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Elections municipales de 1935

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Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Ven 10 Aoû 2012 13:28

Un regard historique sur les élections municipales de 1935 que nous allons commencer avec la région Parisienne et, pour faire bonne mesure, avec le cas particulier de la ville de Paris.

Rappelons rapidement le contexte : en mai 1935 (c'est alors les 5 et 12 mai que se déroulent en effet les élections municipales), cela fait un peu plus de deux ans que l'Allemagne voisine est sous la domination du parti national socialiste.
La IIIe République, impliquée dans une grave crise économique et politique (affaire Stavisky) a connu une chaude alerte en février 1934 où les manifestations organisées par les mouvements d'anciens combattants (l'UNC notamment dirigée entre autres par Jean Goy, député du Perreux sur Marne), les ligues et les Croix de Feu du colonel de la Rocque ont failli se terminer par la prise d'assaut du Palais Bourbon.

On sait aussi que les partis de gauche, comme les syndicats CGT (d'obédience socialiste à l'époque) et CGTU (proche des communistes), ont conduit dès le 6 février la riposte aux mouvements de la droite extra parlementaire, cela se terminant par la fameuse contre manifestation du 12 février sur le cours de Vincennes et la réunion des cortèges constitués par chacune des deux grandes organisations syndicales dans une seule manifestation.

Ainsi engagée, la démarche de 'Front Populaire' rassemblant l'ensemble des forces de gauche trouvera sa concrétisation dans la célébration du 14 juillet 1935 et le « serment » du Front Populaire, rédigé entre autres par le Cévenol André Chamson et le Breton Jean Guéhenno, bien après la constitution du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes en mars 1934, en réaction aux manifestations de février.

En mai 1935, nous sommes donc en quelque sorte dans l'entre deux.

La poussée vers l'unité des forces de gauche travaille à la fois le PCF – SFIC, la SFIO et le « vieux «  parti radical, mené par Edouard Herriot, où le mouvement des « Jeunes Turcs » (Mendès France par exemple) travaille dans le sens de l'unité d'action et de programme des partis de gauche.

Aussi, dans nos élections municipales de 1935, nous avons tous les cas de figure : parfois les candidats et listes de gauche anticipent la logique d'union qui sera particulièrement efficace un an plus tard, presque jour pour jour, lors des législatives, parfois, ce n'est pas le cas...

Prenons désormais le cas de Paris.

Le conseil municipal de Paris, en 1935, est composé par 90 membres.

Pour les désigner, les électeurs ont le droit de voter au scrutin majoritaire uninominal à deux tours dans chaque quartier parisien, la plupart de ces quartiers élisant de fait un conseiller de Paris et une dizaine deux.

Autant dire que la démographie parisienne n'a qu'un faible impact sur la répartition globale des élus.

Prenons par exemple le premier arrondissement parisien et ses quatre quartiers que sont Saint Germain l'Auxerrois, les Halles, Palais Royal et Place Vendôme.

Chacun de ces quartiers élit un conseiller de Paris, sauf que Saint Germain ne compte alors que 1 161 inscrits, Les Halles 5 269, Palais Royal 1 732 et Place Vendôme 1 612.

(On notera que la situation est encore la même aujourd'hui où le quartier des Halles regroupe la moitié ou peu s'en faut de l'électorat actuel de l'arrondissement, même si le déménagement de Baltard à Rungis pour l'activité et à Nogent pour l'architecture a changé la donne depuis 1935).

Et, bien entendu, comme nous le verrons, la situation est encore plus nette dans d'autres quartiers et arrondissements parisiens.

Passons aux résultats.

Si l'on en croit la presse de l'époque (et singulièrement Le Temps, ancien occupant d'un immeuble, 9 rue des Italiens, qui sera, au lendemain de la Libération de Paris, le siège du Journal Le Monde, celui ci reprenant même la graphie spécifique du journal disparu), le premier tour des élections parisiennes est marqué par un nombre « inusité «  de ballottages.

En effet, cinquante trois des quatre vingt dix sièges à pourvoir restent non pourvus au lendemain du premier tour.

Entrons un peu dans les détails.

Premier arrondissement :

Election de l'URD (droite) Brunessaux dans le quartier de Saint Germain l'Auxerrois (729 voix sur 939) et ballottage dans les trois autres quartiers, favorables à la droite en général.

Deuxième arrondissement :

Election de l'URD Dailly (lien de famille non établi avec l'ancien sénateur Etienne Dailly) dans le quartier Gaillon (553 voix sur 694), du radical indépendant, proche de l'AD, Bellan dans le quartier du Mail (1 594 voix sur 2 238), ballottage dans les deux autres quartiers.

Un Bellan prénommé Léopold qui fut à plusieurs reprises un des élus importants du conseil municipal de Paris et du conseil général de la Seine et qui, industriel et philanthrope, fut notamment fondateur de l'Hôpital Léopold Bellan, dédié à la rééducation fonctionnelle.
(Léopold Bellan avait eu la malchance de naître handicapé, avec un pied bot).
Très âgé à l'occasion de ce scrutin (soixante dix huit ans), Léopold Bellan décédera en janvier 1936.

Troisième arrondissement :

Le républicain de gauche (donc de droite) de Pressac élu dans le quartier des Arts et Métiers (2 053 voix sur 3 577), du républicain de gauche André Puech dans celui des Archives (2 262 voix sur 3 386), ballottage aux Enfants Rouges et à Sainte Avoie, les deux autres quartiers.

Quatrième arrondissement :

Ballottages dans les quartiers Saint Merri, Arsenal et Saint Gervais (pour tout dire le Marais et les abords de la Bastille), et élection au premier tour du républicain de gauche Lemarchand avec 1 315 sur 1 992 dans le quartier de Notre Dame qui recouvre l'Ile Saint Louis et la partie de l'Ile de la Cité comprise dans l'arrondissement.

A noter que le candidat de la SFIO se nommait Lazurick et qu'il est donc probable qu'il ait été parent du grand journaliste fondateur de l'Aurore après guerre, après avoir été député SFIO du Cher en 1936.

Cinquième arrondissement

Election du socialiste indépendant Paul Fleurot (3 037 voix sur 5 351), élu depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, qui sera sénateur la même année (Gauche démocratique) et qui votera le 10 juillet 1940 contre les pleins pouvoirs à Pétain, dans le quartier du Jardin des Plantes ; élection du socialiste indépendant Raoul Brandon, qui sera député USR en 1936, dans le quartier de la Sorbonne (2 323 voix sur 3 457) ; élection du radical socialiste Robert Bos dans le quartier du Val de Grâce (2 981 voix sur 4 984) et ballottage dans le quartier Saint Victor.

On voit, déjà, que le quartier étudiant et intellectuel de Paris est moins sensible au vote en faveur de la droite, même si ses élus ne sont pas vraiment Front Populaire.

Sixième arrondissement

Election du républicain de droite Gillouin dans le quartier de la Monnaie (1 566 voix sur 2 860), du démocrate populaire Bucaille dans celui de l'Odéon (2 037 voix sur 2 805), du républicain national Jean Chiappe, ancien Préfet de Police dans le quartier de Notre Dame des Champs (4 248 voix sur 6 695) et du démocrate populaire Raymond Laurent dans le quartier de Saint Germain des Prés (1 470 voix sur 2 170).

Net succès de la droite donc, avec une forte influence du courant catholique, puisque le PDP obtient dans l'arrondissement deux élus sur quatre, situation qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans la capitale.

De fait, l'ancrage catholique de l'arrondissement est clairement révélé (n'oublions pas que la rue d'Assas accueille la Catho de Paris et qu'une bonne part de la propriété foncière découle de l'Evêché et des congrégations).

La forte personnalité politique de l'arrondissement est évidemment celle de Jean Chiappe, ancien Préfet de Police (notamment en 1934), partisan de la censure à l'encontre de l'expression artistique non académique (entre autres des films surréalistes de Bunuel comme l'Age d'Or, pourtant tourné avec l'aide du duc de Noailles), proche de l'Action française et de la droite monarchiste de manière générale.

Jean Chiappe sera élu, en juin 1935, président du conseil de Paris.

Notons enfin, pour que les choses soient établies, que son neveu Jean François sera connu, bien après la Seconde guerre Mondiale, comme l'un des historiens les plus connus de la radio et de la télévision, tout en restant attaché aux valeurs catholiques et monarchistes de sa famille.

En 1988, Jean François Chiappe appellera à voter Le Pen.

Septième arrondissement

Election d'Edouard Frédéric Dupont dans le quartier Saint Thomas d'Aquin (2 970 voix sur 3 508), élu qu'on ne présente plus et qui représentera ce quartier et l'arrondissement pendant de fort longues années ; élection de M. De Castellane dans le quartier Ecole Militaire (2 189 voix sur 2 705) et ballottages favorables à la droite dans les deux autres quartiers.

Huitième arrondissement


Election de l'URD Le Provost de Launay dans le quartier des Champs Elysées (1 034 voix sur 1 332), de l'URD Guillaumin dans celui du Faubourg du Roule (1 984 voix sur 2 478), du républicain des Isnards dans le quartier de la Madeleine (1 772 voix sur 2 304) et du démocrate populaire Bour (2 640 voix sur 4 672) dans le quartier de l'Europe, le moins bourgeois, toutes choses égales par ailleurs, de l'arrondissement.

Neuvième arrondissement

Election du républicain de gauche Biscarre dans le quartier de la Chaussée d'Antin (1 525 voix sur 1 812) ou plutôt réélection après un premier succès lors d'une partielle en 1932 ; ballottages, plutôt favorables à la droite, dans les trois autres quartiers.

Alex Biscarre, qui a laissé son nom à un square du neuvième arrondissement situé près de Notre Dame de Lorette, fut élu sur le quartier jusqu'en 1977, après avoir participé à la Libération de la France au sein des Forces Françaises Libres et avoir suivi les différents mouvements gaullistes après guerre.

Dixième arrondissement

Election de l'AD Piel dans le quartier de la Porte Saint Denis (2 236 voix sur 4 166), de l'autre AD Contenot dans le quartier de la Porte Saint Martin (3 629 voix sur 7 005), et ballottage dans les deux autres quartiers (Saint Vincent de Paul et Hôpital Saint Louis) plutôt favorables à la gauche.

On notera que l'élu de la Porte Saint Denis avait succédé, lors d'une partielle organisée en 1933, au sortant radical socialiste Oscar Dufrenne, l'une des figures de la nuit parisienne à l'époque, dont le corps avait été retrouvé sans vie dans son établissement principal, à savoir le célèbre cabaret du « Palace », rue du Faubourg Montmartre.

Dans le quartier Saint Louis, proche du canal Saint Martin, comme dans le quartier Saint Vincent de Paul, où se situent les emprises des deux gares du Nord et de l'Est, la gauche est en effet plus forte, notamment sur Saint Louis où le candidat SFIO arrive en tête devant le candidat communiste et le socialiste indépendant sortant.
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Messagede vudeloin » Ven 10 Aoû 2012 13:28


Onzième arrondissement


Réélection du républicain de gauche René Fiquet dans le quartier de la Folie Méricourt (5 291 voix sur 9 052), avec la perte d'un millier de voix sur l'élection de 1929 et une poussée de la gauche dans son ensemble ; ballottage à Saint Ambroise où le socialiste indépendant sortant fait deux fois moins de voix qu'en 1929 et voit le PCF gagner 260 voix et la SFIO 48 ; ballottage pour les deux sièges du quartier de la Roquette où le candidat communiste Léon Frot devance au premier tour le sortant BOP (ex communiste) Camille Renault sur le deuxième siège ; et ballottage à Sainte Marguerite, où le candidat de droite, le docteur Hatton, battu par le SFIO Chausse en 1929, arrive en tête devant le candidat communiste, en chef de file d'une gauche nettement majoritaire.

