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La vie politique en Tunisie

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La vie politique en Tunisie

Messagede Jean-Philippe » Lun 13 Aoû 2012 22:16

Un "front populaire" regroupant une douzaine de partis de gauche a été créé en Tunisie pour former une coalition d'opposition à l'alliance au pouvoir dominée par les islamistes du parti Ennahda, a annoncé lundi le Parti ouvrier tunisien (POT).

La suite à lire ici.

Les prochaines élections devraient avoir lieu en mars 2013. D'ici là, l'Assemblée nationale devrait adopter la nouvelle Constitution d'ici octobre.
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede vudeloin » Mar 14 Aoû 2012 02:16

L'information rapportée par Jean Philippe est l'occasion de faire un peu le point sur la situation troublée de la Tunisie, une dizaine de mois après les élections ayant suivi la chute de Ben Ali et le succès (relatif) des islamistes d'Ennadha lors de ce scrutin.

D'une part, faisons le point vis à vis des votes obtenus effectivement par les différents mouvements politiques de l'Assemblée Nationale Constituante.

Electorat potentiel : 8 289 924

Votants 4 308 888, soit environ 52 % (51,97 %)
Exprimés 4 053 148

Ennadha 1 501 320, soit 37,04 %, 89 élus
Congrès Pour la République (parti du Président Moncef Marzouki) 353 041 voix, soit 8,71 %, 29 élus
Pétition populaire (parti du milliardaire de la TV câblée Hechmi Hamdi) 273 362 voix, soit 6,74 % et 26 élus
Ettakatol (parti social démocrate du Président de l'Assemblée Mohamed Ben Jafar) 284 989 voix, soit 7,03 %, et 20 élus
Parti Démocrate Progressiste (PDP, leader Maya Jribi) 159 826 voix, soit 3,94 % et 16 élus
L'initiative (parti des destouriens et RCD repentis, mené par Kamel Morjane) 129 120 voix, soit 3,19 % et 5 élus
Pôle Démocrate Moderniste (constitué surtout autour de l'ex PCT, Ettajdid) 113 005 voix, soit 2,79 % et 5 élus
Afek Tounes (parti centriste), 76 488 voix, 1,89 % et 4 élus
Parti communiste des Ouvriers de Tunisie (parti de Hamma Hammami), 63 652 voix, soit 1,57 % et 3 élus
Union Patriotique Libre (centriste et liée à la Libye), 51 665 voix, soit 1,26 % et 1 élu.

Je n'ai ici indiqué que les partis dont l'influence a dépassé un pour cent des suffrages sans revenir sur le MDS (2 élus), ancien parti du dissident du Destour Mohamed Mestiri, le Mouvement populaire (2 élus) et les 15 élus d'autres partis locaux ou régionaux.

On notera aussi que 1 290 293 électeurs, soit près de 32 % des exprimés, ont voté pour des partis qui n'ont pas obtenu de représentation.

Ensuite, le climat politique local est marqué à la fois par les tensions (notamment Ennadha dont les responsables montrent de plus en plus leur véritable visage face aux partis sécularistes), le retard pris dans la rédaction du texte constitutionnel et le probable report des futures élections, une fois ce texte acquis.

L'autre paramètre, c'est évidemment que les partis politiques tunisiens sont en phase de reclassement, chacun des courants d'opinion se structurant dans la perspective des échéances électorales futures.

Ainsi, si Moncef Merzouki et Mohamed Ben Jafar font preuve pour l'heure de tout leur « savoir faire «  pour que la troïka institutionnelle fonctionne à peu près (Ettakatol à la présidence de l'Assemblée, le CPR à celle de la République et Ennadha au poste de Premier Ministre), deux mouvements ont d'ores et déjà émergé.

D'une part, le parti de la République (Hizb Al Jumhuria), constitué à partir du PDP de Maya Jribi, devenue d'ailleurs Secrétaire générale du Nouveau parti, d'Afek Tounes, du parti républicain et d'autres forces.

Constitué en avril lors d'un congrès fondateur à Sousse, le Parti de la République peut compter sur 13 députés au sein de l'Assemblée, neuf des élus du PDP ayant finalement décidé de ne pas suivre Maya Jribi et Ahmed Néjib Chebbi dans ce qui peut être considéré comme une forme de « recentrage » du PDP.

Les neuf élus du PDP dissidents, dont Mohamed Hamdi, président du groupe parlementaire, entendent constituer éventuellement une alliance avec les dissidents du CPR ou d'Ettakatol qui seraient en désaccord avec la ligne de « dialogue » avec Ennadha.

D'autre part, a été lancé au mois de juillet le parti Appel pour la Tunisie par Beji Caid Essebsi, dernier Premier Ministre avant les élections, ancien Ministre de l'époque de Bourguiba ( il est âgé de 86 ans...) et avocat au barreau de Tunis.

