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La vie politique en Suisse

Forum dédié à la vie politique sur le "vieux continent". Réagissez sur les institutions européennes, les élections ou les décisions politiques de nos voisins européens.

Re: La vie politique en Suisse

Messagede Républicain67 » Dim 15 Nov 2020 19:05

Eco92 a écrit:Bon courage à vous ! (pour les petits malins je pense que notre ami parle des Institut régionaux d'administration et non de l'armée républicaine irlandaise ^^)


Merci beaucoup. Je passe en effet le concours de l'Institut régional d'administration de Metz. Il est maintenu le 17 novembre.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Jean-Philippe » Mar 17 Nov 2020 10:15

Je viens de tomber sur un article intéressant sur le passé politique du canton de Bâle-ville, l'un des seuls avec Genève, à avoir testé une sorte de Front populaire.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede pmf » Mar 17 Nov 2020 11:32

L'article joint au précédent message est fort intéressant et très instructif sur la vie politique Baloise.
Cela m'a amené à rechercher les résultats des élections à Bâle Ville du 25 octobre 2020 et ces élections mériteraient d'être commentées par un connaisseur de l'échiquier politique local ou confédéral car plusieurs étiquettes d'élus du 25 octobre méritent d'être exposées pour pouvoir comprendre ce qu'elles recouvrent en terme d'idées politiques.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede lindet » Mar 17 Nov 2020 19:29

Nous ferons travailler Républicain67 puisqu'il s'intéresse à la vie politique suisse en l'espérant reçu aux concours de l'IRA ! Mais il faut attendre un peu car si le Grand Conseil est élu, un 2e tour est organisé le 29 novembre pour le gouvernement (gouvernement et Grand conseil sont élus au suffrage universel en même temps mais à part, avec 2 tours pour l'élection nominale des membres du gouvernement). La coalition rouge-verte vacille un peu. Les socialistes reculent au Grand Conseil mais progressent au Gouvernement. C'est l'inverse pour les écologistes. A noter qu'en Suisse il existe officiellement deux grands partis écologistes, un de gauche et l'autre de droite. C'est plus clair et sans doute pragmatique et ils se retrouvent sur certains dossiers. De toute façon les coalitions sont de rigueur ce qui n'empêche pas le clivage gauche/droite de fonctionner. Mais globalement l'influence des gauches demeure forte à Bâle.
Pour PMF en illustration de votre article, l'hôtel de ville (Rathaus) et derrière un clocher de la cathédrale (protestante aujourd'hui) de Bâle où Jaurès prononça son célèbre discours le 25 novembre 1912 évoqué par Aragon dans Les cloches de Bâle.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Républicain67 » Mar 17 Nov 2020 20:51

Merci pour cet article très intéressant sur l'histoire politique bâloise. Je ne connaissais pas cet épisode de la ville, mais je peux vous affirmer qu'elle est bien un des principaux bastions de la gauche en Suisse alémanique. Le Parti communiste, puis le Parti suisse du Travail-Parti ouvrier et populaire (PST-POP, Partei der Arbeit der Schweiz, PdAS) y ont été forts jusqu'aux milieu des années 1950.

J'ai trouvé le concours des IRA (écrits) plutôt dur, surtout la note opérationnelle. Le QCM ça allait. Après je me sentirai sans doute plus près en mars prochain, vu que je n'ai plus vraiment fait note/cas pratique depuis bientôt un an (épreuve supprimée au concours de juin). Je manque clairement d'entraînement à cet exercice. Le sujet d'aujourd'hui portait sur la réforme de l'administration territoriale de l’État (organisation territorial des services publics et secrétariats généraux communs préfecture + DDI). Résultats le 14 décembre. Après je rêverais d'être admissible dès décembre.

Vu que le concours d'attaché territorial de jeudi est reporté à une date ultérieure, je me pencherait sur l'analyse des élections cantonales de Bâle-Ville, ainsi que sur les municipales dans le canton de Neuchâtel (avec en autre le fief communiste/popiste du Locle).