Douzième arrondissement


Election du candidat de droite Emile Faure sur le quartier du Bel Air (2 979 voix sur 5 528), situé près du Bois de Vincennes ; ballottage à Picpus où le candidat de droite Mazarguil devance le sortant BOP Taillard, remplaçant du député Garchery, mais la gauche est en bonne position ; ballottage à Bercy où le sortant BOP (Bloc Ouvrier et Paysan, élus sous étiquette communiste ayant quitté le PCF sans rejoindre la SFIO) Castellaz, élu de 40 voix en 1929, est en tête du ballottage ; et ballottage aux Quinze Vingts où André Le Troquer, futur Président de l'Assemblée Nationale, est en tête pour la SFIO (élu sortant).

Treizième arrondissement


Ballottage à la Salpêtrière où le docteur Calmels, sortant USR, avec 1 513 voix sur 4 820, devance le candidat communiste et celui de la droite ; ballottage dans le quartier de la Gare pour le communiste André Marty, conseiller sortant (4 889 voix sur 10 952), loin devant le candidat de droite Junot ( 2 325 voix, probablement lié à Philippe Junot).
L'ancien mutin de la Mer Noire retrouve d'ailleurs au premier tour pratiquement toutes les voix obtenues en octobre 29 lors de la partielle qui avait suivi le décès du conseiller communiste élu au renouvellement général.

Election au premier tour du BOP Louis Gélis sur le quartier de Maison Blanche (l'intéressé sera aussi député sur la période) avec 7 136 voix contre 4 908 à l'ensemble des autres candidats.

Enfin, ballottage dans le quartier Croulebarbe, le sortant PSF ne se représentant pas, c'est le candidat communiste qui se positionne en tête du scrutin.

Quatorzième arrondissement

L'AD, grand parti de centre droit, obtient deux élus dans le quartier du Montparnasse avec François Latour (2 817 voix sur 4 884 face au communiste Raymond Losserand), et Georges Prade (1 923 voix sur 3 291) dans le quartier dit de la Santé.

Election du républicain de gauche Pinelli, dans le quartier Petit Montrouge (4 898 voix sur 9 054).

Le quartier Plaisance, pour sa part, a été découpé en deux circonscriptions.

Les deux conduisent à un ballottage mettant en première position le candidat de droite face aux candidats communistes, à savoir dans le premier cas Dumat (3 669 voix) contre Léon Mauvais (3 086 voix), devant le sortant BOP et le candidat SFIO et dans le second cas le républicain Bardel, battu en 1929 par le sortant BOP Salom, alors PCF, avec 1 782 voix devant Marcel Paul (1 367 voix) et devant les candidats SFIO et BOP.

Quinzième arrondissement


Le quartier Saint Lambert, représenté par Adolphe Chérioux en 1929, a été découpé en deux sièges.

Le regretté élu radical socialiste, ancien Président du Conseil général, né à Vaugirard avant que la commune ne soit annexée par Paris, avait été brillamment reconduit en 1929 en obtenant au second tour 8 313 voix contre 2 997 à son adversaire communiste.

Adolphe Chérioux, à la tête d'une lignée d'élus du quinzième dont l'un des rejetons fut le sénateur Jean Chérioux, a été l'un des élus marquants du Paris de la IIIe République, prenant notamment part à la réalisation du métro parisien jusqu'à la Porte de Versailles, à l'opération d'arasement des fortifications qui conduira à libérer l'espace de construction des HBM version loi Loucheur ou encore à l'ouverture de l'orphelinat départemental à Vitry sur Seine dans ce qui est aujourd'hui le parc départemental Adolphe Chérioux.

Les deux sièges aboutissent à un ballottage en 1935, plaçant en tête le candidat de droite Espiau dans le premier secteur et, probablement, le fils d'Adolphe Chérioux dans le second, l'un avec 2 199 voix sur 8 235 exprimés, l'autre avec 1 888 voix sur 7 249 exprimés.

A noter, en quatrième position sur le deuxième secteur avec 1 278 voix, le candidat PCF Jules Fourrier, qui sera élu député l'année suivante.

Jules Fourrier qui est un cas un peu particulier au nombre des élus communistes parisiens de l'époque du Front Populaire.
En effet, ancien et très actif militant syndical et politique, devenu député en mai 1936, il quittera le PCF au moment de l'affaire du pacte germano soviétique mais s'engagera rapidement sur la voie de la Résistance, notamment en Creuse, ce qui lui vaudra d'être arrêté et déporté à Mauthausen.

Son retour après guerre marquera sa rupture définitive avec le PCF et sa participation à la première version du Parti communiste internationaliste, sans trop de succès, dès l'immédiat après guerre.

Il s'investira par ailleurs avec une certaine énergie dans l'activité de la Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP), qu'il quittera par désaccord sur la situation de l'URSS, et traversera la vie politique des années 60 et 70 en passant de l'Union de la gauche socialiste (UGS, mouvement créé par Gilles Martinet), le Parti socialiste Unifié première version jusqu'à la Ligue communiste révolutionnaire en 1972.

Le quartier Necker fut également partagé en deux secteurs, le premier connaissant un ballottage avec un candidat de droite en tête avec 1 489 voix sur 5 253 et le second l'élection (ou plutôt la réélection) du républicain de gauche Lionel Nastorg avec 3 243 voix sur 5 647.

Lionel Nastorg, vice Président du conseil de Paris, fut l'un des grands avocats de l'entre deux guerres.

Dans le quartier de Grenelle, élection au premier tour du radical indépendant Boulard, avec 5 426 voix sur 10 342, constatant une poussée à gauche avec Marceau Pivert, SFIO « de gauche « , 2 608 voix et un communiste, Chauvert, 2 105 voix.

Enfin, dans le quartier Javel, largement dominé à l'époque par l'emprise de l'usine Citroën, le sortant BOP Duteil arriva en tête avec 2 385 voix sur 8 165, devant Charles Michels, candidat du PCF, 1 959 voix.
vudeloin
 
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Messagede vudeloin » Ven 10 Aoû 2012 13:28

Seizième arrondissement

Ballottage favorable à la droite sur les deux secteurs du quartier Auteuil, la diversité des candidats de droite étant la base de ce résultat.

Election au premier tour de M. d'Andigné sur le quartier La Muette avec 3 616 voix sur 6 047, le candidat communiste réunissant 608 voix et le candidat SFIO 259...

Ballottage très favorable à la droite sur le quartier de la Porte Dauphine, avec Gilbert Gaillard, sortant républicain de gauche, pourvu de 1 964 voix sur 3 996 (élection manquée à 35 voix), devance le candidat de la FRF De la Tour du Pin.

Enfin élection du candidat de droite libérale De Fontenay dans le quartier Chaillot (3 378 voix sur 4 078).

Dix septième arrondissement


Ballottage dans le quartier des Ternes plaçant en tête le très à droite Pierre Darquier de Pellepoix avec 1 520 voix sur 7 194.

Armand Massart, URD, est réélu sur la Plaine Monceau (5 551 voix sur 6 731) tandis que Lobligeais, droite, est réélu aux Batignolles (6 639 voix sur 10 191).

Enfin, ballottage dans les deux secteurs des Epinettes, le PSF Copigneaux se plaçant devant le candidat PCF dans le premier secteur et l'AD Fourès, député, devant le communiste Belluque dans l'autre.

Dans ce personnel politique, notons le devenir de Darquier de Pellepoix, futur commissaire aux affaires juives sous l'Occupation, qui sera amené à émigrer en Espagne franquiste pour éviter les ennuis de l'épuration, et qu'on retrouvera, dans les années 70, pour avoir affirmé son plus grand doute sur l'existence des camps de la mort.

Dix huitième arrondissement


Le quartier Grandes Carrières est partagé en deux secteurs, le second voyant le sortant PSF Georges Thomas tenu en ballottage derrière le candidat de droite Torchaussé et devant le candidat communiste René Colin qui deviendra député en 1936.

Le quartier Clignancourt fut partagé en trois sièges.

Comptant en effet plus de 25 000 électeurs, le quartier, jusqu'ici représenté par l'URD Constant, crée trois ballottages avec le PSF en tête dans le premier secteur, l'URD dans les deux autres mais dans des situations incertaines, avec une poussée à gauche.

Le quartier de la Goutte d'Or réélit au premier tour Louis Sellier, élu sortant BOP, 4 479 voix sur 8 273, devant le communiste Georges Cogniot.

Quant au quartier de la Chapelle, ballottage avec le candidat BOP Charles Joly, pourvu de 2 007 voix sur 4 833, avec, ensuite, 1 287 voix pour le PCF.

Dix neuvième arrondissement


Le quartier de la Villette, encore largement marqué par la présence des abattoirs, vote nettement à gauche.
Représenté par le SFIO Georges Beaufumé, il confirme la position de son élu avec 3 181 voix sur 8 528 exprimés au premier tour, devant le candidat communiste Corentin Cariou, pourvu de 2 550 suffrages et deux candidats d'obédience radicale.

A noter que le quartier compte alors 10 402 inscrits ( ce ne sont que les hommes âgés de 21 ans et plus qui votent alors) et désigne donc un conseiller de Paris, alors que le premier arrondissement désigne quatre élus pour 9 774 électeurs résidents.

Le quartier du Pont de Flandre, pour sa part, était représenté par un élu du PSF (parti socialiste de France, l'une des tendances modérées de la SFIO au départ) mais place au premier tour le candidat communiste Jacques Grésa, ancien combattant de 14 – 18 et militant syndical aux contributions indirectes, qui sera élu député l'année suivante, en tête avec 1 088 voix sur 3 297 exprimés.

Jacques Grésa sera, après la guerre, député communiste de Haute Garonne, étant l'un des anciens députés parisiens que le PCF enverra en province pour « tirer «  les listes constituées après la Libération dans les Assemblées de la Quatrième République.

On notera que le cas de Prosper Môquet, député des Epinettes et père de Guy Môquet, est similaire puisqu'il fut candidat du PCF dans le département de l'Yonne où il fut d'ailleurs élu de 1945 à 1951.

Les forces de gauche représentées dans le quartier Flandre au premier tour laissent envisager le succès du candidat communiste au second, le sortant PSF arrivant en effet deuxième avec 624 voix, la SFIO recueillant 351 voix, le candidat radical socialiste 303 et 64 suffrages allant au candidat du parti radical « Camille Pelletan ».

Dans le quartier dit des Carrières d'Amérique ou Amérique, le candidat radical indépendant Gaston Pinot est réélu au premier tour avec 4 438 voix sur 8 484, devant le candidat PCF Pacini, 2 444 voix.

Proche d'Adolphe Chérioux, militant syndicaliste, Gaston Pinot est l'un des derniers élus radicaux parisiens dans un secteur de Paris où la droite dure s'est souvent effacée devant des mouvements et partis plus modérés.

Enfin, dans le quartier du Combat, le socialiste indépendant Fiancette (ex SFIO) arrive en tête avec 4 343 voix sur 8 952 (il lui manque donc un peu plus de cent voix pour être élu au premier tour) devant le candidat PCF, le futur député Auguste Touchard, lui aussi ancien de 14 – 18, pourvu de 2 486 voix.

Vingtième arrondissement

Belleville vote nettement à gauche, plaçant en tête le socialiste de France Henri Schnitzer, pourvu de 3 522 voix, devant le PCF Marcel Brout, 2 967 voix ( le tout sur 9 371 exprimés), et le SFIO Luquet, 2 154 suffrages.

Marcel Brout sera élu député l'année suivante mais contrairement à d'autres élus parisiens déjà évoqués, il rompra avec le PCF au moment du pacte germano soviétique et finira par participer à l'aventure du Parti ouvrier et paysan français, « structure d'accueil «  des ex communistes partisans de la collaboration.
Autant dire qu'il ne jouera plus le moindre rôle politique après la Libération...

Dans le quartier Saint Fargeau, réélection du républicain de gauche, le docteur Albert Besson, avec 3 901 voix sur 6 310 exprimés.

Son élection de 1929 avait surpris, puisqu'il avait battu le sortant SFIO, victime si l'on peut dire, de la stratégie « classe contre classe » du PCF, le candidat de droite l'ayant emporté dans une triangulaire avec les deux candidats de gauche.

