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Elections législatives de 1936

Espace dédié aux membres qui souhaitent échanger sur les élections plus anciennes. Résultats, analyses, cartographie,...

Elections législatives de 1936

Messagede HORATIO » Ven 13 Mai 2011 22:00

Socialistes et communistes sont authentiquement convaincus qu'ils viennent de connaître une tentative de coup d'État concertée (6 février 1934) en vue d'établir un régime autoritaire.

Dans les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, le Front populaire remporte une nette victoire, rassemblant environ 57 % des suffrages exprimés au premier tour et envoyant, au terme du second, un total de 386 députés sur 608 siéger à la Chambre des députés, dont 147 pour la SFIO…
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede vudeloin » Ven 13 Mai 2011 23:36

Voilà un sujet intéressant qui va appeler quelques recherches...
Notamment parce que la liste des élus est particulièrement intéressante et qu'elle va alimenter l'Histoire, tout simplement...

A gauche, deux trois choses : un, la SFIO devient le premier parti de France en termes d'élus : deux, le parti radical stagne et tend même à voir son influence se réduire ; trois, le PCF sort de son ghetto et obtient 72 députés au lieu de 12.

La suite, en fonction de tout ce que nous aurons pu trouver comme éléments de plus...

Détail : la Une de l'Humanité, au lendemain du second tour, met en exergue deux députés nouvellement élus.
Le premier, c'est Jacques Duclos, élu à Montreuil sous Bois. Le second, c'est Marcel Giroux dit Gitton, élu à Pantin.
Une bonne partie des enjeux de l'époque est déjà inscrite, sans qu'on le sache à ce moment là, dans cette une...
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede HORATIO » Sam 14 Mai 2011 21:36

Résultats :
Inscrits Votants Abstention
11 971 923 // 9 847 266 // 17,75 %

Front populaire 5 628 321 // 57,17%
_ Parti communiste français 1 502 404 //15,26%
_ Section française de l'Internationale ouvrière 1 955 306 // 19,86%
_ Parti républicain, radical et radical-socialiste 1 422 611 // 14,45%
_ Divers gauche 748 600 // 07,60

Droite et centre 4 202 298 // 42,68%
_ Radicaux indépendants, Républicains de gauche et Démocrates populaires 2 536 294 // 25,76%
_ Union républicaine, indépendants et conservateurs 1 666 004 // 16,92%

Divers 16 047 // 0,16%

Total 9 846 666 // 100%
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede HORATIO » Sam 14 Mai 2011 21:46

Répartition des élus (membres + apparentés)

Gauche
Communiste : 72
Parti d'unité prolétarienne : 6
Socialiste : 149
Union socialiste républicaine : 29

Centre gauche
Radical et radical-socialiste : 111
Parti radical-socialiste Camille Pelletan : 3
Parti frontiste : 2
Parti de la Jeune République : 4
Gauche indépendante : 11

Centre droit
Gauche démocratique et radicale indépendante : 39
Alliance des républicains de gauche et des radicaux indépendants : 43
Indépendants d'action populaire : 16
Démocrates populaires : 13

Droite
Républicains indépendants et d'action sociale et Groupe Agraire indépendant : 40
Fédération républicaine de France et Indépendants d'union républic. et nationale : 60
Indépendants républicains : 13
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede vudeloin » Dim 15 Mai 2011 19:21

Les résultats n'ont de sens qu'en comparaison avec la législature précédente, celle de 1932

Gauche : 341 élus

Parti communiste 11 élus
SFIO 132 élus
Unité ouvrière 9 élus
Républicains socialistes 29 élus
Parti radical et radical socialiste 160 élus

Centre droit : 108 élus
Gauche radicale 15 élus
Parti démocrate populaire 17 élus
Centre républicain 76 élus

Droite : 165 élus
Républicains de gauche et radicaux indépendants 74 élus
Républicains du centre 6 élus
Républicains sociaux 18 élus
Fédération républicaine 41 élus
Inpendants divers 23 élus
divers droite 3 élus

Mais, comme chacun le sait, la plupart des gouvernements de l'époque ont été constitués par des alliances entre radicaux, centristes et élus de droite.
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede HORATIO » Dim 15 Mai 2011 20:30

Les élections législatives de 1932 sont une importante victoire de la gauche également.

