche ' mais plus modérés sont le Brésil et l'Argentine, ne serait ce que parce que Lula a été élu avec un vice président libéral.
Même si je suis un petit en désaccord avec tes classifications de gauches latinoaméricaines, c'est un sujet politique très subjectif! - je voulais juste faire une petite note sur la politique brésilienne en général et sur des choses que des observateurs étrangers ont souvent du mal a comprendre...
Vu la transition en 1985, le personnel politique conservateur de l’ère militaire (64-85) n'a pas eu la vie trop difficile depuis, mais c'est aussi du au légendaire opportunisme de la droite brésilienne. Depuis au moins l’avènement de Pedro II sur le trône, le politicien brésilien a été d'une légendaire souplesse vis-a-vis des partis et de l’idéologie. La majorité des partis brésiliens (cf le post sur les élections brésiliennes de 2010) n'ont aucune idéologie (sinon le conservatisme et le soutien du status-quo) et cherche juste l’accès a l'argent/pouvoir/contrats clés... le problème c'est que ces partis forment la majorité au Congres. Leur soutien, donc, et clé pour un président et pour accéder au pouvoir. Il est impossible de gouverner au Brésil sans accommoder ces partis, dont le puis puissant, le PMDB, détient actuellement la vice présidence, présidence du sénat et bien d'autres postes clés encore.
Egalement la nécessité, selon la majorité modérée du PT et de Lula, d'aller plus vers le centre pour rassurer l'opinion conservatrice et les grands barons politiques de droite et donc être élu. Le Lula de 1989, socialiste et 'radical' ne pouvait pas gagner. Donc, en 2002, Lula a choisi une campagne très modérée et centriste qui a convaincu (même si en 2006 et en 2010, la campagne du PT était plus a gauche en termes de style). Une alliance avec les opportunistes de "droite" faisait donc parti de cette stratégie. On a vu les effets néfastes d'une telle alliance en 2005 avec le mensalao, mais Lula a juger nécessaire de s'allier avec ses ennemis de 1989 si il voulait l'emporter en 2002. Vu l'opportunisme du personnel politique traditionnel, cela ne leur a poser aucun problème donc José Sarney (actuel président du Sénat, ex-président de 89 a 91, ex-allié des militaires) se retrouve donc comme un des plus fidèles alliés de la majorité de gauche. Plus encore, Fernando Collor, le vainqueur de Lula en 1989, actuellement sénateur pour un petit parti opportuniste (ironiquement, il siège dans la même majorité que Lindberg Farias, nouveau sénateur PT qui était leader du mouvement étudiant qui a mené a sa déchéance en 92!), est un fidèle allié de Lula/Dilma. Si je ne m'abuse, l'ex-leader de la majorité de Lula au sénat était également leader de la majorité de centre-droit de Cardoso (95-03).
Les barons politiques (du Nordeste) qui sont resté fidèle a leurs racines de droite (cf le parti démocrate, ex-PFL) sont aujourd'hui en chute libre dans l'ancien fief oligarchique du Nordeste, au profit de la gauche qui rafle tout dans le Nordeste. Marco Maciel, vice-président de Cardoso de 95 a 03 et figure emblématique de la droite oligarchique régionale depuis les années 70, a été largement battu en 2010. La redoutable machine politique de droite d'Antonio Carlos Magalhaes, baron du PFL, c'est effondré des 2006 a Bahia. Et sans doute la défaite de Jarbas, sénateur, en 2014, autre icone de cette vieille droite oligarchique qui n'a pas été assez opportuniste pour s'allier avec la gauche.
donc, pour résumer: la conversion des politiciens de droite n'a pas été universelle, loin de la, au Brésil - même si les candidats de la droite au présidentielles depuis 94 sont des types plus modernes; l'opportunisme politique de politiciens surtout de droite explique a la fois la politique de Lula et le système politique brésilien; et beaucoup d'ex-hommes de droite sont maintenant les alliés de la gauche tandis que ceux qui sont rester fidèle a la droite dans le Nordeste, terre de gauche depuis 2006, ont la vie très dure.
J'ai également un petit problème avec l’appellation "libéral" pour José Alencar, certes un homme d'affaire plutôt issu de la droite. Même sous les régimes de droite, l’étatisme a toujours été privilégié et le libéralisme économique pure/le laissez-faire n'a quasiment jamais été un guide de politique économique pour aucun gouvernement (les privatisations de certaines entreprises ne constituent pas le libéralisme, vu le très généreux et très coûteux état-providence du Brésil, le système des pensions archaïque et inefficace). Seuls Roberto Campos (ministre de la planification de Castello Branco 1964-1967) et Eugênio Gudin (ministre des finances de Cafe Filho 54-55) constituent des ministres très libéraux dans le style traditionnel du terme.
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