de Azertyuiop » Sam 29 Fév 2020 12:33
Je suis relativement partagé sur la responsabilité du RN dans ce naufrage des candidatures. D'un côté, on ne peut pas balayer d'un revers de main les évidentes pressions exercées sur les candidats RN. Car oui, être affiché comme RN, c'est risqué de perdre son emploi ou de ne pas être en capacité d'en trouver un. Et que l'on ne me parle pas des lois qui protègent contre les discriminations liées à l'orientation politique ; toute personne qui a déjà passé un entretien d'embauche dans sa vie saura que l'employeur n'a, en pratique, à aucun moment l'obligation de justifier ses choix. Un autre élément que Pop03 n'a pas cité et qui pourtant peut expliquer l'absence du RN dans certaines villes : la stratégie d'alliance (union des droites) mise à l'œuvre dans un certain nombre de communes. On a souvent l'habitude de considérer le RN comme un parti monolithique qui part partout sous ses propres couleurs d'où une tendance à considérer que s'il n'y a pas de liste clairement estampillée RN, c'est que ce dernier est absent. Clairement, il ne viendrait pas à l'idée d'appliquer ce raisonnement pour les autres partis, notamment à gauche où les partis pullulent et où les listes d'union sont légions. S'il fallait compter seulement les listes autonomes, que dire de la très faible couverture du territoire de LREM et EÉLV par exemple ? Or, cette année, dans un nombre non négligeable de villes, beaucoup de RN seront présents sur des listes DLF, CNIP, PCD ou DVD (parfois ex-LR tendance Maréchal). Il ne faut pas oublier que trouver le bon nombre de colistiers est souvent relativement aisé pour le RN, encore faut-il trouver aussi 50% de colistières parmi ceux-ci, ce que l'infâme loi sur la parité, qui prétend parler d'égalité entre les hommes et les femmes en séparant distinctement les candidats entre les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, impose. Enfin, dans les départements où le RN ne pourra quoiqu'il arrive pas espérer gagner de siège de sénateur lors des prochains renouvellements, il n'est pas forcément absurde de préférer renoncer à présenter une liste que d'en présenter une constituée de tocards qui de toute façon exploseront en vol à la fin de la première année, et dans le pire des cas, servira de grain à moudre à la presse pour entretenir l'image de parti de ratés.
Néanmoins, la saignée par rapport à 2014 est vraiment très, très importante. Dans certaines zones de force comme le Grand-Est, le RN n'a en réalité jamais pu constituer de listes, donc difficile de parler de recul. Mais prenons le cas de l'ïle-de-France par exemple, c'est une véritable boucherie.
Dans le Val-d'Oise, le RN passe de 8 listes à 3.
Dans les Yvelines, il passe de 16 listes à 4.
Dans les Hauts-de-Seine, il passe de 8 listes à 5.
Dans le Val-de-Marne, il passe de 11 listes à ... 1 (!!)
Dans l'Essonne, il passe de 15 listes à ... 1 (!!!!!)
Or, les contraintes liées à la pression sociale et à la parité existaient déjà en 2014. Mais deux éléments ont aggravé la position du RN. Premièrement, c'est un secret de polichinelle que la principale raison du manque de motivation du RN de présenter des candidats est son gouffre financier béant. Bien entendu, il est impossible au RN de reconnaître sa mauvaise gestion, donc il multiplie les excuses bidons pour ne pas monter de liste. Prenons l'exemple d'Orléans : le candidat RN se retire pour raison de santé. Très bien. Mais dans ce cas, pourquoi la totalité de la liste saute ? Rien n'empêcherait ce candidat d'être rétrogradé en queue de liste où il n'aurait rien eu à faire et aucune chance d'être élu et de proposer à un autre colistier de prendre la tête. Mais voilà , le RN n'a jamais été foutu de dégager un résultat positif depuis que MLP en a pris la tête. Et en étudiant ses comptes en détail, il n'est pas difficile de comprendre là où va l'argent : les cadres du RN se versent des salaires tout simplement astronomiques, souvent supérieurs à 10000 euros par mois (!!!), sans même parler des 5000 euros mensuels de la duchesse de Montretout, dont les indemnités de député et de conseiller régional ne suffisent décidément pas à financer la pâtée de ses chats.