Si le Parti du Travail n'a jamais fait plus de 5% des voix en Suisse (son maximum historique aux élections fédérales de 1947), il était bien implanté dans plusieurs cantons (avec des scores entre 10% et 30% des voix), comme à Genève, Vaud, Bâle-Ville ou Neuchâtel. Dans l'après-guerre, il était comme à Bâle, une force politique de premier plan à Genève et dans le canton de Vaud. Dans le reste du pays, il était plutôt faible. Aujourd'hui, le PdT-POP ne subsiste plus vraiment que dans le canton de Neuchâtel. Dans le reste de la Suisse romande, il est devenu très faible. Il avait connu une petite renaissance dans les années 1990-2000 avec Josef Zisyadis, tonitruant conseiller national vaudois (brièvement conseiller d'Etat, ministre cantonal, à la fin des années 1990). Depuis son départ, ainsi que celui de Marianne Huguenin (ancienne syndique, maire de Renens, banlieue ouvrière de Lausanne), le POP est en déclin dans le canton de Vaud. Pour info, Genève a déjà eu plusieurs maires communistes (PdT), comme Roger Dafflon ou André Hediger.

Pour info, le Parti suisse du Travail (PST, parti fédéral), s'appelle Parti ouvrier populaire (POP) dans les cantons romands, sauf à Genève (Parti du Travail, PdT). En Suisse alémanique c'est Partei der Arbeit (PdA) et Partito operaio e popolare-Partito del Lavoro (PdL-POP) dans le Tessin italophone.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Républicain67 » Jeu 19 Nov 2020 14:57

Pour continuer sur le PST-POP, la RTS (télévision publique suisse) avait fait, avant les élections législatives fédérales de 2019, un intéressant reportage sur la ville du Locle (10 000) dans les montagnes neuchâteloises. Son maire, Denis de la Reussille (POP) est également le seul conseiller national communiste de Suisse. Cette ville ouvrière (industrie horlogère) est désormais la dernière mairie communiste du pays. Renens, banlieue de Lausanne (Vaud) avait jusqu'à récemment une édile popiste en la personne de Marianne Huguenin, ancienne conseillère nationale (2003-2007).

https://www.rts.ch/play/tv/mise-au-point/video/le-champ-des-partisans--le-locle-capitale-du-pop?urn=urn:rts:video:10644118

Le Locle, bastion communiste dans une Suisse très à droite. La ville la plus à gauche du pays.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Républicain67 » Mar 24 Nov 2020 08:20

Étant pris par les concours administratifs et les révisions pour l'IPAG, je n'ai pas vraiment le temps de faire des analyses politiques. Passant en début de semaine prochaine le concours de contrôleur des Finances publiques, je n'ai pas eu le temps de me pencher sur les récentes élections à Bâle-Ville. D'autant plus que cela nécessite pour ce canton germanophone de me lancer dans la traduction. Je poste donc ici un article de la presse locale alsacienne qui revient sur ce scrutin (second tour des élections au Grand Conseil et sa présidence dimanche prochain). https://www.dna.fr/politique/2020/10/26/elections-a-bale-la-coalition-rouge-verte-vacille

Sinon si vous vous intéressez à la Suisse, à son histoire et sa vie politique, je vous conseille les articles du Dictionnaire historique de la Suisse (consultable gratuitement en ligne).

Les articles sur les partis politiques et les systèmes cantonaux sont ainsi très bien fait, pour ceux qui veulent avoir une vision sur le temps long des formations politiques suisses. Dans les articles sur les cantons de Genève, Vaud ou Bâle-Ville, il est ainsi traité de l'époque "rouge" de l'après Seconde Guerre mondiale, avec la percée éphémère du Parti suisse du Travail-Parti ouvrier et populaire (PST-POP).

https://hls-dhs-dss.ch/fr/

Après vérification, en plus de Carl Miville à Bâle-Ville (1944-1950, PdT/PdA), un autre communiste a déjà exercé une fonction de ministre en Suisse. Josef Zisyadis, bouillant conseiller national POP vaudois et personnage haut en couleur (parcours atypique, ancien pasteur pasteur protestant d'origine grecque) a été brièvement conseiller d’État vaudois de 1996 à 1998.