La personnalité d'Albert Besson mérite un détour, ceci dit.

Médecin militaire en 14 – 18 (il fut gravement blessé lors de la bataille de Verdun où il assurait notamment le traitement des blessés des combats tenus autour du fort de Vaux près Douaumont), bactériologiste et hygiéniste, Albert Besson a connu une carrière rapide au conseil de Paris, jusqu'à être vice Président du conseil mais a surtout consacré sa vie à la prophylaxie des maladies contagieuses, développant notamment après guerre les campagnes de vaccination de masse, singulièrement contre la poliomyélite.

Ballottage enfin sur le siège du quartier du Père Lachaise et les deux sièges du quartier Charonne, dans un match opposant à chaque fois les sortants ou candidats du Parti socialiste de France (ex SFIO) et les candidats du PCF.

Sur 10 448, 6 155 et 5 141 exprimés dans les trois secteurs, les candidats PSF obtiennent 4 671, 2 830 et 2 081 voix, les candidats communistes 2 701, 2 111 et 1 929 voix.

La SFIO est troisième à chaque fois avec 1 761, 749 et 632 voix.

Parmi ces candidats, notons le cas de Jean Chaintron, candidat PCF sur Charonne, qui, après avoir été candidat sur Paris, ira aider à la constitution du Parti communiste algérien, à la demande de la direction du PCF et de l'Internationale communiste et sera notamment candidat en 1936 sur Bab El Oued.

Engagé dans la Résistance, Chaintron sera fait prisonnier par la police de Vichy, condamné à mort et libéré après une action décisive de la Résistance contre la prison de Nontron où il était retenu.

Jean Chaintron, officier FFI en Périgord et Limousin, devient Préfet de la Haute Vienne, où la Résistance a joué un grand rôle et dont le chef, Georges Guingouin, est devenu maire de Limoges à la Libération.

Chef de cabinet de Maurice Thorez, Ministre d'Etat, en 1947, Jean Chaintron sera l'un des cadres du PCF de l'après guerre, un parti dont il quittera cependant les rangs après le XXe Congrès du PCUS et le rapport dénonçant les crimes de Staline.

On le retrouvera, plus tard, dans l'activité du Parti socialiste Unifié ou encore auprès de Charles Tillon, l'ancien responsable des FTP, exclu du PCF en 1970, après avoir été mis à l'écart de ses responsabilités au sein du Parti.

L'autre candidat communiste, Raymond Bossus, jusqu'ici élu de Vitry sur Seine, aura un autre parcours : déchu de son mandat d'élu en 1939 en dépit du fait qu'il était mobilisé, il sera l'un des animateurs de la CGT illégale en zone Nord pendant l'Occupation, participera aux combats de la Libération et sera même maire du XXe arrondissement, devenant aussi Sénateur de la Seine.

Presque comme un résumé des ruptures, aléas et mouvements divers de la gauche française au XXe siècle, en fait.

Conclusion provisoire

A l'issue du premier tour, trente sept conseillers de Paris ont donc été élus ou réélus.

La droite domine dans cet ensemble avec vingt sept élus conservateurs, républicains nationaux et républicains de gauche, deux démocrates populaires, trois élus radicaux indépendants, un radical socialiste, deux socialistes indépendants et deux élus du Bloc ouvrier et paysan.

Rien, de fait, pour les journaux du temps, ne semble devoir marquer un progrès décisif de la gauche en termes d'élus au sein de l'assemblée municipale parisienne.
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Dim 12 Aoû 2012 01:50

Comme le lecteur a pu s'en rendre compte, le courant socialiste parisien était fortement marqué par la division issue du congrès de 1933 qui avait conduit à l'émergence du Parti socialiste de France (PSdF plutôt que PSF) autour de personnalités comme Max Hymans, qui sera Ministre et l'un des Présidents historiques d'Air France, mais aussi Max Bonnafous, Adrien Marquet, le député maire de Bordeaux, ou encore Marcel Déat et René Belin ou Paul Faure.

Certains des candidats et élus parisiens des municipales 1935 témoignent des mouvements ultérieurs de cette scission de la SFIO, notamment une fois que Déat (le plus connu sans doute de ces scissionnistes) aura créé le Rassemblement National Populaire et appelé à la collaboration avec l'occupant allemand.

Ainsi Eugène Fiancette, élu sénateur de la Seine sur la liste de Pierre Laval en 1936, votera t il les pleins pouvoirs à Pétain et sera, à ce titre, l'objet d'une mesure d'inéligibilité après la Libération.
De même, Maurice Levillain, élu de Charonne, très proche de Déat (qui était député du XXe arrondissement...) finira t il dans la collaboration intégrale avec l'occupant, alors même qu'il avait commencé, dans sa vie militante, comme antiraciste et adversaire de l'antisémitisme au sein de la LICA (devenue depuis la LICRA).

Toujours est il que cette situation a créé, au milieu des années 30, un espace politique pour la Section française de l'internationale communiste, autrement dit le PCF, dont nous aurons une sorte d'apogée dès le printemps 36 et les législatives de Front Populaire.
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Ven 24 Aoû 2012 18:45

Nous avions laissé la droite parisienne en situation plutôt positive pour elle, avec un nombre relativement consistant d'élus au premier tour, pour ce qui concernait ces élections municipales du 5 mai 1935.

Le second tour, organisé le 12 mai, va donner des résultats quelque peu différents et marquer une progression de la gauche comme nous allons pouvoir le constater.

Premier arrondissement.

Quartier des Halles

Inscrits 5 269
Votants 3 954
Exprimés 3 773

Maurice Quentin (URD, sortant) 2 244, réélu
Mauclair (radical socialiste) 1 524
Dobert (SFIO) 2

Quartier Palais Royal

Inscrits 1 732
Votants 1 397
Exprimés 1 384 (un nombre plutôt faible de bulletins invalides...)

Becquet (républicain de gauche) 691, élu
Levée (URD, sortant) 642
Crouzette (PCF) 45
Demoulins 6

Place Vendôme

Inscrits 1 612
Votants 1 319
Exprimés 1 292

Lefébure (URD, sortant) 451, réélu
Chedevielle (républicain indépendant) 409
Villette (républicain indépendant) 346
Beaubois (PCF) 85
Milliaux 1

Le premier arrondissement reste donc fidèle à la droite et, comme de juste, seul le quartier des Halles donne une influence notable à la gauche rassemblée derrière le candidat radical socialiste.
Le candidat radical gagne d'ailleurs 133 voix sur le premier tour de scrutin, tandis que le sortant de droite perd plus de 570 suffrages sur le total des candidats de son camp.
En 1936, lors des législatives, l'arrondissement élira député l'industriel, directeur de journal et administrateur de sociétés Pierre Taittinger.
Cette situation sera rendue possible par une élection partielle, tenue dans le quartier de la Place Vendôme où l'intéressé sera élu, peu de temps avant l'élection législative.

Pierre Taittinger, alors âgé de près de 60 ans, est l'une des grandes figures de la droite parisienne.

Issu de ce que l'on appelle la HBP (Haute Bourgeoisie Protestante), médaillé de la Première Guerre Mondiale, riche exploitant d'une maison de Champagne, propriétaire de la Société du Louvre, de l'Hôtel Lutétia ou encore de l'imprimerie Chaix, Pierre Taittinger dirige également le journal d'extrême droite « L'Ami du peuple » (qui n'a qu'un fort lointain rapport avec le journal de Marat) et finance, à bourse largement ouverte, les Jeunesses Patriotes et tous les mouvements anticommunistes possibles et imaginables à l'époque.

Il écrit également, en publiant notamment un livre intitulé « Le Péril Rouge ».

Ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain, Pierre Taittinger se voit nommé par Vichy Président du Conseil de Paris en mai 1943.

C'est à raison de ces fonctions qu'il a, dans un livre publié après la guerre, avancé l'idée que son intercession auprès du général Von Choltitz avait empêché celui ci de mettre en oeuvre le projet de Hitler de détruire Paris, après avoir miné ses ponts et ses monuments emblématiques.

Le procès qui s'ensuivit ne se termina pas à l'avantage de Pierre Taittinger qui ne se consacra plus à la politique active que pour créer la fédération des Indépendants de Paris et constater que ses fils, Jean et Pierre Christian, prenaient sa suite.

L'un sera un temps élu de la Marne et Garde des Sceaux et l'autre, devenu Président du Conseil de Paris puis Sénateur, échouera à plusieurs reprises à devenir Président du Sénat.

Possible que quelques sénateurs gaullistes, disposant de quelques états de service en matière de Résistance, se soient toujours opposés à voir le fils de Pierre Taittinger occuper cette éminente fonction.

En tout état de cause, la position de la famille Taittinger est assez remarquable de la position prise par une certaine bourgeoisie d'affaires avant et pendant la guerre (cf. famille Schueller – Bettencourt).

Deuxième arrondissement

Vivienne

Inscrits 1 674
Votants 1 263
Exprimés 1 189

Béquet (URD, sortant) 664, réélu
Martin (républicain de gauche) 436
Gouin (PCF) 87
Hirne (extrême droite) 2

Bonne Nouvelle

Inscrits 5 246
Votants 4 140
Exprimés 4 033

Schneid (radical socialiste) 2 028, élu
Lemaire (républicain national) 2 003
Albert (PCF) 2

L'arrondissement marque donc clairement les différences entre ses quartiers.
Le secteur Bonne Nouvelle, le plus populaire, maintient son ancrage à gauche tandis que les trois autres (Gaillon, Vivienne, Mail) votent pour la droite de manière très nette.

L'année suivante, c'est Paul Reynaud, quasiment le dernier Président du Conseil de la IIIe République, qui sera député du deuxième arrondissement.

Troisième arrondissement

Enfants Rouges

Inscrits 3 981
Votants 3 175
Exprimés 3 072

Ory (radical socialiste) 1 434, élu
Reddet (radical indépendant) 1 250
Crauffon (divers droite) 380
Mercier (PCF) 4
Rosenthal (comité de défense républicaine) 2

Sainte Avoye

Inscrits 3 804
Votants 2 846
Exprimés 2 751

Louis Peuch (radical indépendant, sortant) 1 646, réélu
Darracq (PCF) 1 104
Lalieux (parti Camille Pelletan) 1

L'arrondissement complète donc sa représentation en élisant un radical Front Populaire aux Enfants Rouges et un radical penchant à droite sur Sainte Avoye.
En mai 1936, un an après le premier tour des municipales, André Mercier, candidat communiste sur le quartier des Enfants Rouges (devancé de six voix par le candidat radical, il s'est désisté en sa faveur), sera élu député.

Quatrième arrondissement

Saint Merri

Inscrits 3 670
Votants 2 910
Exprimés 2 802

Failliot (républicain de gauche, sortant) 1 675, réélu
Bertrand (PCF) 1 127

Saint Gervais

Inscrits 7 324
Votants 6 187
Exprimés 6 089

Hirschovitz (SFIO) 3 222, élu
Riotor (républicain de gauche, sortant) 2 819
Malcuit 42
Rigal (PCF) 6

Arsenal

Inscrits 3 792
Votants 3 102
Exprimés 3 033

Brunerye (indépendant de droite) 1 758, élu
Gindre (indépendant de droite) 1 015
Florent Matter (alliance démocratique) 254

L'élément du second tour est la conquête du siège de Saint Gervais par la gauche, par un rassemblement de ses forces au second tour.
Le premier tour le laissait escompter (plus de 3 000 voix étaient allées sur les candidats SFIO, PCF et radical socialiste), le second l'a confirmé.
Maurice Hirschovitz, avocat, né en Lituanie, alors sous domination russe, en 1888, est l'une des figures de la SFIO parisienne, étant l'un des responsables de section du Parti, dans un quartier dont je rappelle qu'il correspond à la partie Sud du Marais et abrite le quartier yiddish de Paris autour de la rue des Rosiers.

