Fidèle parmi les fidèles, Christian Bourquin sort vainqueur d’un duel muscléÉdition du jeudi 28 octobre 2010
Fidèle parmi les fidèles, le Catalan Christian Bourquin a été désigné hier par la majorité Divers Gauche du conseil régional du Languedoc-Roussillon, pour succéder à Georges Frêche, décédé dimanche dernier. Il a été retenu à l’issue d’une réunion du groupe majoritaire, par 18 voix contre 13 pour son challenger, le Gardois Damien Alary, l’Audois Didier Codorniou ayant renoncé à l’issue d’un second tour où il précédait pourtant ce dernier. Si le fauteuil de président du conseil régional lui reviendra à coup sûr, Christian Bourquin devra néanmoins soumettre sa candidature à l’assemblée des conseillers régionaux, qui se prononcera le 10 novembre prochain.« Depuis dimanche nous avons beaucoup parlé. Il y a eu le premier temps, celui du recueillement,
le deuxième temps pour les adieux et aujourd’hui le troisième temps, celui de reprendre le dessus... Parce que la vie continue. » C’est par ces mots que Christian Bourquin a ouvert la présentation de sa désignation.
Auparavant, Robert Navarro avait rappelé que « c’est dans le cadre de la continuité de l’œuvre de Georges Frêche que nous avons entamé » cette phase de succession.
L’ancien patron des socialistes de l’Hérault a essayé depuis lundi « d’aboutir à une candidature unique du groupe majoritaire. On n’y est pas arrivés », a-t-il souligné.
Les cinq chefs de file départementaux se sont en effet portés candidats pour représenter le Parti socialiste à la présidence du conseil régional, même s’ils en sont toujours exclus pour la plupart. De ce quintette, deux hommes se sont finalement retirés : le Lozérien Alain Bertrand et Robert Navarro lui-même.
Lorsque les 31 conseillers régionaux ont voté une première fois, il a manqué deux voix à Christian Bourquin pour l’emporter, Didier Codorniou obtenant neuf votes, tandis que huit allaient à Damien Alary.
Le “petit prince” de l’Aude ayant retiré sa candidature, les choses se sont réglées par un nouveau vote à bulletins secrets, désignant Christian Bourquin par 18 voix contre 13 pour Alary. « Nous venons de vivre un moment de démocratie interne. Un moment, fort, intense et beau », a insisté Christian Bourquin, ajoutant : « On l’a tous accepté ».
Les apparentés PS de la région ont ainsi passé un premier écueil, celui d’une guerre interne qui aurait pu les affaiblir auprès de leurs alliés de la majorité de gauche.
L’écologiste Yves Piétrasanta, comme le chef de file du groupe “communiste et citoyen”, Jean-Claude Gayssot ayant insisté les jours précédents sur l’importance qu’ils accordaient à une unanimité de leurs alliés.
« Ils ont officiellement confirmé leur soutien », a d’ailleurs souligné Christian Bourquin, insistant : « Nous sommes tous d’accord. »
« Nous continuerons le travail, l’œuvre entreprise par Georges Frêche pour la région », a poursuivi “l’héri- tier”. « On est conscients qu’il y avait sa personnalité, son expérience (...) On s’y mettra tous pour continuer cela, en respectant le programme de mars dernier (celui de la campagne des élections régionales, NDLR). A ce pacte régional, nous ne changerons absolument rien », a poursuivi Christian Bourquin.
« Nous sommes une équipe, derrière un programme. Je pense que Georges Frêche n’aurait pas aimé qu’on se dispute (...) J’ai fait un bon score... Et je me suis rangé derrière Christien Bourquin », a reconnu Damien Alary. Dans la nouvelle organisation du conseil régional, l’Hérault conservera une place importante, puisque Robert Navarro devrait obtenir la 1re vice-présidence du Languedoc-Roussillon. « Chacun a toute sa place dans cette organisation », a tenu à préciser Christian Bourquin.
Quant au regard parisien, qui pèse actuellement sur les fédérations socialistes de la Région, Bourquin ne s’en inquiète pas : « Ils peuvent comprendre, à travers la rapidité de cette journée, que nous nous dévouerons en priorité aux 2,5 millions d’habitants de cette région. ». Ite missa est.
Le premier Catalan présidentChristian Bourquin est Catalan et se revendique tel. « Je n’ai jamais caché mon attachement viscéral à ma terre et au Canigou », a-t-il écrit dans son blog pour se présenter à ses lecteurs.
Quatrième enfant d’une famille d’agriculteurs, il est né le 7 octobre 1954 à Saint-Feliu d’Amont, en Ribéral. Comme beaucoup d’étudiants de sa génération, il a quitté le pays en 1973, pour l’école nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg, où il obtient un diplôme d’ingénieur en topographie.
En 1977, il entre à 23 ans à la mairie de Montpellier comme agent territorial : l’urbanisme, le sport, les écoles et la jeunesse sont les services où il occupe successivement des postes jusqu’en 1989. Et c’est durant cette même période que son amitié avec Georges Frêche se forge.... durablement.
1989, c’est l’année où Christian Bourquin décide de retourner dans ses P-O natales. Il dirige alors le bureau local de l’Office public d’aménage- ment et de construction (Opac), un poste qu’il occupera jusqu’en 1993, date de son entrée en politique.
Un an avant (juin 1992) de se jeter dans l’arène électorale, il avait pris soin de s’emparer de la Fédération départementale du Parti socialiste, un socle sur lequel il bâtira sa carrière. Conseiller municipal d’opposition à Perpignan en 1993 et 1994, conseiller général dès 1994 toujours dans l’opposition, Christian Bourquin succède à 1995 à son beau-père à la mairie de Millas qui reste toujours son fief. Il est député de 1997 à 2002. Balayé par la « vague bleue » qui avait déferlé cette année-là sur le Palais Bourbon, il n’arrivera jamais, par la suite, à retrouver son siège.
En revanche, c’est en 1998 qu’à la surprise générale, il fait basculer à gauche le conseil général des Pyrénées-Orientales dont il devient le président, un siège qu’il occupe encore pour quelques jours. C’est en 2004 qu’il est élu premier vice-président du conseil régional après la victoire de Georges Frêche. Christian Bourquin, tout en renforçant son ancrage catalan, renoue avec Montpellier. En mars dernier, il reste fidèle à Georges Frêche au prix de son exclusion du PS.
Ces derniers temps, Christian Bourquin préparait sa candidature aux élections sénatoriales de septembre 2011 auxquelles rien ne dit qu’il a renoncé. Il était loin de se douter du virage que vient de prendre sa carrière.
Philippe MOURET et Serge BONNERY (L’Indépendant)
http://www.midilibre.com/articles/2010/10/28/A-LA-UNE-Bourquin-sort-vainqueur-d-un-duel-muscle-1436065.php5