Pour revenir au texte mis en lien par Jean-Philippe, il y a une erreur concernant Léon Nicole à Genève. En 1936-1938, il était encore membre du PS. Pas de communistes au gouvernement genevois de l'époque. Si Genève a longtemps connu un fort parti communiste (PdT), celui-ci n'a jamais siégé au Conseil d’État. Il a par contre eu plusieurs représentant au conseil administratif (exécutif, à présidence tournante) de la ville de Genève et plusieurs maires depuis les années 1970, tel que Roger Dafflon outre André Hediger.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Républicain67 » Lun 30 Nov 2020 10:31

Passant dans quelques heures les écrits du concours de recrutement des contrôleurs de Finances publiques,je n'ai pas vraiment le temps de commenter le second tour des élections de Bâle-Ville. Je peux juste vous dire que les Vert'libéraux font leur entrée au Grand Conseil (sortie des Verts). La gauche n'a plus la majorité au sein du gouvernement cantonal.

Je vous envoie un lien sur ce scrutin. https://www.rts.ch/info/regions/autres-cantons/11786504-a-baleville-lelection-dune-vertliberale-fait-perdre-sa-majorite-a-la-gauche.html
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Hakudude » Jeu 10 Juin 2021 16:28

Il y aura ce Dimanche en Suisse 5 votations, avec 2 initiatives populaires et 3 référendum facultatifs (qui correspond à un référendum sur une loi déjà voté au parlement et recueillant suffisamment de signatures contre pour être soumis au référendum). Les modalités pour que l'objet passe sont différentes dans les deux cas. S'il faut seulement la moitié des suffrages pour un référendum facultatif, dans le cas d'une initiative populaire, il faut à la fois la majorité des suffrages et la majorité des cantons (ce qui éventuellement pourrait poser problème ce 13 Juin même si ne réunir seulement la majorité des suffrages n'arrive que très très rarement). Voici donc les différents objets soumis à référendum

1) L'initiative populaire du 18 janvier 2018 « Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique ».

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210613/initiative-populaire-pour-une-eau-potable-propre-et-une-alimentation-saine.html

2) L'initiative populaire du 25 mai 2018 « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ».

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210613/initiative-populaire-pour-une-suisse-libre-de-pesticides-de-synth%C3%A8se.html

3) Le référendum facultatif sur la loi fédérale du 25 septembre 2020 sur les bases légales des ordonnances du Conseil fédéral visant à surmonter l’épidémie de COVID-19 (Loi COVID-19).

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210613/loi-covid-19.html

4) Le référendum facultatif sur la loi fédérale du 25 septembre 2020 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (Loi sur le CO2).

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210613/loi-sur-le-CO2.html

5) Le référendum facultatif sur la loi fédérale du 25 septembre 2020 sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (MPT).

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210613/loi-federale-sur-les-mesures-policieres-de-lutte-contre-le-terrorisme.html


Le conseil fédéral (= gouvernement) ainsi que le parlement recommandent le rejet des deux initiatives populaires et l'acceptation des 3 référendums facultatifs. Voici maintenant les sondages récemment réalisées :

L'initiative pour une eau potable propre recueillerait 48% de oui, 50% de non et 2% d'indécis

L'initiative pour une Suisse sans pesticides de synthèse serait à 49% de favorables, 49 d'opposés et 2% ne s’exprimant pas.

La loi sur le CO2 aurait une très courte majorité: 50% des sondés sont pour, 46% contre, 4% ne déclarant pas leurs intentions de vote.

La loi Covid a un soutien élevé, 67% des sondés se disant prêts à voter pour, 28% contre et 5% d'indécis.

La loi sur les mesures de police aurait 67% d'électeurs en sa faveur, 27% contre et beaucoup d'indécis (16%).



Maintenant, je vais essayer de me livrer à des pronostics sur les 5 objets.