Le parti, dans la situation de marasme économique du pays, semble pouvoir rassembler largement, même s'il ne compte pour l'heure que sur deux députés issus de la Pétition populaire qui viennent de s'y rallier.

Et surtout il offre une sorte « d'arrière boutique » aux anciens membres du Destour comme du RCD pour revenir éventuellement au pouvoir, d'autant que, pour l'heure, ce sont des personnalités plutôt marquées « à gauche « , issues notamment du mouvement syndical, qui exercent des responsabilités au sein du mouvement.

L'alliance dite de Front Populaire de Hamma Hammami regroupe pour l'heure l'ex PCOT (3 élus à l'ANC), le Parti de l'Action nationale démocrate, le Mouvement des patriotes démocrates (1 élu à l'ANC, scission antérieure du PCOT), le Parti du Leadership arabe démocratique, le mouvement « al Baath », le mouvement « Achaab », la Ligue des travailleurs de gauche, le parti Tunisie Verte, le Front Populaire unioniste, le Parti populaire pour la liberté et le progrès, le Parti du militantisme progressiste.

La plupart de ces partis et mouvements appartiennent à la myriade des forces politiques émergées après la chute de Ben Ali sans obtenir le succès requis le 23 octobre dernier et se situent dans un arc politique allant des partis membres de la Quatrième internationale (c'était le cas du PCOT originel) d'inspiration trotskiste aux mouvements panarabistes à visée socialiste en passant par une ou deux mouvances issues du PC Tunisien.

Ceci dit, même si l'image publique de Hamma Hammami progresse dans l'opinion, en cas d'élection présidentielle, Moncef Marzouki serait pour le moment le candidat le plus sûr d'arriver en bonne position.

De fait, peu à peu, se met en place un paysage politique quelque peu rationalisé, avec une gauche un peu moins dispersée (il y a encore à faire ceci dit, vu que les différents mouvements issus du PCT font pour l'heure des choix différents), un centre gauche de plus en plus institutionnel autour du CPR, du Parti de la République et d'Ettakatol, une mouvance islamique organisée par Ennadha et une tendance de centre droit libéral que l'Appel pour la Tunisie de Caid Essebsi semble appelé à incarner plus sûrement que le mouvement de Kamel Morjane et l'improbable Pétition de Hechmi Hamdi.
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede Pullo » Lun 27 Aoû 2012 13:18

Dans un discours adressé à son parti, le CPR, qui tenait alors son congrès ce week end, Moncef Marzouki a vivement critiqué Ennahdha. Il accuse le parti islamiste, dont des responsables éminents (Ghannouchi entre autres) étaient invités au congrès du CPR, de reprendre les méthodes de gouvernement du RCD de Ben Ali, et d'essayer de monopoliser le pouvoir à son profit :
http://www.kapitalis.com/politik/55-deb ... -rcdr.html
http://www.gnet.tn/temps-fort/congres-d ... u-325.html

Le discours présidentiel a provoqué des réactions très mitigées chez les commentateurs et organisations politiques non islamistes. Le secrétaire général du CPR, Mohamed Abbou, n'a pas voulu commenter le fond du discours, preuve de son embarras. Certains accusent Marzouki d'être obsédé par le pouvoir, d'autres se demandent si le discours ne faisait pas partie d'un plan visant à faire oublier sa mollesse présumée, voire sa complaisance, face à Ennahdha, et mieux prendre ses distances avec le parti islamiste, en particulier sur la question des droits des femmes et de la liberté d'expression. Plusieurs affaires ont éclaté à ce sujet :
http://www.businessnews.com.tn/Tunisie- ... 20,33062,3
http://www.businessnews.com.tn/Tunisie- ... 20,33064,3
http://www.businessnews.com.tn/Tunisie- ... 20,33058,3

Et du côté des Nahdhaouis, Ghannouchi a habilement botté en touche en disant que les propos de Marzouki n'engagaient pas le CPR, tandis que le ministre Samir Dilou a fermement invité Marzouki à choisir entre la majorité et l'opposition.