Elu au Conseil de Paris, il se trouvera, à plusieurs reprises, confronté à l'antisémitisme de certains des élus de droite (ce qui pouvait se dire dans les années trente semble parfois inimaginable aujourd'hui) et singulièrement d'un certain Darquier de Pellepoix dont nous reparlerons.

Un an plus tard, Albert Rigal, candidat communiste sur ce quartier, sera élu député.

Cinquième arrondissement


Saint Victor

Inscrits 5 655
Votants 4 798
Exprimés 4 740

Pr Rivet (défense républicaine) 2 445, élu
Lebecq (URD, sortant) 2 292

Le premier tour avait vu la mise en ballottage du sortant par une gauche divisée entre quatre candidats différents (dans l'ordre, PCF, Parti Camille Pelletan, radical socialiste et SFIO).
Comme la loi le permettait à l'époque, la gauche s'est accordée au second tour sur la présentation d'une candidature unique, portée par un candidat absent du premier.
En l'espèce, Paul Rivet, médecin et professeur d'ethnologie à la Sorbonne, dont l'une des initiatives fut de participer, en 1934, à la création du Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes.

La campagne prend d'ailleurs un tour tout particulier puisque le candidat sortant, Georges Lebecq, est président de l'Union Nationale des Combattants et s'avère lié aux Jeunesses Patriotes, le mouvement de jeunesse d'extrême droite qui a été pour beaucoup dans les manifestations du 6 février 1934.

Paul Rivet, pour sa part, est soutenu par une bonne partie de la communauté scientifique française, notamment des intellectuels et chercheurs comme Frédéric et Irène Joliot Curie, Jean Painlevé, Jean Perrin qui signent un appel où l'on peut lire «  Au nom de la République qu'il nous faut défendre contre les ennemis avoués ou inavoués, au nom de la science et de la culture française menacées par le fascisme ».

La victoire de Rivet est donc assez emblématique de cette période politique des années 30 et elle aura des prolongements.

Paul Rivet sera en effet créateur, en 1937, du Musée de l'Homme, premier établissement de ce type consacré à l'ethnologie en France.

Un Musée qui, pendant l'Occupation, deviendra évidemment un foyer de résistance, animé par l'intéressé.

Pourchassé par la Gestapo, Paul Rivet parviendra à fuir à l'étranger et il assumera, au sein de la France Libre, un certain nombre de missions, notamment diplomatiques, jusqu'à la fin de la guerre.

Puis, il sera élu député de la Seine sous l'étiquette de la SFIO en 1945 avant de rejoindre l'Union Républicaine et Résistante, future Union Progressiste, pour protester notamment contre l'attitude du parti socialiste quant à la question indochinoise.

Son mandat s'achèvera en 1951 et Paul Rivet quittera l'Union Progressiste quand ses députés rejetteront la confiance à Mendès France.
vudeloin
 
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Ven 24 Aoû 2012 18:45

Septième arrondissement

Invalides

Inscrits 2 349
Votants 1 704
Exprimés 1 673

De Puymaigre (sortant, union nationale) 778, élu
Rémy (républicain national) 772
Cadic 103
Lop 20

Gros Caillou

Inscrits 9 143
Votants 7 062
Exprimés 6 962

Crussaire (union nationale) 3 589, élu
Delavenne (sortant, républicain de gauche) 2 345
Sanlaville (SFIO) 1 026

Sans surprise, la droite emporte les deux sièges en ballottage dans l'arrondissement, en réglant ses comptes avec elle même, en quelque sorte.

De Puymaigre fait partie des élus parisiens ayant participé aux manifestations du 6 février aux côtés des ligues et des mouvements d'anciens combattants tenus par la droite.

On pourrait s'en étonner puisque l'élu concerné est alors âgé de 75 ans, mais le problème est qu'Henri François Joseph Boudet de Puymaigre (c'est là son nom complet) est le fils de Théodore Joseph Boudet de Puymaigre, homme de lettres, et fut lui même officier supérieur de l'armée française (colonel commandant la place de Pont à Mousson).

Membre de la commission du Vieux Paris, Boudet de Puymaigre a notamment laissé, dans le cadre de ses activités d'élu parisien, une proposition « tendant à résoudre les difficultés de circulation existantes au Pont de la Concorde et ses abords et à prolonger en soirée l'ouverture du Jardin des Tuileries ».

Comme quoi, certains sujets ne datent pas d'hier...

L'intéressé fut élu du conseil de Paris de 1912 à 1940, où il décède, à l'âge de 81 ans, un mois avant l'entrée des troupes allemandes à Paris.

Georges Delavenne, le battu du quartier du Gros Caillou, n'est pas tout à fait un perdreau de l'année, puisqu'il a présidé le conseil général de la Seine après avoir, entre autres activités, fondé le Red Star avec Jules Rimet (le père de la Coupe du Monde de football !) et rapporté pendant plusieurs années le budget du département de la Seine.

Dans son activité d'élu, Georges Delavenne avait produit en 1928 une proposition tendant à « l'ouverture d'un concours en vue de l'établissement des plans de plusieurs voies souterraines destinées aux voitures, aux piétons et au transport de marchandises ».

Quatre ans plus tard, avec ses collègues De Puymaigre, De Castellane et Ambroise Rendu, il propose l'élargissement à vingt mètres de la rue du Bac entre le quai d'Orsay et la rue de l'Université.

Je n'ai pas d'indication de plus sur ce que fit Georges Delavenne pendant la guerre, sinon qu'il est décédé en 1945, à l'âge de 70 ans.

Enfin, pour le cocasse de la chose, notons les vingt votes de Ferdinand Lop, personnage haut en couleurs de la vie parisienne, qui sera surtout animateur de la vie du Quartier Latin après guerre.

Entre autres propositions stupéfiantes, Ferdinand Lop formulera en effet les idées suivantes

L'extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir,
la construction d'un pont de 300 m de large pour abriter les clochards;
la prolongation de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l'extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) (une proposition concernant l'avenue Trudaine et recherchant le même objectif avait été formulée par le Captain Cap, ou Alfred Capus, ami d'Alphonse Allais et candidat, dans les années 1890 et quelques, aux législatives dans le quartier Saint Georges, dans le IX e arrondissement) ;
l'installation d'un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ;
la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique,
le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois ; l'aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ;
l'octroi d'une pension à la femme du soldat inconnu ;
l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur ;
la suppression du wagon de queue du métro.
Une de ces personnalités de la vie parisienne qui font partie de la mémoire collective de la ville...

Neuvième arrondissement


Saint Georges
Inscrits 6 698
Votants 5 016
Exprimés 4 911

Ballu (républicain indépendant) 2 354, élu
Godin (sortant, républicain de gauche) 1 849
Sauvage (PCF) 541
Provost (indépendant) 124
Gautron 33
Moreau 7

Faubourg Montmartre
Inscrits 3 501
Votants 2 634
Exprimés 2 572

Pointel (sortant, républicain de gauche) 1 396
Cheminat (indépendant) 624
Tessier (PCF) 361
Chatard (républicain de gauche) 166
Patry (républicain) 23
Manteau (radical indépendant) 2

Rochechouart
Inscrits 7 593
Votants 5 848
Exprimés 5 743

Soulier (député, URD) 3 068, élu
Dr Houdard (radical indépendant) 2 553
Lentignac 119
Gligny (PCF) 2
Fruh 1

La gauche, sans possibilités majeures de l'emporter, n'a pas vraiment concouru dans cet arrondissement mixte, associant secteurs bourgeois et quartiers plus populaires, sinon « canailles ».

Quant aux élus, ils ne sont pas tous jeunes, puisqu'Edouard Soulier, député, est élu à soixante cinq ans conseiller de Paris, mandat qu'il ne terminera pas, décédant en 1938.
Pasteur protestant et journaliste, Edouard Soulier fut proche de certains milieux de droite, notamment des Jeunesses Patriotes.
Pointel est un ancien élu de son quartier (depuis avant la guerre de 1914 – 18), et était déjà une sorte de candidat anti socialiste dès les municipales parisiennes de cette époque.

Quant au Ballu du quartier Saint Georges, on peut le supposer apparenté à Théodore Ballu, architecte de son état et qui fit beaucoup pour Paris en réalisant, entre autres, la reconstruction de l'Hôtel de Ville après 1871, mais aussi la basilique Sainte Clotilde, l'église de la Trinité ou encore l'église Saint Ambroise ou à Albert Ballu, son fils, qui fut lui aussi architecte, restaurateur, notamment, des tours du Port de la Rochelle ou encore de la Tour Solidor à Saint Servan (monument accueillant aujourd'hui le Musée du Long Cours Cap Hornier) ainsi qu'un certain nombre d'édifices à l'étranger allant du Palais de Justice de Charleroi à celui de Bucarest, en passant par la Cathédrale et la gare d'Oran.

Dans un autre genre, Albert Ballu fut l'ordonnateur des fouilles de Timgad et Tébessa, ayant été investi de la mission d'architecte en chef de l'Algérie pendant trente ans.

Le nom de Ballu apparaît également, comme je l'ai peut être déjà indiqué, dans la vie politique de la Seine et Oise puisque le fils et le petit fils de Théodore (qui est celui qui a laissé son nom à une rue du IX e arrondissement ) furent maires de Gournay sur Marne et députés, à des moments différents, de la circonscription concernée de l'arrondissement de Pontoise.
C'est à dire celle qui, en l'espèce, couvrait l'ancien canton du Raincy et l'essentiel de la partie de la Seine Saint Denis qui ne vient pas de la dissolution du département de la Seine.
Guillaume Ballu, député sortant en 1936, sera battu par le communiste Emile Cossonneau, maire de Gagny lors des élections du Front Populaire.

Bref, je mène toutes recherches pour voir qui était ce Ballu élu de 1935 au conseil de Paris.

Dixième arrondissement

Saint Vincent de Paul
Inscrits 8 134
Votants 6 709
Exprimés 6 583

Susset (républicain socialiste) 3 487, élu
Beaud (sortant, républicain démocrate) 3 093

Hôpital Saint Louis
Inscrits 8 776
Votants 6 999
Exprimés 6 852

Hirsch (SFIO) 4 218, élu
Roéland (sortant, socialiste indépendant) 2 381
Louvion

Un arrondissement dont les deux ballottages conduisent à l'élection de deux candidats soutenus par les partis de Front Populaire.
Raymond Susset, dont j'ai déjà du parler sur le fil des élections de 1936, est, depuis 1932, député de l'arrondissement, et va s'affilier, après le scrutin d'avril mai 1936, au groupe de l'Union socialiste républicaine, regroupant une partie des dissidents de la SFIO, de tendance plutôt modérée.
Susset votera les pleins pouvoirs à Pétain et devra, de fait, attendre quelque temps avant de reprendre une activité politique qui le conduira d'ailleurs à se rapprocher du mouvement gaulliste, et notamment du RPF, dont il deviendra le Sénateur en Guinée en 1953.
Raymond Susset était industriel, spécialiste de la production et du commerce des matériaux de construction (chaux, ciment) et ses établissements étaient situés le long du quai de Valmy, entre les numéros 186 et 206 (le fait est notamment cité dans les romans du regretté Robert Sabatier, dans le cycle des Allumettes suédoises).

L'espace important occupé sur le canal Saint Martin a connu très tôt, de manière assez surprenante, une certaine vocation artistique.