Les deux initiatives sur les pesticides ne devraient pas être adoptés. Elles sont en perte de vitesse, passant de 54 et 55% au premier sondage à 48 et 49% au deuxième. De plus, je ne vois pas la majorité des cantons voter en faveur de cette mesure. Il y a peu de chance que parmi les 6 cantons de Suisse central (dont les demi-cantons d'Obwald et Nidwald) votent pour. Ce sont des cantons ruraux, qui votent massivement pour le bloc bourgeois (c'est comme ça que l'on appelle les partis de droite et du centre) et, cela ferait 5 cantons contre l'initiative. S'y ajoutent des cantons de la Suisse orientale, avec les deux demi-cantons d'Appenzell, dont Appenzell Rhode Intérieur sûrement le canton le plus à droite de la Suisse (là-bas, la même année l'introduction d'un salaire minimum n'a fait que 12% quand le définancement de l'avortement en faisait 51), Saint-Gall (bien marqué à droite), Glaris, la Thurgovie et les Grisons, qui sont pour les deux derniers des cantons bien ruraux. Le Valais (seul canton francophone que je vois voter contre car votant énormément chrétien-démocrate et rural) ainsi que Soleure et l'Argovie. Cela ferait donc à minima 13 cantons contre ces initiatives suffisant à ne pas leur permettre de rentrer en vigueur. Les cantons de Suisse romande, hormis le Valais vont vraisemblablement voter pour, de même que Balle-ville, et possiblement Berne et Zurich. Le fait que ces deux derniers soient les cantons les plus peuplés explique le bon score de l'initiative malgré un nombre important de cantons qui voteraient contre. J'avoue ne pas savoir pour le Tessin car c'est un canton, qui économiquement est plutôt de gauche (votant pour l'initiative entreprise responsable par exemple) mais a surpris en votant pour l'accord de libre-échange avec l'Indonésie cette année et cela sera sûrement proche des 50% dans le demi-canton de Bâle-ville et à Schaffhouse.Mais, étant donné la perte de vitesse dans les sondages et l'implication du président et ministre de l'économie, Guy Parmelin qui fut agriculteur, je ne pense pas que la majorité de 50% de suffrage soit atteinte pour l'une de ces deux initiatives.

Les référendums facultatifs sur le mesures policières et les mesures du COVID devraient passer sans encombre.

Pour la loi CO2, cela va être extrêmement serré mais je la vois passer de justesse, même si elle a perdu des adhérents entre le premier et le deuxième sondage. Je l'imagine faire entre 50 et 50,5%, mais dans tous les cas elle devrait faire 48 et 52% et si elle est rejetée, cela serait à cause de la taxe sur les billets d'avion qui a un effet repoussoir sur un certain nombre d'électeurs.
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Re: La vie politique en Suisse

Messagede Eco92 » Ven 2 Jan 2026 15:50

La Suisse a vécu un drame lors du Nouvel an avec un incendie faisant une 40aine de morts dans un bar, mais un sujet politique a aussi vu son aboutissement ces derniers jours : la ville de Moutier et ses 7 200 habs se sont officiellement détachés du canton de Berne pour rejoindre celui du Jura. Cela paraît très anecdotique, et j'ignorais tout de ce sujet, mais c'est un conflit de + de 200 ans qui se conclut ainsi.

A noter : ce n'était pas une surprise, une votation locale a enterriné ce transfert en 2021, on ensuite eu lieu les négociations, puis un vote des deux chambres en 2025 une fois l'accord trouvé. En novembre dernier lors des élections cantonnales, Moutier a voté avec le Jura et l'ex maire de la ville Valentin Zuber est entré au gouvernement local.

Un peu d'histoire sur le pourquoi cette "question jurassienne" était considérée comme centrale pour ses habitants :
En 1798, la République française chasse l’évêque et rattache le territoire à la France, comme « département du Mont-Terrible ». Mais après la défaite de Napoléon à Waterloo, le Congrès de Vienne (1815) décide de rattacher le territoire à la Suisse, en l’englobant intégralement dans le canton de Berne. C’est une compensation pour ce canton qui a été une puissance dominante de la Confédération avant la Révolution, et qui a dû accorder l’indépendance au canton de Vaud.

Une population francophone et en grande partie catholique rejoint donc le canton alémanique et protestant de Berne. Ce canton devient alors le quatrième canton multilingue de Suisse. Mais, dans les trois autres, le Valais, Fribourg et les Grisons, le multilinguisme est ancré dans l’identité cantonale et cimenté par l’unité religieuse. À Berne, tout est différent : les catholiques francophones du nord du Jura ne se sentent nullement bernois et les autorités bernoises ont, depuis plusieurs siècles, une habitude de répression des minorités (par exemple celle des Vaudois au XVIIIe siècle).


La minorité francophone n'y était sans doute plus réprimée, mais c'est une sorte de réunification que des autonomistes régionalistes français envierraient (bon, ils envierraient de toute façon la liberté d'action d'un canton).

