Malgré un score honorable pour un jeune parti, l'échec à passer les 5% lors des élections fédérales coûte cher au BSW, le parti de Sahra Wagenknecht - parti qui porte simplement son nom. Avec 4,8% sa représentation nationale s'est jouée à quelques centaines de milliers de voix, mais l'échec était patent puisque quelques mois aupparavant il dépassait les 6% aux européennes et était crédité de 10% aux fédérales. Voulant rompre avec une gauche "wokiste" et sociétale, Wagenknecht a porté une voix socialement engagée et très anti immigrés ou contre l'aide à l'UKraine, avec pour objectif d'enterrer Die Linke, qu'elle a longtemps représenté. Si cela a été un temps efficace il semble après les fédérales que cette clarification de ligne ait plutôt profité à son parti d'origine qui a pu réaffirmer une ligne de gauche internationaliste.
Mais plus grave pour ce parti, là où il est localement représenté, de fortes scissions existent. Après les élections régionales de septembre 2024 le BSW avait obtenu entre 10 et 15 % dans les trois Länder de l’Est, un vrai succès lui donner une position clé pour la formation des coalitions.
Dans le Land de Thuringe, l’AfD, qui a obtenu 33 % des voix et caracolé en tête, ce qui a forcé la CDU et le SPD à chercher l’alliance avec le BSW pour former un gouvernement de « cordon sanitaire », une idée radicalement rejetée par le cheffe du parti, qui défend une ligne antisystème. Seulement Katja Wolf, sa représentante locale, a défendu cette coalition, et a signé le protocole d'accord, ce alors que Wagenknecht réclamait un préambule affirmant la fin de l'aide à l'UKraine - une condition innaceptable. Wolf est devenue ministre des finances de cette alliance anti-AFD, ce qui a mené Wagenknecht à tenter de la démettre de ses fonctions en convoquant un congrès régional, congrès régional qui a affirmé la confiance du BSW de Thuringe envers Katja Wolf et sa stratégie.
Dans le Brandebourg le SPD et le BSW se sont alliés avec l'accord de la cheffe, mais cela a clashé sur un sujet assez technique, à savoir le contrat passé entre l'audiovisuel public et l'état allemand, ainsi que les Landers, chacun devant ratifier le contrat. Au national seuls l'Afd et le BSW s'y sont opposé, le BSW condamnant un audiovisuel trop pro-système, il y avait alors consigne de voter contre, mais dans le Brandebourg le négociateur du contrat est le ministre des finances Robert Crumbach, membre du BSW. Forcément, il a défendu sa négociation. Pour le coup il n'a pas été suivi par tous les députés BSW (seuls 4, dont lui-même, ont voté l'accord), mais cela a rajouté aux tensions.
La ligne attrappe-tout et souvent floue du parti a joué dans ces tensions, et le résultat est que Sahra Wagenknecht a annoncé son départ de la direction du parti, qui va d'ailleurs devoir changer de nom. Elle prend à la place la direction d'une « commission sur les valeurs fondamentales » créée pour l'occasion.
Bon, je ne suis pas devin, mais ça ressemble pour le moment à un bel échec.
https://www.mediapart.fr/journal/intern ... opre-parti