La salle du 206 a ainsi servi de cinéma ouvert aux gamins du quartier (avec séance les jours où l'école faisait relâche), de scène de théâtre pour comédiens débutants (et dont certains sont déjà plus connus, comme Jean Louis Barrault, ou un jeune gamin juif nommé Marx qui deviendra chanteur sous le nom de Francis Lemarque) ou de lieu de réunions politiques, puisque la fédération de la SFIO de Paris y vit naître une dissidence trotskiste particulièrement active animée par Marceau Pivert, plusieurs fois candidat dans le XV e arrondissement ou Zyromski, conduisant à la création du Parti socialiste ouvrier et paysan, nom finalement retenu par les scissionnistes et exclus.
Le site des anciens établissements Susset existe toujours.
Il est aujourd'hui largement réhabilité et est devenu l'un des points forts de l'aménagement du quai de Valmy, en quartier d'artistes et plutôt « branché ».
Pour Raymond Susset, on peut supposer que son vote de juillet 40 le contraignit à la discrétion après guerre.
Sa dernière élection, pour représenter les Français de Guinée, ne fut pas la plus compliquée.
Il obtint en 1953 les deux tiers des voix des grands électeurs concernés et fut réélu en 1955 par l'ensemble du corps électoral.
Convenons qu'avec dix huit inscrits, ce corps électoral s'avérait pour le moins réduit...
Le socialiste Georges Hirsch, pour sa part, élu du quartier de l'Hôpital Saint Louis, est un pur intellectuel, poète et homme de théâtre, dont le rôle va s'avérer décisif dans le développement culturel de Paris au cours du siècle.
A l'occasion, le jeune élu (il a environ quarante ans) fera le coup de poing, au sortir du Conseil de Paris ou du Conseil général de la Seine avec Louis Darquier de Pellepoix, animateur forcené de l'antisémitisme de droite dans ces deux Assemblées.
Mais son rôle dans la Résistance et son attachement à la création artistique dans toutes ses composantes vont faire de Georges Hirsch le principal responsable de la Réunion des théâtres lyriques nationaux après la Libération.
C'est lui qui fait créer l'opéra « Bolivar » du prolifique compositeur Darius Milhaud, ou encore l'oratorio d'Arthur Honegger, autre membre du fameux Groupe des Six, « Jeanne au bûcher ».
Lui même fait la traduction en français des livrets des deux opéras de Mozart «  L'enlèvement au sérail «  et «  Cosi fan tutte » et favorise par ailleurs en France la connaissance des travaux du chorégraphe Georges Balanchine ou la production des ballets de Stravinsky (Pétrouchka) ou inspirés de la musique russe (Danses polovtsiennes tirées du Prince Igor de Borodine).
Une seconde période d'activité au sein de la Réunion le conduira, une fois encore, à privilégier la création contemporaine et notamment le hiératique « Dialogue des Carmélites » de Francis Poulenc, l'opéra du compositeur corse Henry Tomasi « L'Atlantide » (surtout connu aujourd'hui pour son concerto de trompette) ou pour avoir présenté au public une nouvelle production du « Martyre de Saint Sébastien » oeuvre visionnaire de Debussy, écrite sur un texte de Gabriele d'Annunzio, qui avait été condamnée par l'Eglise lors de sa création en 1911.
Evidemment, une telle démarche ne fut pas sans poser quelques légers problèmes financiers, mais on peut se demander si ce n'est pas là le lot même de l'action culturelle dès qu'elle opte pour une certaine forme d'audace.
Georges Hirsch, président de commission au conseil général de la Seine, était le père de Georges François Hirsch qui, comme son père, a été, en qualité de fonctionnaire, l'un des acteurs de la vie culturelle française des dernières décennies (Co directeur de l'Opéra de Paris, directeur du Théâtre des Champs Elysées, directeur de l'Opéra Bastille lors de son inauguration ou encore directeur général de l'Orchestre de Paris où il vit passer comme chef principal Semion Bychkov, Christoph von Dohnanyi puis Christoph Eschenbach entre autres fonctions).

Onzième arrondissement


Saint Ambroise
Inscrits 10 374
Votants 8 175
Exprimés 8 034
Lallement (sortant, socialiste indépendant) 3 597, réélu
Gardette (PCF) 3 390
Péricaud (républicain) 1 041
Clavaud (divers) 3
Vors (union républicaine) 3

Roquette (1ere circonscription)
Inscrits 7 305
Votants 5 883
Exprimés 5 719
Boissière (Alliance démocratique, ancien combattant) 3 000, élu
Delon (PCF) 2 715

Roquette (2e circonscription)
Inscrits 8 711
Votants 7 160
Exprimés 7 047
Léon Frot (PCF) 3 632, élu
Guyot (Alliance démocratique) 2 271
Camille Renault (Bloc ouvrier et paysan, sortant) 1 142

Sainte Marguerite
Inscrits 10 995
Votants 8 979
Exprimés 8 803
Dr Hatton (alliance démocratique) 4 433, élu
Gayman (PCF) 4 367
Mouly (SFIO) 3

Quatre élections pour le moins disputées qui voient la progression de la gauche en termes de voix, mais pas d'élus.
A noter que le succès le plus net est à mettre à l'actif du communiste Léon Frot sur le second siège du quartier de la Roquette.
L'arrondissement sera toutefois l'objet d'une élection partielle en 1936 dans le quartier Saint Ambroise où, à la suite du décès de Lallement, c'est le candidat communiste Maurice Gardette qui sera cette fois ci élu.
Le point commun entre Léon Frot et Maurice Gardette est qu'ils ont tous les deux été victimes de la répression nazie et vichyste pendant la guerre.
Maurice Gardette, ancien syndicaliste dans la mécanique de précision, s'était établi comme artisan sur métaux rue du Chemin Vert, dans son quartier d'élection.
Arrêté par la police française dès le 5 octobre 1939, Maurice Gardette sera révoqué de ses mandats le 21 janvier 1940 (on peut évidemment se demander pourquoi il y eut ce décalage), connaîtra l'internement à Baillet en France (dans l'ancienne propriété des syndicats CGT des Métaux de la Seine), dans le camp d'Aincourt (un sanatorium de Seine et Oise qui sera transformé comme tel pendant la guerre), puis à la Santé, et à Clairvaux.
En mai 1941, Maurice Gardette est transféré à Châteaubriant.
Et son nom figure dans la liste des fusillés du 22 octobre 1941, avec d'autres élus parisiens, comme Charles Michels, et militants communistes, comme un certain Guy Môquet.
Léon Frot, pour sa part, fut secrétaire de l'Union départementale de la CGT de la Seine et, après avoir été élu en 1936, sera lui aussi arrêté dès l'automne 1939 et connaîtra le même cheminement que Maurice Gardette, transbahuté d'un lieu d'internement à l'autre.
Comme Maurice Gardette, c'est la police française qui l'aura arrêté et ce sont les Allemands qui le fusilleront, en janvier 1942 dans la cour de la centrale de Clairvaux.
Le square Parmentier deviendra le square Maurice Gardette et la rue des Boulets, dans sa partie Nord, devient la rue Léon Frot.
Pierre Delon, candidat dans le quartier de La Roquette, sera candidat de nouveau en 1936 aux législatives et sera à deux doigts de battre Paul Reynaud dans le deuxième arrondissement.
On peut penser que son activité syndicale dans le milieu des employés a pu lui attacher le soutien des employés de commerce et des grands magasins des Grands Boulevards.
Militant syndical de la CGTU puis de la CGT, Pierre Delon a aussi un passé de militant politique contre l'occupation de la Ruhr et l'aventure de la guerre du Rif en 1925.
Secrétaire permanent (et fort irrégulièrement rémunéré) de la Fédération des employés CGTU, il est donc l'un des acteurs les plus engagés de la vie politique et syndicale de Paris.
En 1940, étant mobilisable, il se retrouve au front au sein d'un régiment de défense anti aérienne.
Fait prisonnier par les Allemands, Pierre Delon va s'évader en 1943 pour rejoindre la Résistance, notamment en région Nord Pas de Calais (qui se trouvait sous administration allemande directe)
Il dirigera la libération de Lille et la reparution du journal communiste Liberté.
Revenu sur Paris, il sera de nouveau élu parisien jusqu'en avril 1948 où il décide de se consacrer de manière exclusive à son activité syndicale.
Vital Gayman, pour sa part, a également connu une vie politique particulièrement riche et parfois déroutante.
Jeune bachelier en 1914 (à dix sept ans), il se retrouve mobilisé en 1916 et revient de la guerre de 14 – 18 décoré de la Croix de Guerre.
Engagé en politique, Vital Gayman fait partie des Jeunes socialistes qui, dès le congrès de la Bellevilloise tenu avant le Congrès de Tours, choisissent d'adhérer à la IIIe Internationale et de quitter la SFIO.
Il sera l'un des premiers dirigeants du PCF naissant ou, plutôt, à l'époque, de la Section Française de l'Internationale Communiste.
Engagé dans les luttes contre l'occupation de la Ruhr ou la guerre du Rif, Vital Gayman a connu une période de mise à l'écart au sein du PCF, étant soupçonné de professer des positions trotskistes.
Mais ces errements et difficultés politiques ne l'empêcheront pas, donc, de se retrouver candidat du PCF dans le quartier Sainte Marguerite peu de temps après avoir été embauché comme secrétaire du groupe communiste à l'Assemblée Nationale.
Il quitte cependant le PCF en septembre 1939, après avoir été commissaire en Espagne.
Pendant la guerre, il aide des résistants et des Juifs à passer en Espagne avant d'être arrêté par les Allemands et interné à Aurigny, dans les Iles Anglo Normandes.
Après la guerre, ayant noué des contactes avec le Mouvement prisonnier dirigé par François Mitterrand et Georges Dayan, on le retrouvera, une fois refusée de sa part toute proposition de retour aux fonctions d'élu parisien, dans les fonctions de secrétaire de rédaction au journal parlé de la Radio Télévision Française.
Il sera écarté de la télévision en 1958 et finira sa carrière journalistique comme secrétaire général de la Dépêche du Midi, sur recommandation d'un certain René Bousquet...
Pour les autres candidats du secteur, sans doute conviendrait il de faire quelques recherches complémentaires.
Pour le coup, rendez vous au prochain message pour les autres ballottages...
vudeloin
 
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Dim 26 Aoû 2012 02:48

Avant de prolonger notre analyse des résultats du second tour de l'élection municipale de mai 1935 au conseil de Paris, je me permets de vous indiquer les résultats des élections partielles que j'ai déjà retrouvés sur les arrondissements déjà commentés.

Dans le premier arrondissement, une élection partielle fut organisée le 15 novembre 1936 dans le quartier de la Place Vendôme, suite au décès du titulaire.

Le candidat de droite était Pierre Taittinger, dont nous avons déjà parlé, et qui avait été élu député au printemps.

Le premier tour donna les résultats suivants, en termes de votes

Exprimés 1 360

Souillard (PCF) 141
Dobert (SFIO) 61
Feld (Union socialiste) 52

Chédeville (action nationale) 322
Taittinger (union nationale) 638
Villette (républicain indépendant) 117
Levée (indépendant ) 29

Le même jour, eut lieu une autre élection partielle, dans le onzième arrondissement, dans le quartier Saint Ambroise, après le décès du conseiller socialiste Lallement.

Exprimés 8 412

Gardette (PCF) 2 960
Farbmann (SFIO) 1 006
Vernon (radical socialiste) 673
Rivière (républicain socialiste) 129
Faussecave (trotskiste) 31

Besset (droite) 2 704
Duriez (concentration républicaine) 404
Péricaud (républicain indépendant) 269
Clavaud (républicain de gauche) 90
Gibert (républicain national) 38

Au second tour, dans le premier arrondissement, Taittinger est élu avec 737 voix, contre 494 pour Chédeville et 78 pour le communiste Souillard.

Dans le onzième arrondissement, Maurice Gardette est élu avec 4 486 voix contre 3 970 voix pour Besset, le candidat de droite.

Une double élection partielle dont le second tour, tenu le 22 novembre 1936, est cependant assez largement occulté par un autre événement de la vie politique française.

C'est en effet ce dimanche d'automne que Lille enterre son maire, Roger Salengro, suicidé après avoir été l'objet d'une campagne de dénigrement menée dans la presse de droite et d'extrême droite de l'époque.

Les obsèques de Roger Salengro (j'ai souvenir, et je pense que c'était là tout de même une drôle d'idée, d'une édile de droite qui avait, en 1983, mené une campagne de « débaptisation » des rues de la ville, jusqu'alors de gauche, qu'elle venait de conquérir par la voie des urnes, et avait procédé au changement de nom de la rue portant le nom de l'ancien maire de Lille et Ministre de l'Intérieur du Front Populaire) furent une énorme manifestation dans la cité des Flandres comme dans Paris.