En 1974 le canton du Jura est créé par référendum, comprenant seuls les trois districts du Nord, les trois districts francophones du Sud (dont Moutier) votant en mars 1975, ils votent pour rester dans le canton de Berne : 76 % à Courtelary, 65 % à La Neuveville mais seulement 56 % à Moutier. En septembre suivant, un troisième plébiscite permet aux communes elles-mêmes, au sein des districts, de choisir leur canton : 8 communes du Sud rejoignent le canton du Jura, et 2 du Nord restent à Berne.

Tout le processus est accompagné de violences, par la parole mais aussi les actes (assassinat d'un militant pro-jurassien), les militants du Jura refusant la partition. Pour l'anecdote le militant révolutionnaire indépendantiste et écrivain québécois Hubert Aquin est venu au Jura en 1966 avant d'être expulsé par la Suisse car s'intéressant trop à la "question jurassienne"... En 1985 le tribunal est plastiqué, le "Groupe Bélier" vole des urnes et fait exploser des lieux, etc. La Constitution du Jura écrit d'ailleurs sa vocation à accueillir les communes francophones bernoises. Après un attentat à la voiture piégée en 1993, une Assemblée interjurassienne est créée pour sortir du conflit.

Un nouveau référendum a lieu en 2013, mais le canton unique jurassien est largement rejeté. Seule Moutier vote pour son inclusion à 55,4 %. En 2017 un référendum spécifique a lieu, et le rattachement l'emporte par 51,72 %, mais le vote est contesté, l'écart jugé trop faible, le covid passe par là... d'où le retour aux urnes de 2021 avec 54,9 % des suffrages exprimés pour le rattachement, avec une participation de 88,5 %.

Ville plutôt pauvre, elle l'était + dans le canton de Berne que du Jura, où elle est plus proche de la moyenne, Moutier va augmenter de près de 10 % la population du canton. Elle en est la troisième commune la plus peuplée après Delémont, la capitale, et Haute-Sorne.

Cette intégration n'est pas sans coût. D'une part le canton du Jura verse 10 millions de francs suisses au canton de Berne pour la reprise des bâtiments officiels de la ville, par ailleurs il prend (logiquement) à sa charge les coûts de l’intégration en matière administrative et sociale dès le 1er janvier 2026. Là où ça se corse c'est qu'à ce titre le canton de Berne touchait 28 millions de francs par an de « péréquation financière fédérale », une péréquation révisée tous les 5 ans et qui vient de l'être et accorde donc au canton de Berne ces 28 millions jusqu'en 2031 ! L'accord de transfert (appelé "concordat") contient bien sur une part de reversement, mais seulement de 15 millions, Berne considérant avoir besoin de 13 millions par ans pour affronter à ses coûts de réorganisation. J'avoue avoir du mal à voir comment ne plus avoir en charge une ville peut coûter autant (j'imagine qu'il y a par exemple des obligations de redéploiements de fonctionnaires qui ne voudraient pas changer de canton, etc., mais quand même).

Bonne nouvelle pour le Jura, outre que son gouvernement, une alliance entre socialistes et centristes (ex-démocrates chrétiens), a décidé en juin de suspendre le système de « frein à l’endettement »pour faire face aux coûts de l’intégration de Moutier, le gouvernement fédéral a accepté de compenser la différence et de verser 65 millions sur cinq ans afin que le Jura ait bien ses 28 millions annuels. Ce malgré des votes hostiles d'élus bernois que je comprends mal, qu'ont-ils à y perdre ?

Bref, pour Médiapart
Avec ce vote, la « question jurassienne » finit par se clore. Le mouvement jurassien, qui a abandonné la violence dans les années 1990, ne peut que constater l’impossibilité d’un canton du Jura francophone uni, alors qu’une nette majorité des électeurs et électrices du Jura bernois ont montré, entre 1959 et 2013, leur attachement au canton de Berne. Le rattachement de Moutier, ville symbole du mouvement séparatiste, représente donc l’achèvement officiel de la question jurassienne, cette épine dans le pied de la Suisse contemporaine.

Il y aura toujours des pro-Jura francophone unique dans le canton de Berne mais sans doute très minoritaires en effet, et en ère démocratique, difficile de nier les votes constants depuis 60 ans.

https://www.mediapart.fr/journal/intern ... -de-canton
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