Eco92 a écrit:EELV a voté aujourd'hui sa stratégie et désigné le binôme tête de liste (le national tranchera entre les deux afin d'assurer la parité sur le territoire).
Pour les têtes de listes ce sera Sophie Bringuy (81,89%) et Franck Nicolon (79,16%), qui ont respectivement battus Pascale Debord et Thierry Pradier.
Pour les motions rappelons le fond de chacune :
- Motion A, portée par Pascale Debord et Thierry Pradier : Union au premier tour des forces non-productiviste avec fusion possible au second tour avec le PS sans que ce ne soit automatique. Rien de négociable sans l'abandon de 4 grands projets inutiles dont NDDL et A831.
- Motion B, portée par Sophie Bringuy et Franck Nicolon : Autonomie au premier tour avec ouverture dans un second temps vers la société civile et des partis à la gauche du PS. Visée d'une fusion avec le PS au second tour mais conditionnée à l'abandon des 4 même projets.
- Motion C, portée par Corinne Bouchoux (sénatrice), Laurent Martinez et soutenue par François de Rugy (co-président du groupe EELV à l'Assemblée) - ainsi qu'en sous-main par le sénateur Ronan Dantec. Cette motion prônait la constitution d'un projet écologistes avant toute décision stratégique, elle impliquait d'aller ensuite voir les autres partis avant de décider si nous partions en autonomie - auquel cas la fusion de 2nd tour avec le PS serait préparée dès ce moment - ou en alliance au 1er tour avec les socialistes.
Les scores, que je vous laisse commenter pour voir le terrible (qui ne me réjouis pas en fait) décalage entre les "grands élus" et leur base militante :
B : 61, 81 %
A : 23,22 %
C : 14,56 %
Pour revenir au sujet du fil de discussion, je n'ai pas tout à fait la même analyse que mon ami Eco92 de l'AG régionale d'EELV.
Le vrai désaveu de François de Rugy et de ses proches a été leur échec à imposer une union avec le PS dès le premier tour aux élections départementales dans son fief de Loire-Atlantique, qui est le département le plus enclin, habituellement, à s'associer au PS en Pays de la Loire. Et ce, malgré une campagne interne très appuyée.
La campagne électorale EELV des départementales 2015 s'est ensuite déroulée dans un contexte difficile dans ce département, compte tenu du manque de motivation (c'est un euphémisme) de ces militants sur lesquels les candidats EELV auraient dû pouvoir s'appuyer. Les bons résultats obtenus n'en sont que plus flatteurs, malgré le peu d'élus au final. Sans parler des candidatures d'autres partis ayant "parasité" celles soutenues par EELV...
Compte tenu du résultat de cette AG départementale d'EELV 44, il était évident qu'une stratégie d'union au premier tour avec le PS n'avait aucune chance d'emporter la majorité régionale le 2 mai.
Dès lors le pire scénario imaginable pour les partisans inconditionnels d'une alliance PS+EELV aurait été une alliance dès le premier tour d'EELV avec d'autres partis situés à gauche du PS, alliance qui aurait pu se montrer très (trop) réticente à fusionner au second tour avec le PS sans concessions majeures, ou même qui aurait pu envisager de se maintenir au second tour. Voire qui aurait pu rééditer le scénario grenoblois et devancer le PS (mais je n'y crois pas en Pays de la Loire pour ces régionales).
Aussi, le premier tour autonome étant incontournable, restait à s'assurer du "bon" déroulement des élections régionales :
* en aidant la motion B qui partait sur une ligne plus environnementaliste que la A, et moins encline à s'associer dès le premier tour aux partis de la "gauche de la gauche" (pour caricaturer, "ralliez-vous à mon panache vert" plutôt que "construisons un programme ensemble"). Compte tenu de cette stratégie d'EELV, je pense qu'une liste "rouge" émergera. Tant cette liste que celle menée par EELV auront du mal à dépasser le seuil de 10% permettant de se maintenir au second tour et donc d'être en position de force pour négocier avec le PS...
* certains partisans a priori d'une alliance avec le PS ont également pu choisir de rejoindre dès à présent la motion "centrale" du parti pour écarter à coup sûr la motion "gauchiste" et ses partisans, en assurant la victoire de la motion B dès le premier tour (ce qui évitait le risque d'une fusion de ces deux motions - qui sont effectivement très proches sur le fond - et donc d'un rassemblement des militants qui les portaient)
* autre avantage, être dès l'origine dans la motion gagnante permet de participer aux décisions - et donc de peser sur le débat - et aussi de revendiquer des places éligibles...
Dans cette tactique, il était malgré tout utile de présenter une motion (de témoignage) portant le projet d'alliance avec le PS, ne serait-ce que pour réaffirmer le caractère "central" de la motion B et aussi pour donner des gages au PS (dont la tête de liste s'est fendue d'un courrier pro-motion C à l'adresse des militants EELV juste avant leur AG...). Mais j'ai été très surpris du peu de conviction avec laquelle cette motion était défendue en AG. Le contraste avec l'AG départementale 44 (pour les élections départementales) était saisissant.
A mon sens, le basculement massif de voix "PS-olâtres" vers la motion B tient plus à ce type de tactique interne qu'à des querelles de personnes ou à un désaveu franc de François de Rugy et de la ligne qu'il défend.
Ceci dit je prête peut-être un peu trop de machiavélisme à la mouvance "de Rugy" : cette (r)évolution marquée par 85% de militants favorables à l'autonomie au 1er tour peut tout aussi bien résulter du simple ras-le-bol des militants de base, qui sont complètement écoeurés par le refus du PS de prendre en compte les demandes d'EELV, de tenir sa parole (ou plutôt sa signature) des accords PS+EELV, ou même de respecter ses engagements de mandat, tant au plan national qu'au plan régional (vraies-fausses avances remboursables pour le projet d'aéroport de NDDL qui ressemblent de plus en plus à des subventions...) - sans parler des renoncements récurrents dans le domaine de l'environnement comme l'emblématique annulation de l'écotaxe ou encore l'abandon de l'autoroute ferroviaire Calais-Biarritz la semaine dernière...
Tant que le PS s'évertue à traiter ses partenaires potentiels ou avérés comme s'ils étaient des ennemis mortels à éliminer à tout prix, et dont les demandes doivent être systématiquement rejetées, il ne faut pas qu'il s'étonne de réactions parfois vives. Le masochisme des militants et électeurs de gauche a ses limites.