L'argument du "le mandat de conseiller municipal d'opposition est dévalorisé" ne tient pas selon moi. Cela reste un bon strapontin pour gagner en notoriété et un vrai avantage pour gagner la ville le coup suivant, et s'il est vrai qu'il n'est pas valorisé, il ne demande pas non plus une charge de travail incommensurable donc peu importe au final que ce mandat ne soit pas reconnu. J'avoue que pour la Seine-Maritime, cela n'a que peu d'importance, mais dans certains départements, renoncer à présenter des listes pour le RN, c'est surtout s'exposer à rater un siège de sénateur pour moins de 5 voix... Bref, c'est une faute lourde.
Et enfin, j'ai lu que le RN ne savait pas "gérer ses ressources humaines" sans plus de détails. Je vais me permettre de les donner ici : le RN a une réelle volonté de détricoter tout trace d'ancrage locale dès que celle-ci pointe le bout de son nez. Combien de membres de qualité du parti ont été éjectés comme des malpropres parce qu'ils ont simplement osé se poser des questions sur le bien-fondé de la stratégie du parti ? Trop pour être comptés sans doute. D'ailleurs, le fait que dans certaines communes comme Limoges ou Grenoble, les anciens cadres plus ou moins implantés arrivent à eux-seuls à présenter des listes cette année alors que les candidats du parti en sont incapables suffit à montrer l'impact que cette gestion catastrophique du parti de ses élus a eu sur sa capacité à monter des listes.
Au final, à ce avant même que le premier bulletin ait été déposé dans l'urne, le RN a déjà perdu ces élections. Celui-ci est recroquevillé sur le bassin minier du Pas-de-Calais et ses environs (et encore, ne pas être en mesure de se présenter à Avion et surtout, Calonne-Ricouart, par exemple, c'est quand même un échec extrêmement lourd) et certaines villes du littoral méditerranéen, deux zones géographiques où s'afficher RN ne doit pas présenter trop de risques socialement, voire même être valorisé. Mais les sondages sont mauvais, très mauvais. Les conquêtes seront rares, quelques villes pourront peut-être être gagnées sur un malentendu, mais le bilan sera catastrophique au final. MLP a déjà tenté de désamorcer la bombe à retardement médiatique en affirmant que le simple fait de conserver les villes actuelles, même sans nouvelles conquêtes, serait en soi un succès (il fallait oser...).
Pour le coup, le résultat de ses maires, qui pour le coup, et contrairement au parti lui-même concernant ses comptes, ont bien géré leurs villes, pourrait être le seul motif de satisfaction du RN, et peut-être la seule bouée de sauvetage qui servira d'argument de campagne dans la campagne de l'entre-deux-tours. Je pronostique les résultats suivants pour les principaux maires RN sortants au premier tour :
- Hénin-Beaumont : 65% (même score pour Ménard à Béziers)
- Beaucaire : 60%
- Fréjus et Hayange : Entre 50 et 55%
- Villers-Coteret : 50%
- 7ème secteur de Marseille : 41%
- Mantes-la-Ville : 35%
Alors qu'il y avait des rumeurs d'opposition unie à Mantes-la-Ville pour faire tomber le RN, ce sont finalement 5 listes qui se présentent face à lui. S'il y a triangulaire au second tour (et je ne parle même pas du scénario d'une quadrangulaire), Cyril Nauth sera net favori pour sa réélection. En cas de duel, il devrait subir une lourde défaite (autour de 43-44%).
Je ne sais pas trop quelle est la situation au Luc avec tous ces changements de maire...
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Corondar le Sam 29 Fév 2020 12:48, édité 1 fois.
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