Toulouse vote plutôt à gauche… sauf aux municipales!
Mélenchon a fait 37 % en 2022 et la gauche était en tête aux européennes et aux législatives de 2024.
Pourtant, en 2020, Toulouse a été – avec Nice – la seule ville de plus de 200 000 habitants à être restée à droite. Moudenc a obtenu 4 000 voix d’avance sur la liste Archipel citoyen menée par l’écolo Antoine Meurice.
Il a mené une campagne très efficace, avec beaucoup de terrain, défendant de grands projets (la troisième ligne de métro, le gratte-ciel de la tour Occitanie, etc).
Son camp n’a pas hésité à recourir aux coups bas : outing de son adversaire, diffusion dans les quartiers populaires d’une vidéo le montrant maquillé lors d’une soirée queer. Une rumeur a même était propagée, affirmant que les ecolos voulait nommer un imam homosexuel à la mosquée de la Reynerie…
En face, la liste qui rassemblait EELV, LFI, une partie du PS et des collectifs citoyens a été une caricature de campagne de bobo. La stratégie était de mobiliser ceux qui votent. Ils se sont donc contentés de faire campagne en vélo dans le centre-ville. Résultat, Moudenc est arrivé largement en tête au Mirail, à Empalot et aux Izards !!! Des quartiers où Mélenchon fera souvent + de 50 % deux ans plus tard.
Le contexte du Covid, dans une ville dépendant énormément de l’aéronautique, a aussi beaucoup joué dans l’échec de la gauche qui n’avait pas de discours pour répondre à la crise que traversait le secteur.
https://www.mediapart.fr/journal/france ... e-toulouseÀ huit mois de l’échéance, il est encore difficile de dire quelles listes seront réellement présentes.
À l'extrême gauche, les résultats seront négligeables. LO, le NPA A et le NPA R pourraient y aller. Même Révolution permanente l’envisage sérieusement.
À gauche, tout le monde appelle à l’unité tout en présentant sa candidature. Il y aura évidemment plusieurs listes.
Pour LFI, c’est le député Piquemal qui est tête de liste. Il bénéficie d’un fort ancrage au Mirail et du ralliement de l’Assemblée des quartiers populaires. Il cherche à obtenir le soutien des écologistes qu’il n’aura probablement pas. Il est certain que sa candidature ira jusqu’au bout. L’enjeu est donc de savoir s’il sera en tête ou non à gauche.
Les écologistes et Archipel citoyen ont revu leur ambition à la baisse après l’échec cuisant de 2020. Ils se sont récemment rassemblés, ce qui n’est pas franchement une surprise. Ils appellent à l’union de LFI au PS ce qui n’arrivera évidemment pas. L’enjeu est de savoir à qui ils soutiendront ou s’ils iront seuls. Dans ce cas, je ne les vois pas faire 10 %.
Pour le PS, Delga, trop clivante, n’a pas osé y aller. Ce sera sûrement François Briançon, qui appelle à l’union de la gauche sans LFI autour de lui. Les 21 % de Glucksmann en 2024, arrivé premier de peu devant LFI, lui permettent d’espérer.
S’ajoutent ensuite les petites candidatures qui ne devraient pas aller au bout : Hardy pour Génération·s, Pellefigue (ex candidate PS), etc.
A droite, Moudenc devrait bénéficier du soutien de l’ensemble du socle commun.
Son bilan, à mes yeux catastrophique, plaît encore à beaucoup de monde.
Sa politique est axée sur la sécurité, la troisième ligne de métro et les grands projets urbains plaisent à une part importante de l'électorat, malgré la gentrification qu’elle entraîne.
Ses mesures pour chasser les migrants, les prostituées et autres indésirables de l’espace public (arrêtés anti bivouac, harcèlement policier, etc) plaisent à son électorat. Ses prises positions homophobes, lui permettent de plaire à un public réactionnaire, ce qui est indispensable quand une liste d’extrême droite pourrait dépasser les 10 %.
Dans ce contexte, face à une gauche divisée, je vois difficilement comment il ne pourrait pas arriver en tête du premier tour. Détesté par certains, il plaît à beaucoup d’autres,et ses chances d’être reconduit pour un troisième mandat consécutif sont très sérieuses.
Je pense quand même qu’il devrait faire attention aux boules puantes de son camp. Cela pourrait finir par jouer en sa défaveur.
Une plainte pour détournement de fonds et financement illégal de campagne le menace déjà . Cependant, je ne pense pas qu’elle aura un impact important sur le plan électoral.
https://www.mediacites.fr/enquete/toulo ... -toulouse/Enfin, à l'extrême droite, une liste unie autour du RN pourrait créer la surprise. RN et Reconquête avaient réuni 18 % des suffrages séparément en 2024. S’ils parviennent à réunir 10 % unis en 2026, Moudenc sera en grande difficulté. Leur maintien menacerait sérieusement sa réélection.
Personnellement, je les vois dépasser les 10 %, mais se retirer ensuite au nom du "barrage républicain" contre "l’extrême gauche antisémite LFI".
L’enjeu du second tour sera surtout sur les relations entre LFI et le PS. Les deux listes devraient être en capacité de se maintenir. En 2020, le PS avait préféré se retirer plutôt que fusionner avec la liste citoyenne, marque du deuil difficile de leur ancienne position hégémonique.
Pour 2026, la question du rassemblement au 2e tour est déjà posée et divise au PS. Certains défendent ce rassemblement tout en accusant LFI d’antisémitisme, preuve du peu de sérieux qu’ils accordent à cette question.
Pour moi ces gesticulations seront vaines. Moudenc est encore apprécié et le plus probable est sa victoire. Que la gauche soit unie au second tour ne devrait pas suffire, son électorat est trop divisé. Pour caricaturer, les jeunes LFI ne voteront pas pour le PS et les vieux socialistes ne voteront pas pour un insoumis soutenu par les quartiers.
Désolé pour le message beaucoup trop long.