de vudeloin » Mar 22 Mai 2012 19:07
Je me permets de faire observer qu'hormis deux sièges marseillais, celui de Sylvie Andrieux Bacquet et celui devenu le siège d'Henri Jibrayel (l'archange du PS marseillais, faut croire ;) ), tous les sièges bucco rhodaniens étaient majoritairement en faveur de Sarkozy en mai 2007.
Un mois plus tard, Vauzelle grattait le siège d'Arles en mettant à bas Chassain et Vaxès conservait, pour le PCF, le siège des Martigues...
De 2, la gauche était donc passée à 4 élus en juin...
Peut être encore mieux cette année, alors, maintenant que 6 sièges penchent à gauche au second tour de la présidentielle ?
Un petit rappel complémentaire sur la situation de Marseille.
Je profite d'ailleurs de ce message pour indiquer que cela doit faire un certain temps et même un temps certain que la gauche n'a pas été majoritaire dans les trois premières villes du pays lors du second tour d'une présidentielle et, de fait, jamais depuis 1958...
En 2007, Sarkozy était arrivé en tête dans la cité phocéenne au premier tour, en obtenant 130 763 voix (34,25 %), assez loin devant Ségolène Royal, 103 514 voix (27,11 %), François Bayrou, 53 820 voix (14,10 %), Jean Marie Le Pen, 51 271 voix (13,43 %).
Pour le reste : Besancenot 11 961 voix (3,13 %), Buffet 9 788 voix (2,96 %), Schivardi 1 206 voix (0,32 %), Bové 4 706 voix (1,23 %), Voynet 4 411 voix (1,16 %), Laguiller 3 744 voix (0,98 %).
De Villiers 5 156 voix (1,35 %), Nihous 1 437 voix (0,38 %).
Le candidat de l'UMP était en tête dans les 4e (34,8 %), 5e (32 %), 6e (35,7 %), 7e (39,8 %), 8e (46,3 %), 9e (40,2 %), 10e (36,2 %), 11e (32,5 %), 12e (40,8 %) et 13e (32,5 %) arrondissements municipaux.
Ségolène Royal était en tête dans les 1er (42,2 %), 2e (39,8 %), 3e (39,6 %), 14e (36,1 %), 15e (36,5 %) et 16e (33,3 %) arrondissements municipaux, c'est à dire les six arrondissements populaires situées sur la partie Nord Ouest de la ville, entre le port, l'Estaque et les autoroutes...
Au second tour, comme nous l'avions vu, les dix arrondissements favorables à Sarkozy l'étaient restés et Royal avait emporté les six autres.
En 2012, le premier tour a placé en tête des votes marseillais François Hollande avec 104 818 voix (28,05 %), devant Nicolas Sarkozy, pourvu de 100 637 voix (26,93 %).
Les deux duellistes du second tour sont suivis de Marine Le Pen, 79 292 voix (21,22 %) et de Jean Luc Mélenchon, 51 700 voix (13,83 %).
François Bayrou suit à distance avec 20 619 voix (5,52 %).
Les autres candidats rentrent dans le domaine de l'anecdotique : Joly 8 026 voix (2,15 %), Poutou 2 606 voix (0,70 %), Arthaud 1 167 voix (0,31 %) du côté gauche ; Dupont Aignan 4 160 voix (1,11 %) du côté droit.
Quant à l'inclassable Cheminade, il a recueilli 679 voix (0,18 %).
A noter aussi que, dès ce premier tour, la gauche est à 45,04 % des voix, droite et extrême droite 48,15 %.
On se retrouve donc avec un rapport de forces plus équilibré qu'en 2007, où droite et extrême droite atteignaient 50,31 % des voix, et la gauche 36,89 %.
Sur l'ensemble de la ville, l'écart est donc passé de 49 297 à 15 772 voix...
Par forces politiques, on aura constaté pour les cinq principaux candidats :
Hollande : gain de 1 304 voix, soit 1,3 % de plus.
Sarkozy : perte de 30 126 voix, soit 23 % des électeurs 2007
Le Pen : gain de 28 021 voix, soit 54,6 % des électeurs 2007.
Mélenchon : gain de 41 912 voix, soit 5,3 fois environ les voix de Buffet 2007.
Bayrou : perte de 33 201 voix, soit près de 62 % de l'électorat 2007.
On aura remarqué que la plus forte progression en voix concerne le candidat du Front de Gauche, assez nettement devant Marine Le Pen dont le gain s'avère inférieur à la perte totale de Nicolas Sarkozy.