Pourtant, de nos jours, ce sont toujours celles de 1936 qui sont citées en référence.
Est-ce en raison du score de 57% ou de l’alliance SFIO/PCF ?
Une première depuis 1920 ?
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede vudeloin » Dim 15 Mai 2011 22:53

Surtout parce que 1936 est la première expérience digne de ce nom de Gouvernement mené par un socialiste et que la SFIO est devenue la première force à gauche...
Les gouvernements de 32 à 36 sont fort rarement menés par des élus de gauche, c'est le moins que l'on puisse dire !
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede vudeloin » Mar 17 Mai 2011 15:49

Une petite analyse d'une partie des résultats de ces élections de 1936, et singulièrement, des résultats sur le département de la Seine et la région Ile de France

Arrondissement de Saint Denis :

1ere circonscription ( Pantin ) : Marcel Gitton (PCF)
2e circonscription ( Noisy le Sec ) : Gaston Monmousseau (PCF)
3e circonscription ( Aubervilliers ) : Charles Tillon (PCF)
4e circonscription ( Saint Denis) : Jacques Doriot (PPF) puis Fernand Grenier (PCF)
5e circonscription (Asnières Gennevilliers): Emile Dutilleul (PCF)
6e circonscription (Epinay Saint Ouen ): Joanny Berlioz (PCF)
7e circonscription ( Clichy Levallois ) : Maurice Honel (PCF)
8e circonscription ( Boulogne Billancourt) : Alfred Costes (PCF)
9e circonscription (Neuilly) : Henri Calloc’h de Kérilis (Indépendants républicains)
10e circonscription (Courbevoie ) : Etienne Fajon (PCF)
11e circonscription (Puteaux) : Georges Barthélemy (SFIO)
12e circonscription (Colombes – Nanterre) : Waldeck Rochet (PCF)

Ville de Paris

Ier arrondissement : Pierre Taittinger (FRF)
IIe arrondissement : Paul Reynaud (Républicains de gauche et radicaux indépendants)
IIIe arrondissement : André Mercier (PCF)
IVe arrondissement : Albert Rigal (PCF)
1ere circonscription du Ve arrondissement : Raoul Brandon (Union socialiste révolutionnaire)
2e circonscription du Ve arrondissement : Louis Rollin (Républicains de gauche et radicaux indépendants)
1ere circonscription du VIe arrondissement : Marcel Héraud (Républicains indépendants d’action sociale)
2e circonscription du VIe arrondissement : Fernand Wiedemann Goiran (Indépendants d’Union Républicaine et Nationale)
1ere circonscription du VIIe arrondissement : Edouard Frédéric Dupont (FRF)
2e circonscription du VIIe arrondissement : René Dommange (Indépendants d’Union Républicaine et Nationale)
VIIIe arrondissement : Charles des Isnards (FRF)
1ere circonscription du IXe arrondissement : Georges Cousin (FRF)
2e circonscription du IXe arrondissement : Pasteur Soulier (FRF) puis Charles Vallin (Parti social français)
1ere circonscription du Xe arrondissement : Raymond Susset (Union socialiste et révolutionnaire)
2e circonscription du Xe arrondissement : Lucien Bossoutrot (Radical socialiste)
1ere circonscription du XIe arrondissement : Henri Lozeray (PCF)
2e circonscription du XIe arrondissement : Florimond Bonte (PCF)
3e circonscription du XIe arrondissement : Georges Cogniot (PCF)
1ere circonscription du XIIe arrondissement : André Le Troquer (SFIO)
2e circonscription du XIIe arrondissement : Jean Louis Garchery (SFIO)
1ere circonscription du XIIIe arrondissement : Louis Gélis (Unité prolétarienne)
2e circonscription du XIIIe arrondissement : André Marty (PCF)
1ere circonscription du XIVe arrondissement : Noël Pinelli (Indépendants républicains)
2e circonscription du XIVe arrondissement : Ambroise Croizat (PCF)
1ere circonscription du XVe arrondissement : Bertrand de Sauvan d’Aramon (FRF)
2e circonscription du XVe arrondissement : Jules Fourrier (PCF)
3e circonscription du XVe arrondissement : Charles Michels (PCF)
1ere circonscription du XVIe arrondissement : Jean Fernand Laurent (Républicains indépendants)
2e circonscription du XVIe arrondissement : Charles de Lasteyrie du Saillant (FRF) puis Jean Chiappe (Républicains indépendants)
1ere circonscription du XVIIe arrondissement : Georges Scapini (Indépendants républicains)
2e circonscription du XVIIe arrondissement : Joseph Denais (FRF)
3e circonscription du XVIIe arrondissement : Prosper Môquet (PCF)
1ere circonscription du XVIIIe arrondissement : René Colin (PCF)
2e circonscription du XVIIIe arrondissement : Armand Pillot (PCF)
3e circonscription du XVIIIe arrondissement : Louis Sellier (Unité prolétarienne)
1ere circonscription du XIXe arrondissement : Georges Touchard (PCF)
2e circonscription du XIXe arrondissement : Jacques Grésa (PCF)
1ere circonscription du XXe arrondissement : Marcel Brout (PCF)
2e circonscription du XXe arrondissement : Adrien Langumier (PCF)