Deux cents parlementaires ont ainsi participé à la cérémonie lilloise, par un temps de saison, au milieu de cinq cent mille Nordistes et participants venus de partout en France.

Une manifestation de même importance eût lieu le même jour à Paris.

Bien des mois auparavant, les 1er et 8 décembre 1935, quatre élections partielles avaient eu lieu pour cause d'invalidation des candidats communistes Raymond Bossus (deuxième circonscription de Charonne), Jacques Grésa (quartier Pont de Flandre) et Gaston Auguet (élu de Clignancourt), ainsi que du Dr Hatton (quartier Sainte Marguerite).

C'est cette dernière élection qui nous intéresse à ce stade, puisque nous n'avons pas encore examiné les autres quartiers concernés.

Au premier tour, sur Sainte Marguerite, les résultats sont donc les suivants

Inscrits 10 847
Votants 8 486
Exprimés 8 330
(on constate que, toute partielle que fut l'élection, la participation y est tout de même élevée)

Gayman (PCF) 3 229
Mouly (SFIO) 952
Berdin (radical socialiste) 704
Van den Broek (divers gauche) 42

Hatton (droite) 2 822
Guyot (républicain national) 539
Georges (extrême droite) 30
Divers 12

Le candidat communiste progresse de plus de 900 voix sur le premier tour de mai 1935, tandis que le candidat de droite perd un millier de votes.
Le candidat SFIO, pour sa part, perd également plus de mille voix, ce qui fait le bonheur relatif du radical socialiste, absent au printemps.

Au second tour, il est élu en obtenant 4 509 voix contre 3 723 pour le docteur Hatton, avec une participation de 8 440 votants et 8 232 exprimés.

Avec l'élection de Maurice Gardette, le PCF se retrouvera avec quatre élus municipaux sur le onzième arrondissement, affirmant donc ses positions dans l'un de ces arrondissements populaires et industrieux de l'Est parisien.

Entre la partielle conduisant au succès de Vital Gayman et celle voyant le victoire de Maurice Gardette, le scrutin de mai 1936 sera marqué par l'élection de trois députés communistes sur l'arrondissement, à savoir Georges Cogniot, Florimond Bonte et Henri Lozeray.

Continuons notre examen de la situation parisienne avec les arrondissements restants.

Douzième arrondissement

Picpus

Inscrits 16 471
Votants 13 167
Exprimés 12 936

Taillard (sortant, Bloc ouvrier et Paysan) 6 868, réélu
Mazarguil (union nationale) 5 700
Bongiorni (PCF) 362
Thomasson (PCF) 5
Léon Daudet (!) 1

Bercy

Inscrits 2 960
Votants 2 404
Exprimés 2 366

Castellaz (sortant, BOP) 1 366, réélu
Régnault (républicain social indépendant) 999
Maury (PCF) 1

Quinze Vingts

Inscrits 10 639
Votants 8 360
Exprimés 8 167

Le Troquer (sortant, SFIO) 5 112
Bordages (union nationale) 3 050
Caillat 2

Un arrondissement qui confirme donc clairement son ancrage à gauche, mais avec une particularité.
Celle qui veut que deux des élus du ballottage soient d'anciens membres du PCF, devenus adhérents du Bloc Ouvrier et Paysan, futur Parti d'Unité Prolétarienne, à l'image du député de l'arrondissement Garchery et que le troisième soit le SFIO André Le Troquer.

Les deux élus du BOP rejoindront la SFIO dès 1937 et seront d'ailleurs maintenus dans leur mandat de conseiller de Paris au moment du déclenchement de la guerre.

Castellaz, natif du pays de Gex et ancien militant CGTU du personnel municipal de la Ville de Paris (il fut secrétaire du syndicat des égoutiers parisiens) sera même maintenu dans ses fonctions par le régime de Vichy, suivant en cela le mouvement pour le moins complexe qui fait dériver jusqu'à Marcel Déat et le Rassemblement National Populaire l'un des chefs du PUP, le député de Picpus Jean Garchery.

Julien Taillard, élu de ce quartier de Picpus, ancien militant syndical à La Poste (comme le député PUP du XVIIIe arrondissement, Louis Sellier), sera également maintenu en fonctions par le régime de Vichy.

Il aura, entre temps, été Vice Président du Conseil de Paris en 1936.

Nous retrouverons Taillard, Castellaz et Garchery après la guerre, candidats du Rassemblement des Gauches Républicaines aux élections municipales parisiennes de 1945.

De fait, l'aspect intéressant de la situation du douzième arrondissement est d'avoir vu la SFIO parisienne, dont les deux élus du BOP deviendront adhérents, se déchirer dans le droit fil de la guerre.

Georges Hirsch, dont nous avons déjà parlé et Hirschowitz n'ayant pas été reconduits par la SFIO, seuls Paul Rivet et André Le Troquer seront les anciens élus socialistes de l'avant guerre devenant de nouveau conseillers de Paris en 1945.

La liste RGR, associant également les ex SFIO de la tendance Paul Faure, c'est à dire, pour aller vite, les socialistes n'ayant pas pris une part active à la Résistance à l'occupant, ne permettra jamais aux anciens élus pupistes de retrouver un mandat.
Etrange tout de même de voir qu'entre Gare de Lyon, Nation, entrepôts de Bercy et Musée des Colonies, une petite partie de l'histoire du socialisme et de la social démocratie française se soit jouée, au regard des circonstances et du choix opéré par les individus.
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Dim 26 Aoû 2012 02:48

Pour ce qui est des autres candidats, quelques recherches de plus s'imposent.

Apparemment, Jean Thomasson, candidat communiste sur Bercy, était un syndicaliste de la STCRP (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne, qui a précédé la RATP) et fut installé conseiller de Paris XIXe à la Libération, au sein de l'Assemblée municipale provisoire, dont la présidence fut d'ailleurs confiée à André Le Troquer.

Bongiorni, je ne vois guère pour le moment, même si Emile Bongiorni (simple homonyme ? Familier ?) dit « Milo » fut un célèbre footballeur du Racing Club de Paris, engagé après la guerre par ce qui était à l'époque l'une des grandes équipes européennes de football, à savoir le Torino dont quelques joueurs ont marqué l'histoire du calcio.

En 1948 – 49, le Torino comptait, entre autres joueurs, Valentino Mazzola, que les amateurs italiens de football (ils sont quelques uns, vous vous en doutez bien) considèrent comme le meilleur joueur que la Péninsule ait connu, et l'équipe volait de succès en succès (championne d'Italie de 1945 à 1949 sans interruption).

Le fils de Valentino Mazzola, Sandro, fut l'un des milieux de terrain de l'équipe d'Italie, et même le capitaine de l'équipe championne d'Europe des Nations en 1968.

Milo Biongiorni, attaquant au tir précis, avait intégré l'équipe au maillot rouge grenat au cours de la saison.

L'aventure se termina cependant tragiquement avec l'accident d'avion du 4 mai 1949, lorsque l'appareil transportant l'équipe qui venait d'accomplir une tournée de matchs à l'étranger se fracassa contre la montagne dans le col du Superga, près de la ville de Turin.

Nous avons donc encore à voir si notre footballeur émérite (bien trop jeune en 1935 pour être candidat) a quelque relation avec le candidat communiste du second tour à Bercy.

Bon, bien sûr, il était né à Billancourt, Milo...

Treizième arrondissement

Salpêtrière

Inscrits 5 892
Votants 4 787
Exprimés 4 728

Dr Calmels (sortant, républicain socialiste) 1 910, réélu
Pacaud (PCF) 1 739
Tardieu (Alliance démocratique) 1 075
Couderc (fédération républicaine) 4

Gare

Inscrits 13 186
Votants 10 762
Exprimés 10 526

Marty (sortant, PCF) 6 347, réélu
Junot (concentration républicaine) 4 168
Gaulard (BOP) 10
Meunier (indépendant) 1

Croulebarbe

Inscrits 4 805
Votants 3 988
Exprimés 3 934

Le Gall (communiste) 1 642, élu
Nisse (Alliance démocratique) 1 534
Poyet (socialiste français) 728
De Mognac 28

Sans surprise, l'arrondissement penche fortement à gauche, élisant notamment deux conseillers communistes, après avoir élu au premier tour le député Louis Gélis, BOP et donc ancien député communiste, et reconduit notamment le dirigeant communiste André Marty.

Les tensions à gauche ne sont cependant pas absentes du deuxième tour, comme l'illustrent les résultats de Croulebarbe ou de la Salpêtrière et comme le montrera encore l'élection législative de mai 1936 sur le siège de Louis Gélis.

Le docteur Calmels, vainqueur du premier de nos ballottages, est déjà âgé en 1935, puisque cet Aveyronnais venu à Paris pour ses études de médecine était né en janvier 1871...
Sa première élection date des municipales de 1912 et il conservera en fait son mandat jusqu'en 1944, peu de temps avant sa mort, survenue en mars 1945.

En 1903, l'intéressé avait publié un Manuel de médecine électropathique, dont la Bibliothèque Nationale garde d'ailleurs un exemplaire, l'oeuvre étant tombée dans le domaine public.

C'est à dire, de fait, un manuel destiné à tous ceux qui pensaient que les maladies, ayant toutes une origine électro chimique, pouvaient être soignées par usage de l'électricité.

La lecture de ce manuel, accessible par Internet, permet de mesurer à quel point le discours positiviste pouvait encore avoir quelque influence sur le comportement des équipes médicales, le docteur Calmels ayant manifestement fait oeuvre dans le grand établissement (à la fort longue histoire) ayant donné son nom à son quartier d'élection.

Le Tardieu de l'alliance démocratique est un excellent candidat de centre droit, dont on pourrait supposer qu'il est lié à André Tardieu, l'un des hommes politiques les plus importants de la IIIe République qui, à la fin de sa carrière parlementaire et ministérielle, est parti se faire élire du côté de Delle, dans le Territoire de Belfort.

L'autre hypothèse que je retiens plutôt est celle d'une candidature de Julien Tardieu, animateur de la Jeunesse Républicaine Française (JRF), mouvement de jeunesse de l'Alliance démocratique, qui sera candidat en 1936 dans le département de l'Aveyron (sur Millau) et qu'on a peut être envoyé se frotter aux campagnes électorales dans un secteur tout de même difficile.

D'autant que se présente dans le quartier quasi voisin Robert Nisse, battu sur Croulebarbe par René Le Gall, sera l'un des représentants de l'Alliance démocratique, à la Libération, après avoir été également animateur de la JRF, au sein de l'Assemblée consultative provisoire.

Robert Nisse sera élu ensuite député du Nord.

Il fit partie, comme Julien Tardieu, de ces hommes de droite ou de centre droit qui ont participé activement à la Résistance contre l'occupant nazi.

Junot, candidat dit de « concentration républicaine », doit avoir quelque lien avec un candidat que nous retrouverons par ailleurs nommé Michel Junot dont la carrière préfectorale, pendant l'Occupation, développera une certaine équivoque par la suite et dont le fils, Philippe, playboy de la place parisienne, sera un temps maire de Nanteuil le Haudouin (Oise) et époux d'une certaine Caroline de Monaco.

Il conviendra de faire des recherches complémentaires dans les deux cas.

De même que pour le candidat communiste Pacaud, puisqu'un militant de ce nom figure parmi les membres du Front National, organisation de résistance constituée par le PCF pendant la Seconde Guerre Mondiale, regroupant certains de ses membres et d'autres combattants de l'intérieur...

Ainsi, Pierre Ginsburger dit Villon, député de l'Allier, fut l'un des combattants du Front National.

L'organisation, lancée en mai 1941 (c'est à dire, entre autres, avant l'opération Barberousse d'invasion de l'URSS) comptera nombre de membres tout à fait éminents comme le philosophe Georges Politzer, le pédagogue Henri Wallon, l'écrivain François Le Lionnais (que l'on retrouvera, bien des années plus tard, dans la création du mouvement de l'Oulipo, ou Ouvroir de Littérature Potentielle, de Raymond Queneau ou Georges Pérec), l'acteur Pierre Blanchar, Maurice Kriegel Valrimont, Frédéric Joliot Curie ou encore le poète Francis Ponge.