L'avenir de la coalition entre les islamistes et le centre-gauche devient incertain...
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede vudeloin » Mar 28 Aoû 2012 12:35

Ces controverses montrent qu'il y a clairement émergence d'un débat démocratique en Tunisie et que chaque camp, ou chaque parti, essaie de définir sa position sur l'éventail politique du pays.
Il me semble que les deux éléments clé du futur politique du pays soient fondés d'une part sur la capacité des partis et mouvements à rester en contact avec la population, dans le contexte économique et social dégradé du pays (apparemment les touristes étrangers, notamment Français, préféraient la dictature benaliste), et leur capacité de nouer les alliances nécessaires pour justifier de leur activité.
Le paysage politique tunisien va se simplifier dans les mois qui viennent.
J'ai juste l'impression que si le "parti de la renaissance" continue de jouer le premier rôle, il n'y en ait plus beaucoup à distribuer ensuite...
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede Pullo » Sam 1 Sep 2012 12:54

Un collectif de citoyens et d'associations a porté plainte contre l'Assemblée constituante pour manque de transparence dans ses travaux :
http://www.rfi.fr/afrique/20120901-tuni ... 1&ns_fee=0

Une conséquence du discours de Moncef Marzouki ?
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede vudeloin » Sam 1 Sep 2012 14:51

Ou une nouvelle étape dans l'aiguisement des confrontations politiques dans le pays.

L'association dont il est question ici (Al Bawsala) n'est que l'expression de la liste Sawt Moskatel présente l'an dernier aux élections.
La responsable de l'association, Amira Yahyaoui était tête de liste en France.
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede Jean-Philippe » Ven 21 Sep 2012 10:02

Les salafistes jihadistes sont un "danger" pour la Tunisie, et après l'attaque de l'ambassade américaine l'Etat tunisien doit "serrer la vis", a déclaré Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste au pouvoir Ennahda.

"A chaque fois que des partis, ou des groupes outrepassent d'une façon flagrante la liberté il faut être ferme, serrer la vis et insister sur l'ordre", a-t-il dit, "Ces gens là représentent un danger non seulement pour Ennahda mais pour les libertés publiques dans le pays et pour sa sécurité".

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/09/21/97001-20120921FILWWW00339-integristes-la-tunisie-va-serrer-la-vis.php

Voilà quelque chose qui a le mérite d'être dit. Ghannouchi ne veut pas se faire déborder par des radicaux, sous peine d'être pris en tenaille entre eux et les partis plus libéraux/progressistes.
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede Relique » Ven 21 Sep 2012 10:26

Le discours semble le bon, mais pour l'instant, les actions, ou plutôt l'inaction, étaient plutôt en contradiction... Les salafistes n'ont toujours pas été inquiétés en Tunisie pour leurs diverses actions anti-femmes, anti-occidentales, anti-laïcs... Il faut espérer que cette intervention marque un réel changement de politique...
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede Jean-Philippe » Mar 9 Oct 2012 00:07

Le chef du parti islamiste tunisien Ennahda Rached Ghannouchi a estimé lundi que les prochaines élections en Tunisie pourraient être organisées au début de l'été 2013.

"La troïka (au pouvoir) se consulte sur la date des élections, qui sera annoncée prochainement", a déclaré Rached Ghannouchi à l'AFP à Doha, ajoutant qu'il s'attendait à ce que le scrutin soit convoqué au "début de l'été" 2013.

La date des élections fait l'objet de déclarations contradictoires au sein de la Troïka, formée par Ennahda et ses deux alliés de gauche [...]

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/08/97001-20121008FILWWW00662-tunisie-elections-en-ete-2013.php
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Re: La vie politique en Tunisie

Messagede ploumploum » Dim 14 Oct 2012 14:58

Jean-Philippe a écrit:
Le chef du parti islamiste tunisien Ennahda Rached Ghannouchi a estimé lundi que les prochaines élections en Tunisie pourraient être organisées au début de l'été 2013.

"La troïka (au pouvoir) se consulte sur la date des élections, qui sera annoncée prochainement", a déclaré Rached Ghannouchi à l'AFP à Doha, ajoutant qu'il s'attendait à ce que le scrutin soit convoqué au "début de l'été" 2013.

La date des élections fait l'objet de déclarations contradictoires au sein de la Troïka, formée par Ennahda et ses deux alliés de gauche [...]

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/08/97001-20121008FILWWW00662-tunisie-elections-en-ete-2013.php

Quelques infos sur les futurs scrutins :

Les prochaines législatives se tiendront le 23 juin.
La prochaine présidentielle (suffrage universel) se tiendra les 23 juin et 7 juillet.

Les trois partis de la coalition se sont accordés pour "proposer la date du 23 juin 2013 pour la tenue des prochaines élections législatives et présidentielle, un deuxième tour de la présidentielle devant se tenir le 7 juillet", a indiqué le parti islamiste qui dirige le gouvernement.
Ce communiqué signé par les chefs des trois partis de la coalition, Ennahda et deux formations de centre-gauche, annonce aussi qu'un compromis a été trouvé sur la nature du régime politique qui sera défini dans la future Constitution. Ce compromis prévoit "un régime politique mixte dans lequel le président sera élu au suffrage universel pour un meilleur équilibre des pouvoirs et au sein du pouvoir exécutif", explique le communiqué.


http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/14/97001-20121014FILWWW00005-tunisie-les-elections-auront-lieu-le-2306.php
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