Arrondissement de Sceaux

1ere circonscription (Montreuil sous Bois) : Jacques Duclos (PCF)
2e circonscription (Vincennes Saint Mandé Fontenay): Gustave Doussain (Républicains de gauche et radicaux indépendants)
3e circonscription (Champigny Nogent Bry Le Perreux ): Gaston Allemane (SFIO)
4e circonscription (Créteil Saint Maur Bonneuil ): André Parsal (PCF)
5e circonscription (Alfortville Maisons Alfort ) : Marcel Capron (PCF)
6e circonscription (Ivry Vitry Choisy le Roi Thiais ): Maurice Thorez (PCF)
7e circonscription (Bagneux ): Albert Petit (PCF)
8e circonscription (Villejuif): Paul Vaillant Couturier (PCF) puis Raymond Guyot (PCF)
9e circonscription (Issy les Moulineaux, Malakoff) : Léon Piginnier (PCF)

Nous avons donc à l’époque, sur le département de la Seine, une gauche largement dominante et, au sein de celle-ci, un Parti Communiste qui n’aura jamais autant d’influence.

Sur les 12 députés de l’arrondissement de Saint Denis, 9 sont communistes, 1 SFIO, 1 républicain indépendant et 1 PPF.
L’invalidation de Jacques Doriot en 1937 conduira à l’organisation d’une élection partielle où Fernand Grenier, le candidat communiste, battra Marcel Marschall, l’adjoint de Doriot devenu maire de Saint Denis en lieu et place.

Sur les 9 députés de l’arrondissement de Sceaux, 7 sont communistes, 1 SFIO et 1 seul de droite ( sur le secteur de Vincennes )

Enfin sur les députés parisiens intra muros, le PCF dispose de 16 élus, formant un ensemble assez compact faisant le tour de la capitale depuis les Epinettes, le quartier de Prosper Môquet jusqu’à Vaugirard.
La SFIO compte 2 élus, comme le Parti d’unité prolétarienne et l’Union socialiste révolutionnaire, le député radical socialiste du Xe, l’aviateur Bossoutrot, complétant la liste des 23 élus de Front Populaire de la capitale.

16 élus, issus des divers courants de la droite et, en général, implantés dans les arrondissements bourgeois, complètent le paysage politique de 1936.