Le Front National sera aussi à l'origine d'une bonne partie de la presse clandestine de la Résistance comme la revue Les Lettres Françaises, lancée par le Comité National des Ecrivains à l'initiative de Jean Paulhan et Jacques Decour ; l'Université Libre, créée sous l'impulsion de Politzer et, après son arrestation, animée par Jacques Solomon et Decour ou encore comme le journal de la Résistance Iséroise « les Allobroges ».

Pour René Le Gall, élu du quartier Croulebarbe, nous savons que son nom a été donné à un square situé près de la Manufacture des Gobelins.

Militant syndicaliste (il était secrétaire de la fédération CGT de la Construction après avoir organisé le syndicat CGTU des terrassiers de Seine et Oise), René Le Gall a été fusillé à Clairvaux par les Allemands, après avoir connu, comme d'autres dont nous avons déjà parlé, les transferts et déplacements d'un centre d'internement l'autre.

Le jour de son exécution, le 7 mars 1942, coïncide avec celle de Corentin Cariou, autre breton devenu parisien et élu communiste, en représailles de l'attentat dont fut victime un officier allemand rue de Tanger.

Nous reparlerons de Corentin Cariou, le moment venu.

Je ne pense pas utile ici d'apporter plus de détails à la carrière d'André Marty, l'homme étant suffisamment connu des livres d'Histoire et des encyclopédies en ligne pour que je ne vous inflige pas ici de résumé.

Tout au plus, pour ceux qui voudraient ressentir l'espace d'un instant l'ambiance de l'époque historique, je ne sais si la chose est facile à trouver sur le Net ou en DVD, mais Marty est l'un des orateurs filmés dans le célèbre film de Jean Renoir «  La vie est à nous » réalisé à la demande du PCF en 1935.

Quatorzième arrondissement

Plaisance (première circonscription)

Inscrits 13 140
Votants 10 842
Exprimés 10 678

Léon Mauvais (PCF) 4 963, élu
Dumat (Alliance démocratique) 4 304
Salom (sortant, BOP) 1 370
Courtot 43
Bellet (SFIO) 2

Plaisance (deuxième circonscription)

Inscrits 6 982
Votants 5 726
Exprimés 5 594

Marcel Paul (PCF) 2 870, élu
Bardel (concentration républicaine) 2 591
Perreau (républicain de gauche) 125

Le second tour dans cet arrondissement à la population un peu mixte se traduit par le succès des deux candidats communistes sur les sièges du quartier Plaisance, le plus peuplé et le plus populaire des quartiers du 14e arrondissement.

Les deux candidats élus sont particulièrement connus et feront tous les deux partie des instances importantes du PCF après la Seconde Guerre Mondiale.

L'un des évènements de l'élection municipale de 1935 est toutefois la disparition de l'influence pupiste (candidats du BOP) sur l'arrondissement, alors même que Salom, le sortant de la première circonscription, avait été l'un des premiers élus communistes de Paris dans les années 20.
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Dim 26 Aoû 2012 02:49

Sur la personnalité des candidats et élus, quelques éléments.

Léon Mauvais est âgé d'un peu plus de 33 ans lorsqu'il est élu conseiller municipal de Paris.

Le jeune dirigeant, originaire de la Meuse (natif de Varennes en Argonne, un village bien connu pour avoir eu comme maître de poste un certain Jean Baptiste Drouet qui reconnut une nuit de 1792 le roi Louis XVI tentant de fuir vers l'étranger), a derrière lui un passé de militant syndicaliste, ayant commencé sa carrière dans la célèbre centrale électrique de Vitry sur Seine , secrétaire de la fédération syndicale unitaire (CGTU) de l'Eclairage et de la Force Motrice.

Elu au conseil de Paris, il mènera en même temps une activité importante au sein du comité central du PCF, favorisant notamment le recrutement des combattants des Brigades Internationales, et participant aux combats politiques menés par le Parti pendant toute la période 1935 – 1940.

Interné à Châteaubriant, Léon Mauvais va réussir à s'en évader et passera la fin de la guerre à organiser les forces des Francs Tireurs et Partisans en zone Sud, assisté par Raymond Guyot, ancien des Jeunesses Communistes et qui sera, assez longtemps, élu parisien après guerre.

Léon Mauvais, restant élu parisien à la Libération, n'exercera que pendant deux années un mandat électif national, en qualité de Conseiller de la République pour le département de la Seine (1946-1948).

Par la suite, il sera plus directement impliqué à la fois dans l'appareil du Parti communiste (secrétaire à l'organisation) et dans les organes dirigeants de la CGT, où il sera l'un des adjoints les plus fidèles de Benoît Frachon, le métallurgiste du Chambon Feugerolles, Résistant et longtemps Secrétaire général de la Confédération.

Membre du comité central du PCF jusqu'en 1972, Léon Mauvais sera l'un des acteurs de certains moments particuliers de la vie de son organisation, notamment lors des mesures prises à l'encontre d'André Marty et Charles Tillon (année 1953) puis contre Auguste Lecoeur.

Léon Mauvais sera donc conjointement membre de la Commission exécutive de la CGT de 1953 à 1975.

Pour Marcel Paul, le parcours a connu quelques différences.

Marcel Paul est un « pitau » comme le dira, bien plus tard, un livre consacré à sa vie par le journaliste communiste Pierre Durand.

C'est à dire qu'il s'agit tout simplement d'un enfant trouvé, né dans le XIVe arrondissement de Paris au mois de juillet 1900, et qui fut placé un temps comme garçon de ferme dans la Sarthe.

Malgré son jeune âge, il sera mobilisé à la fin de la guerre, faisant parti des équipages de la Marine en position en Bretagne, où il se distinguera d'ailleurs en animant l'action contre la réquisition des marins pour réprimer une grève des ouvriers de l'arsenal de Brest.

Démobilisé et après avoir exercé plusieurs métiers, Marcel Paul finit par être embauché par la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP) où il sera militant politique (il rejoint le PCF dès 1923) et syndical.

En 1931, il est Secrétaire de la Fédération des Services Publics, de l'Eclairage et de la Force Motrice, organisation où nous avons vu que militait également Léon Mauvais.

Ce sont donc, assez étonnamment, des militants venus de la même organisation syndicale que le PCF fait élire au scrutin municipal du quartier Plaisance en mai 1935.

Au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, Marcel Paul se trouve mobilisé dans l'infanterie avant, bien entendu, de se voir privé de ses mandats tant politiques que syndicaux (la direction plutôt socialisante de la CGT version Léon Jouhaux a en effet emboîté le pas des organisations politiques et décidé de priver les syndicalistes communistes de toutes leurs responsabilités après septembre 1939).

Fait prisonnier, Marcel Paul parvient à s'évader et file jusqu'en Bretagne où il retrouve Auguste Havez, militant communiste et syndical, qui tente de réactiver l'action des communistes contre l'occupant allemand et ce, dès 1940.

A l'automne 1940, Marcel Paul revient à Paris, participe aux activités de l'Organisation Spéciale (ou OS), première force d'organisation militaire du PCF en Résistance avant la création des Francs Tireurs et Partisans.

Il retrouve dans ces actions France Bloch Sérazin, soeur de l'historien Jean Richard Bloch, et comme lui, militante politique dans le XIVe arrondissement.

France Bloch Sérazin, diplômée en chimie, apprend le maniement des explosifs à Marcel Paul, après avoir participé, dans son arrondissement, singulièrement avec Raymond Losserand, qui fut candidat dans le quartier Montparnasse, aux premières actions de la Résistance communiste dans cette partie de Paris.

France Bloch Sérazin sera exécutée par les Nazis dans la prison de Hambourg en 1943.

Marcel Paul, dénoncé, va finir par être arrêté par la police française.

Il tente dans un premier temps de mettre fin à ses jours en étant détenu à l'Hôpital de Saint Denis, puis est interné à la prison de la Santé.

Transféré à Fontevrault, Marcel Paul est livré aux Allemands au début 1944 et se retrouve déporté vers Auschwitz en avril de la même année.

Le caractère éminemment politique du personnage amène les Allemands à le déplacer de l'usine de mort polonaise vers le camp de Buchenwald, en Allemagne, où furent détenus une grande partie des prisonniers politiques du IIIe Reich.

Marcel Paul va participer à la direction politique du camp, aidant notamment deux de ses compagnons d'infortune à éviter les tâches les plus difficiles dans le camp, susceptibles de mettre à mal leur résistance physique fort entamée.

Ces deux compagnons d'infortune sont un père, industriel de l'aéronautique, et son fils.

Ils se nomment Marcel et Serge Bloch et, après guerre, prendront le nom de Dassault.

Nous ne pouvons évidemment passer tout à fait sous silence la manière dont les détenus français se sont organisés dans ce camp de Buchenwald, si près du lieu de villégiature du conseiller aulique Goethe au XIXe siècle...

Le comité français du camp était organisé autour de Marcel Paul et du colonel Manhès, un officier républicain qui travailla un temps au cabinet de Pierre Cot (député de la Savoie et maire de Coise, radical socialiste, dont le fils Jean Pierre sera un temps Ministre de François Mitterrand) et comprenait également des personnalités comme Albert Forcinal, élu radical proche de Mendès France, que nous retrouverons après guerre député de l'Eure ou encore Eugène Thomas, militant et élu SFIO du Nord, que nous retrouverons après guerre (je crois avoir indiqué qu'il avait été député pour la première fois en 1936) à de multiples reprises Ministre des PTT.

Nous y trouvions aussi, dans un autre registre, le responsable des FTP d'Ile de France, Robert Darsonville et Maurice Jattefaux, conseiller du Grand Orient de France, qui anima les activités maçonniques au sein du camp de Buchenwald (ce qui constituait une bonne manière de coopérer avec les autres comités nationaux).

Pour ce qui est des personnalités passées par Buchenwald et qui sont revenues de l'enfer nazi, nous pouvons pratiquement trouver là la liste d'une bonne partie de ceux qui vont animer la vie politique, intellectuelle, artistique des années de l'après guerre.

Notons juste que le paradoxe fit que si nous avons vu que Marcel Paul avait été détenu dans le camp, les Allemands retinrent également prisonniers, dans des conditions moins pénibles mais d'enfermement réel pour autant, des hommes comme Léon Blum, Léon Jouhaux ( secrétaire général de la CGT « maintenue » en 1922, puis de la CGT réunifiée en 1935 après le Congrès de Toulouse et qui deviendra le premier Secrétaire général de la CGT FO après la scission de 1947-48), Georges Mandel ou Edouard Daladier.

Dans le camp proprement dit, des hommes politiques comme Guy Ducoloné, ancien responsable des Jeunesses Communistes, qui sera pendant bien des années le candidat communiste dans le secteur d'Issy les Moulineaux (il sera député de la Seine puis des Hauts de Seine de 1964 à 1988, après avoir été élu conseiller général dès 1953) ; Jules Fourrier (député du XV e arrondissement, dont nous avons déjà parlé) ; l'ancien Premier ministre libéral Belge Paul Emile Janson, qui mourra en captivité et dont le neveu, Charles Henri Spaak, socialiste, sera l'un des acteurs de la vie politique belge d'après guerre ; le responsable communiste belge Julien Lahaut, député de Liège, qui ne fera que passer avant d'être convoyé vers Neuengamme et Mauthausen (autre lieu de détention des opposants politiques au IIIe Reich) et qui, devenu Président du PC belge, sera l'un de ceux qui crieront « Vive la République » à l'encontre du roi Léopold III, accusé – de manière légitime – d'avoir collaboré avec les Allemands ; le radical André Marie, officier de l'armée française, qui, après la guerre, sera plusieurs fois Ministre et député de Seine Inférieure puis Maritime, et maire de la ville de Barentin jusqu'en 1974 ; David Rousset, journaliste et militant politique qui, après avoir été exclu de la SFIO dès 1935, sera l'un des organisateurs du Parti ouvrier internationaliste, première organisation trotskiste de notre pays.