Ce qui n'est pas l'exact reflet de la situation nationale, où les pertes de voix du Président sortant se sont, globalement, avérées plus faibles que la progression des suffrages FN.
On aura noté le faible gain du PS en cinq ans (un point et quelques).
La réduction de l'influence du bloc trotskiste et antilibéral (de 21 617 à 3 783 voix, soit 17 844 suffrages) ne suffisant pas à expliquer la progression mélenchoniste, il faut regarder les résultats d'un peu plus près encore.
Surtout qu'Eva Joly fait deux fois plus de voix environ que Dominique Voynet et qu'une bonne part des votes Bové peuvent avoir été améliorer l'ordinaire de cette candidate.
Pas moins d'ailleurs qu'une partie des électeurs NPA aient pu aller sur la candidature Hollande...
On regardera donc, dans un premier temps, les mouvements dans l'électorat de droite, pour repérer où la perte de Sarkozy s'avère supérieure à la moyenne et où les gains de Marine Le Pen excèdent cette même moyenne.
Et l'on regardera, pour la gauche, les endroits où Hollande a gagné des voix sur Royal et l'évolution Mélenchon vs Buffet.
1er arrondissement : perte plus forte de Sarkozy, gain plus faible de Marine Le Pen, perte en voix de Hollande, gain très fort de Mélenchon (dix fois le nombre de voix de Buffet en 2007!)
En données chiffrées : Sarkozy – 934 voix, Le Pen + 261 voix, Hollande – 541 voix, Mélenchon + 2 746 voix.
L'arrondissement vote clairement à gauche : 67,5 % au premier tour.
2e arrondissement : forte perte de Sarkozy, gain moins fort de Marine Le Pen, perte en voix de Hollande, très fort gain de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 744 voix, Le Pen + 340 voix, Hollande – 350 voix, Mélenchon + 1 408 voix.
3e arrondissement : forte perte de Sarkozy, gain moins net de Le Pen, progression de Hollande conforme à la moyenne, gain conforme à la moyenne de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 1 239 voix, Le Pen + 482 voix, Hollande + 54 voix, Mélenchon + 1 826 voix.
4e arrondissement : forte perte de Sarkozy, gain presque conforme à la moyenne pour Marine Le Pen, gain très légèrement supérieur à la moyenne pour Hollande, gain conforme pour Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 412 voix, Le Pen + 1 684 voix, Hollande + 120 voix, Mélenchon + 2 614 voix.
5e arrondissement : perte plus forte de Sarkozy, gain dans la moyenne pour Le Pen, perte en voix pour Hollande, fort gain de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 1 701 voix, Le Pen + 1 257 voix, Hollande – 98 voix, Mélenchon + 2 622 voix.
6e arrondissement : perte plus faible de Sarkozy, gain plus faible de Le Pen, perte en voix de Hollande, fort gain de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 1 354 voix, Le Pen + 730 voix, Hollande – 506 voix, Mélenchon + 2 442 voix.
7e arrondissement : perte plus faible de Sarkozy (15 % des voix 2007), gain plus faible de Le Pen, perte en voix de Hollande, gain conforme de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 1 228 voix, Le Pen + 1 128 voix, Hollande – 129 voix, Mélenchon + 1 791 voix.
L'arrondissement est resté à droite au second tour et, pour la première fois, la perte de voix du sortant semble récupérée par Le Pen de manière quasi intégrale.
8e arrondissement : perte plus faible de Sarkozy (12 % des votes 2007), gain supérieur à la moyenne pour Le Pen, gain supérieur à la moyenne pour Hollande, fort gain de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 535 voix, Le Pen + 2 415 voix, Hollande + 557 voix, Mélenchon + 3 374 voix.
9e arrondissement : perte plus faible de Sarkozy, gain plus fort de Le Pen, gain supérieur à la moyenne de Hollande, gain fort de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 771 voix, Le Pen + 3 065 voix, Hollande + 553 voix, Mélenchon + 3 271 voix.
C'est le premier arrondissement où la perte de voix de Sarkozy est plus faible que la progression lepéniste.
10e arrondissement : perte plus forte de Sarkozy, gain plus fort de Le Pen, progression supérieure à la moyenne pour Hollande, gain plus faible de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 374 voix, Le Pen + 2 730 voix, Hollande + 266 voix, Mélenchon + 2 456 voix.
Cet arrondissement présente trois caractères introuvables jusqu'ici : il place Le Pen en tête, les voix gagnées par Marine Le Pen excèdent la perte de Sarkozy et sont plus nombreuses que les gains du Front de Gauche.
