Je me permets de renvoyer vers un article de Jacques Sapir qui date déjà de quelques mois (et que j’avais déjà cité)
http://www.marianne2.fr/Comment-Papandr ... 12260.htmlJuste pour signaler qu’il peut y avoir d’autres voies qu’une sortie de l’Euro (sortie « volontaire », puisque rien ne permet aujourd’hui d’exclure un pays de la zone Euro ou de l’UE.)
Ceci étant, que ce soit par le retour à une drachme fortement dévaluée (la Grèce serait compétitive pour ses produits agroalimentaires et redeviendrait le bronze cul de l’Europe en accueillant tous les échaudés de la Tunisie ou de l’Egypte),ou par l’utilisation de la planche à billets impactant le cours de l’Euro, cela revient au même résultat : payer les créanciers en monnaie de singe…
Rappelons aussi une petite différence qui reste encore entre un Etat et une entreprise privée.
Si une entreprise est en cessation de paiement, elle est déclarée en faillite, démantelée et les créanciers récupèrent ce qu’ils peuvent au prorata de leurs créances et de leur caractère prioritaire
Si un Etat ne paie plus ses dettes, ce n’est pas lui qui est en faillite, ce sont ses créanciers qui peuvent s’y retrouver. Les banques qui ont accepté de réduire l’ardoise grecque (restructuration de la dette, comme cela s’appelle) ne l’ont fait que pour éviter de tout perdre.
Parce que si la Grèce refuse de payer le solde, il sera très difficile de saisir le Capitole ou les monastères du Massif des Météores pour les vendre aux enchères, et la probabilité d’une invasion du Péloponnèse par l’armée de Goldman Sachs, ou du bombardement d’Athènes par l’aviation du Crédit Agricole, reste faible
Ce n’est pas très tendance de citer Staline mais on pourrait le paraphraser : « les marchés, combien de divisions ?»
La panique des « marchés », terme abstrait qui recouvre des gens (presque) comme vous et moi, banquiers et spéculateurs divers, vient du réel risque de contagion d’une fronde grecque.
Si la Grèce agit comme le suggèrent J. Sapir et quelques autres économistes pas totalement inféodés aux banques d’affaires, les pays voisins, s’apercevant que la foudre ne s’abat pas autant qu’on nous le raconte sur les pauvres Hellènes, seront tentés de suivre l’exemple.
C’est un peu comme la spirale des impayés dans un immeuble, que connaissent bien les bailleurs locatifs : quand un locataire ne paie plus son loyer et n’est pas expulsé, c’est rapidement toute la cage d’escalier qui ne paie plus.
Le bailleur sollicite donc le recours aux forces de l’ordre pour expulser l’impétrant manu militari. Dans le cas grec, les « forces de l’ordre », ce sont le FMI, l’UE, etc
Dans l’article d'Alternatives Economiques cité par Ambroise Croisat (avec un « s », donc), certains arguments sont valables, d’autres sont plus anodins : le coût de la réimpression de monnaie et des changements de comptabilité, on l’a déjà connu il y a douze ans. Recommencer ne contribue certes pas à la chasse au gaspi, mais n’a rien d’insurmontable au vu des enjeux.
Mais il ne faut pas être obsédé par l’Euro en tant que tel (défaut d’un Dupont-Aignan par exemple même si globalement son raisonnement a une vraie cohérence), on peut vivre sans mais on peut continuer à vivre avec en l’utilisant autrement…
Le résultat des élections grecques le 17 juin risque d’être plus important pour l’avenir de l’Union Européenne que nos Législatives à nous. Leçon d’humilité…