Ce qui fait que, sur les 60 élus du département, Le PCF en a 32 ( il en aura 33 après la partielle de Saint Denis ), la SFIO 4, l’USR 2, le PUP 2, les radicaux socialistes 1, soit 41 élus pour la gauche.
Et 19 élus de droite dont 8 élus de la fédération républicaine de France, 4 républicains indépendants, 3 républicains de gauche, 2 indépendants d’union républicaine et nationale, 1 PPF et 1 RIAS.

Avec la Seine et Oise, où le PCF détient 9 des 15 sièges de député et le député PCF de Seine et Marne, c’est donc un ensemble de 42 sièges sur 81 qui sont ainsi détenus par les communistes en région Parisienne.

Une influence qu’il n’aura sans doute jamais plus dans cette partie du pays, même après guerre.

La simple lecture du nom des élus peut elle suffire à comprendre les lignes de fracture qui ont mené à cette situation ?
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede Zimmer » Mar 17 Mai 2011 20:50

vudeloin a écrit:L’invalidation de Jacques Doriot en 1937 conduira à l’organisation d’une élection partielle où Fernand Grenier, le candidat communiste, battra Marcel Marschall, l’adjoint de Doriot devenu maire de Saint Denis en lieu et place.


Pour être précis (hé oui, encore ;) ), cette élection législative partielle était consécutive à la démission du chef du PPF de son mandat de député et non à l'invalidation de sa réélection (difficile, certes) de mai 1936.

En mai 1937, le ministre de l'Intérieur du gouvernement du Front Populaire, Marx Dormoy, avait révoqué Doriot de ses fonctions de maire de Saint-Denis pour "raisons administratives" (en fait, sous la pression du PCF). Dans la foulée de cette révocation, ce dernier avait provoqué des élections municipales partielles (qui portaient sur cinq sièges à pourvoir) et sa liste avait été battue par celle du comité du Front Populaire conduite par les communistes Auguste Gillot (qui sera maire de la ville après la Libération) et Fernand Grenier. Après cette défaite, Doriot avait démissionné de la Chambre des députés, ce qui avait entraîné cette élection législative partielle qui avait vu, le 1er août de la même année, la victoire de Fernand Grenier. S'il est exact que Marcel Marschall était devenu maire de Saint-Denis après les élections municipales partielles du mois de juin, le candidat du PPF, lors de l'élection législative partielle, était un dénommé Yves Malo, secrétaire de la section dionysienne du parti doriotiste.
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Re: Elections législatives de 1936

Messagede vudeloin » Mar 17 Mai 2011 23:46

La révocation administrative de Doriot a été due, entre autres motifs, pas spécifiquement à une pression du PCF, mais plutôt à quelques approximations dans la gestion des affaires communales et notamment des problèmes de sincérité des comptes administratifs.
Mais le fait est, Zimmer, que la partielle ce fut Marschall et la législative Malo, qui fut battu par Fernand Grenier.
Un Fernand Grenier, natif d'Halluin, qui sera, entre autres, député de l'Assemblée provisoire d'Alger, commissaire à l'Air de la France Libre, et député de Saint Denis de 1945 à 1973...
Auguste Gillot, pour sa part, jouera aussi un rôle important dans la Résistance.
Notamment parce qu'il sera, dans les faits, le représentant du PCF au sein du Conseil national de la Résistance et, entre autres faits, qu'on le verra descendre les Champs Elysées aux côtés de De Gaulle le jour de la Libération de Paris.

Il deviendra quelques jours plus tard maire de Saint Denis, avec l'appui du comité local de Libération, une mairie qu'il dirigera de 1944 à 1971, à l'instar de sa collègue Pierrette Petitot, maire de la commune voisine de Villetaneuse.

Auguste Gillot est donc l'un de ces élus qui ont fait la ville de Saint Denis, d'autant qu'il fut le maire de la ville ayant le mandat le plus long de l'Histoire de la ville. Notamment par le développement du parc locatif social là où la ville souffrait de la présence de nombreux immeubles insalubres...
Question à cent sous : où était né Jacques Doriot ? Et où est il mort ?
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