11e arrondissement : perte conforme pour Sarkozy, gain plus fort pour Le Pen, gain conforme pour Hollande, gain un peu plus faible pour Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 094 voix, Le Pen + 3 327 voix, Hollande + 80 voix, Mélenchon + 3 125 voix.
Mêmes observations que pour le 10e arrondissement et donc incertitudes sur l'issue des législatives.
12e arrondissement : perte plus faible de Sarkozy, gain supérieur à la moyenne pour Le Pen, gain supérieur à la moyenne pour Hollande, gain moins net pour Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 1 933 voix, Le Pen + 2 914 voix, Hollande + 545 voix, Mélenchon + 2 699 voix.
Mêmes observations que pour les 10e et 11e arrondissements, à la nuance près que Sarkozy reste nettement en tête dans un quartier largement peuplé de ménages retraités (près de 40 % des ménages).
13e arrondissement : perte plus forte de Sarkozy, gain plus net de Le Pen, progression supérieure à la moyenne de Hollande, gain conforme de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 3 432 voix, Le Pen + 4 060 voix, Hollande + 826 voix, Mélenchon + 4 117 voix.
On entre déjà dans la logique politique des quartiers Nord. La perte de Sarkozy est plus faible que les gains de Le Pen mais le gain de Mélenchon est un peu plus élevé que ceux ci.
14e arrondissement : grosse perte pour Sarkozy (près de 40 % des voix 2007), moindre gain pour Le Pen, gain un peu plus fort que la moyenne pour Hollande, progression conforme de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 192 voix, Le Pen + 1 348 voix, Hollande + 236 voix, Mélenchon + 2 799 voix.
On retrouve la configuration des arrondissements centraux, avec une situation qui bascule clairement à gauche (de 46,5 % au premier tour de 2007 à 56,7 % cette année).
15e arrondissement : forte perte de Sarkozy, gain plus faible de Le Pen, perte de voix pour Hollande, et gain inférieur à la moyenne pour Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 2 525 voix, Le Pen + 1 665 voix, Hollande – 76 voix, Mélenchon + 3 439 voix.
On est clairement dans le schéma quartiers Nord, avec une gauche en forme (passant de 47,9 % au premier tour en 2007 à 57,7 % cette année).
16e arrondissement : forte perte pour Sarkozy, gain plus faible de Le Pen, perte en voix de Hollande, gain inférieur à la moyenne de Mélenchon.
En chiffres : Sarkozy – 658 voix, Le Pen + 615 voix, Hollande – 233 voix, Mélenchon + 1 173 voix.
Le quartier est clairement à gauche, même si les pertes de Sarkozy semblent bien récupérées par Le Pen.
Sans entrer dans le détail des bureaux de vote, il semble donc, bel et bien, que la dynamique électorale a d'abord et avant tout profité au Front de Gauche et, dans une moindre mesure, au Front National.
Et, de fait, Marseille qui avait été plus sarkozyste et plus royaliste que l'ensemble de la France en 2007, s'est finalement réveillée le 23 avril dernier un peu moins hollandaise et un peu moins sarkozyste que le pays.
Sarkozy perd des voix dans tous les arrondissements municipaux, sans surprise, mais comme par hasard (mon œil!), ses pertes sont plus sensibles dans les arrondissements de gauche que dans ceux de droite.
Il y a un monde entre la perte de 12 % des votes dans le 8e, l'arrondissement d'élection de Jean Claude Gaudin, et l'hémorragie de 40 % des votes 2007 dans les trois derniers arrondissements.
S'il fallait prendre la mesure du recul de la droite, nous l'aurions avec la part des voix Sarkozy des 7e, 8e et 9e arrondissements.
En 2007, Sarkozy y réunissait 43 482 suffrages, soit 33,25 % de ses voix sur l'ensemble de la ville.
En 2012, il y rassemble 36 948 voix, soit 36,71 % de ses suffrages marseillais.
Dans les six arrondissements qui ont voté à gauche au second tour en 2007 comme en 2012 (1er, 2e, 3e, 14e, 15e, 16e), il réunissait 22 260 suffrages, soit 17,02 % de ses voix sur la ville.
Cette année, il y réunit 13 968 électeurs, soit 13,88 % de ses suffrages phocéens.
Et surtout, si pour les trois arrondissements cités, il retrouve 85 % de ses voix 2007, le score n'est que de 63 % pour les six arrondissements de gauche.
Marine Le Pen améliore évidemment la performance de son père dans tous les arrondissements marseillais.
Mais on aura remarqué que sa performance n'efface la déperdition des votes Sarkozy que dans les arrondissements de droite et, dans une moindre mesure, dans les trois arrondissements des quartiers Nord.
Dans les trois arrondissements de droite précités, le vote FN passe en effet de 11 667 voix à 18 275 suffrages.
Deux remarques : le rapport Sarkozy/ Le Pen passe de 4/1 à 2/1 et la part du vote lepéniste constitué par ces trois arrondissement passe de 22,76 à 23,05 % de l'ensemble du vote marseillais.
Une faible progression qui atteste de la capacité de résistance de la droite parlementaire, fondée sur la réalité de son organisation territoriale.
Sur les six arrondissements de gauche, le vote FN passe de 13 654 Ã 18 365 suffrages.
Deux remarques : Marine Le Pen devance Nicolas Sarkozy sur ces six arrondissements, ce qui peut compliquer la vie de l'UMP pour d'éventuelles municipales, même si les secteurs 2 (2e et 3e arrondissements) et 8 (15e et 16 arrondissements) ne semblent pas devoir échapper à la gauche et ce, dès le premier tour.
Mais la part du vote lepéniste marseillais que représentent ces six arrondissements passe de 26,63 à 23,16 %.
La progression la plus sensible du vote lepéniste affecte donc les 10e, 11e et 12e arrondissements.
Sarkozy y demeure fort, puisqu'il y reste en tête au second tour.
Mais en 2007, nous avions sur ces trois arrondissements 30 694 suffrages Sarkozy et 12 439 suffrages Le Pen.
En 2012, nous avons 21 979 suffrages Sarkozy et 21 410 voix Le Pen.
Nous sommes donc passés d'un rapport 2,5/1 à une quasi égalité.
Et quasiment une opération de « vases communicants » avec un gain de 8 971 voix pour Le Pen et une perte de 8 715 voix pour Sarkozy.
De façon liminaire, nous avions indiqué que François Hollande avait connu une petite progression en pourcentage (0,95 %) et en voix (un peu moins de 1 500 sur la ville), situation révélatrice de configurations variées.
Le candidat du PS perd des voix dans sept arrondissements sur seize, et régresse singulièrement dans les arrondissements de gauche de 2007 où il perd au total 910 voix, même si cela impacte peu un total assez élevé.
Il était en effet de 35 619 suffrages en 2007, il atteint 34 709 cette année.
Le score de François Hollande qui était proche du total Sarkozy + Le Pen dans ces six arrondissements en 2007 s'avère aujourd'hui légèrement supérieur à ce même total, droite et FN ayant perdu ensemble environ 3 000 suffrages sur ces arrondissements.
Bien entendu, c'est au regard du rapport de forces interne à la gauche, avec le PCF en 2007 et le Front de Gauche cette année que l'on peut mesurer la situation.
Un PCF exsangue en 2007 avec 3 333 voix sur ces six arrondissements et un Front de Gauche en meilleure santé en 2012 avec 16 724 voix, soit plus que l'UMP, un peu moins que le FN et environ la moitié du PS au lieu du dixième...
En même temps, le Front de Gauche, en forte progression sur les arrondissements centraux, se retrouve avec une part équivalente (autour du tiers des suffrages obtenus sur Marseille) de ses votes phocéens concentrés dans ces six arrondissements de gauche.
Affaire de bouteille à moitié pleine, peut être, qui aurait voulu que le PCF eût quelques moyens pour éviter une plus lourde dégringolade dans les quartiers Nord en 2007.
En tout cas, sa progression est réelle sur l'ensemble de la ville, sous l'étiquette « Front de Gauche » et me semble devoir confirmer que les turpitudes du PS 13 ont aussi pu provoquer des changements de vote.
Quant à la géopolitique locale de Marseille, force est de constater que le résultat de cette présidentielle correspond furieusement à un schéma déjà connu et éprouvé.
Six arrondissements de gauche, populaires et parfois pauvres.
Trois arrondissements de droite affichée, organisée et suffisamment structurée pour supporter toutes les épreuves.
Quatre arrondissements essentiels pour le balancier local (4e, 5e, 6e et 13e).
Et trois arrondissements à enjeux politiques à venir, puisque la bourgeoisie marseillaise y peine face aux couches moyennes gagnées au vote FN et que la gauche peut tirer parti de cette situation.
Le centre de gravité des législatives se situera probablement dans la 1ere circonscription et celui des municipales 2014 se partagera entre les secteurs 5 et 6.