Revenu des camps, David Rousset animera l'action des mouvements proches de la Quatrième internationale après la Libération avant de connaître un étonnant rapprochement avec le gaullisme qui le mènera jusqu'à la députation dans l'Isère en 1968, où il se retrouve élu dans une circonscription recouvrant à la fois Vienne et une partie du département aujourd'hui annexée au Rhône.
Le vaincu de ce second tour est connu : il s'appelle Louis Mermaz.

Parmi les autres détenus de Buchenwald, on trouve également Pierre Sudreau, issue d'une famille bourgeoise de Versailles qui, après ses études de droit, de lettres et à l'Ecole libre des Sciences Politiques (l'actuel IEP de la rue Saint Guillaume), entre en Résistance, ce qui vaut au jeune homme de se retrouver détenu.

Après guerre, Pierre Sudreau entame une carrière de haut fonctionnaire, devenant notamment Préfet du Loir et Cher au début des années 50 puis commissaire à l'aménagement de la Région Parisienne pour laquelle il lance un certain nombre de grands travaux (Périphérique notamment et aménagement du quartier de la Défense).

De Gaulle fait de Pierre Sudreau l'un des Ministres de son premier Gouvernement (son nom apparaît parmi les signataires du texte constitutionnel d'octobre 1958), en lui confiant le portefeuille de la Construction.

Pierre Sudreau va cependant entrer en désaccord avec De Gaulle sur la question de l'élection présidentielle au suffrage universel et va, de fait, se rapprocher des mouvements et partis centristes.

Il sera député du Loir et Cher de 1967 à 1981, maire de Blois élu en 1965, réélu en 1971, 1977 et 1983, avant d'être battu en 1989 par Jack Lang, sans doute à la fois victime des divisions de la droite blésoise comme de son âge (il a déjà soixante dix ans).

Esprit assez libre, Pierre Sudreau aura été un élu centriste assez peu ordinaire, plus ouvert sans doute à la modernité que bien d'autres membres de son courant d'idées à la même époque.

Nous trouverons aussi parmi les détenus Lucien Tharradin, dans un premier temps, sous directeur de l'école d'apprentissage Peugeot dans le Doubs et qui, dans la Résistance, rejoindra l'Organisation civile et militaire, structure de résistance gaulliste intérieure.

Il met en oeuvre des actions de sabotage des usines Peugeot, notamment sur le site de Sochaux et se trouve arrêté par les Allemands en octobre 43.

Dès le début 1944, il se retrouve déporté à Buchenwald.

Après la Libération, il se lancera dans la politique au sein du Rassemblement du Peuple Français, devenant maire de Montbéliard en 1947 puis Sénateur du Doubs.
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Re: Elections municipales de 1935

Messagede vudeloin » Dim 26 Aoû 2012 02:49

Quelques mots également sur deux autres personnalités qui n'ont pas connu la même carrière politique et qui furent détenues à Buchenwald.

Le premier, c'est Claude Bourdet, humaniste, homme de lettres, écrivain, journaliste, né en octobre 1909 du mariage de son père (Edouard Bourdet, auteur de théâtre de boulevard particulièrement connu à l'époque) et de sa mère (la délicate et inquiète poétesse Catherine Pozzi, par ailleurs amante malheureuse du poète sétois Paul Valéry).

Si le père de Claude Bourdet est resté connu pour ses pièces dans le goût bourgeois des années folles (comme Le Sexe Faible, Vient de paraître et surtout Fric Frac qui sera adapté au cinéma avec Fernandel, Arletty et Michel Simon qui, pour les deux derniers, avaient créé la pièce sur scène), il fut aussi un intéressant administrateur de la Comédie Française qui y fit jouer les grands acteurs de l'époque comme le Breton Louis Jouvet, à la diction si spécifique (liée au fait qu'il luttait ainsi contre le bégaiement) ou le Savoyard Charles Dullin.

Jacques Copeau, créateur du Théâtre du Vieux Colombier et Gaston Baty, l'un des metteurs en scène de l'avant garde théâtrale française, s'inspirant des travaux de Stanislavski, seront les autres acteurs convoqués par Bourdet pour sauver le grand théâtre de la place du Palais Royal.

La mère de Claude est Catherine Pozzi (les parents de notre Résistant divorceront dès 1920 et la poétesse mourra, tuberculeuse, dès 1934), personnalité fragile, sensible, dont l'aventure avec Paul Valéry sera à la base de quelques uns des textes les plus émouvants de la poésie française du siècle.

Amie de Rilke, de la comtesse de Noailles, de Jean Paulhan, directeur de la NRF et futur fondateur des Lettres françaises, Catherine Pozzi a surtout laissé une correspondance avec ses diverses relations et des poèmes comme les cinq publiés peu après sa mort, écrits apparemment d'un seul jet, en fulgurance.

Ainsi, en est il de Scopolamine (le nom du poème venant d'un des traitements utilisés à l'époque contre la tuberculose, et singulièrement d'une substance destinée à réduire les douleurs nées de la difficulté à respirer, en soins palliatifs)

Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l’entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d’un cœur sans capitaine
Où l’oubli fond comme du miel.

Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin non pareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.

Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l’inconnu
Un nom libre de la mémoire.

Le jeune Claude Bourdet, entré en Résistance au sein du mouvement Combat d'Henri Frenay, où il va côtoyer à la fois Georges Bidault, futur acteur politique de la Quatrième République sous l'étiquette MRP, tout comme les autres dirigeants du mouvement comme Alfred Coste Floret, Maurice Chevance ou encore Pierre Henri Teitgen.

Sa déportation à Buchenwald s'achèvera avec la libération du camp en avril 1945 et Claude Bourdet, plutôt que de se rapprocher du MRP, comme une bonne part des anciens de Combat, visera plutôt à promouvoir une force politique de gauche non stalinienne, notamment au travers du journal quotidien qui a repris le nom du groupe de Résistance et qui constituera une sorte de référence intellectuelle de gauche à la Libération.

Lorsque le journal Combat devient la propriété de Henri Smadja, Claude Bourdet entre en conflit avec le propriétaire et quitte le journal qui continuera cependant à offrir une certaine qualité d'écriture, fondée d'ailleurs, parfois, sur les désaccords entre les « plumes «  de la rédaction.

Ainsi, pendant la guerre d'Algérie, les colonnes de Combat sont autant ouvertes à l'écrivain héraultais Maurice Clavel, qu'à l'universitaire Raoul Girardet – que connaissent tous les étudiants de Sciences Po d'un certain âge – qui sera arrêté en plein cours en 1961 pour appartenance supposée à l'OAS.

Pour Claude Bourdet, une autre aventure journalistique s'est engagée avec la création, en 1950, du journal l'Observateur avec Gilles Martinet, ancien responsable des Etudiants communistes, résistant comme lui, connu pour avoir libéré les locaux de l'office français d'information, installé place de la Bourse et qui deviendra l'AFP, et Roger Stéphane, né Worms, intellectuel germanopratin, esthète, communiste avant guerre et Résistant lui aussi, homosexuel affiché, dont la bonne connaissance des milieux intellectuels et artistiques est essentielle pour le lancement du journal.

En 1953, l'Observateur change de nom et devient L'Observateur aujourd'hui avant de s'appeler France Observateur un an plus tard puis le Nouvel Observateur en 1964.

Fidèle aux idées et principes de ses initiateurs, le journal combat en faveur de la cause anticolonialiste, dénonçant les aventures indochinoises, le silence entretenu sur les événements de Madagascar en 1948, et se fait le champion de l'autodétermination du peuple algérien à partir de la Toussaint 1954...

C'est naturellement d'ailleurs que Claude Bourdet comme Gilles Martinet participent, à la fin des années 50, à la montée en puissance de l'Union de la Gauche Socialiste, l'un des éléments fondateurs du Parti Socialiste Unifié, structure regroupant les membres de l'UGS, ceux du Parti socialiste Autonome (notamment Edouard Depreux, élu à Sceaux en 1935) et ceux d'un groupe de dissidents du PCF, en l'occurrence le groupe « Tribune du communisme » animé entre autres par Jean Poperen.

Placé quelque part entre le PCF et la SFIO, le PSU peut aussi être appréhendé comme une forme de dépassement de la SFIO, le parti socialiste des années 50 étant de plus en plus discrédité à la fois par sa stratégie de recherche de coalitions de troisième force et son soutien aux expéditions coloniales...

De fait, ceci dit, Claude Bourdet qui sera élu parisien (du XIIIe arrondissement) de 1959 à 1971, incarnera une certaine gauche française, dont nous trouvons encore aujourd'hui la trace, notamment dans des journaux comme Politis ou plus encore le Canard Enchaîné, plus sans doute que dans ce qu'est devenu le Nouvel Observateur.

Le second homme passé par Buchenwald et dont le nom évoque sans doute quelque chose pour lecteurs et contributeurs est celui de Stéphane Hessel.

Je ne suis pas certain qu'il soit forcément très nécessaire de faire état de la carrière de ce grand témoin de son temps...

Parmi les autres détenus de Buchenwald, relevons aussi un grand nombre d'artistes ou d'écrivains, comme Elie Wiesel (prix Nobel de Littérature et auteur du « Testament d'un poète juif assassiné »), Jorge Semprun (écrivain espagnol, scénariste de nombreux films comme « La guerre est finie » d'Alain Resnais, militant communiste puis membre du PSOE, ancien ministre de la Culture de Felipe Gonzalez), Robert Antelme (poète), Imre Kertesz (écrivain hongrois prix Nobel de Littérature en 2002), ou encore le peintre Boris Taslitsky dont l'oeuvre est profondément marquée par les souvenirs de la déportation.

A la frontière des arts et de la culture, l'un des rescapés du printemps 1945 fut Jules Cain, animateur du mouvement d'éducation populaire lancé sous le Front Populaire, administrateur de la Bibliothèque Nationale et qui reprendra ses fonctions après la Libération, dirigeant le grand établissement jusqu'en 1964, conduisant au développement conséquent de ses collections et réserves.

Dans un autre ordre d'idées, Buchenwald verra aussi passer Marcel Michelin, qui y mourra d'ailleurs quelques jours avant la Libération, fils du fondateur de la célèbre société de pneumatiques clermontoise et fondateur du club de rugby de l'AS Montferrand, futur club de Clermont Auvergne, alias les « Jaunards ».

En hommage, le stade de rugby sur lequel joue encore le club s'appelle toujours Marcel Michelin.

Les Clermontois me feront évidemment remarquer que le stade dédié au football a également à voir avec la Résistance puisqu'il porte le nom de l'ancien maire SFIO de la ville, Gabriel Montpied, ancien de la lutte contre l'occupant et qui accorda, en 1965, toute l'attention requise aux velléités d'un Ministre des Finances de devenir maire de la ville...

Parmi les victimes de la déportation, figure aussi Henri Maspero, l'un des premiers sinologues français, connu pour avoir étudié le taoisme, et fils lui même de Gaston Maspero, qui fut égyptologue.

Mort en déportation à soixante ans passés, Henri Maspero avait deux fils.

L'un d'eux, François, sera le fondateur des éditions Maspero dont l'apport à la connaissance du monde est assez essentiel.

Parmi les personnalités militaires passées par Buchenwald, notons tout de même le cas très spécifique d'Hélie Denoix de Saint Marc qui, résistant déporté en 1943, sera miraculeusement sauvé d'une mort certaine par l'intervention d'un mineur letton et reviendra, un parmi trente survivants d'un convoi de mille, pour reprendre ses études et faire Saint Cyr peu de temps après la Libération.

Engagé en Indochine dans la Légion Etrangère, Hélie de Saint Marc sera aussi l'un des acteurs principaux des événements algériens de la fin des années 50 et du début des années 60, jouant notamment un rôle lors du putsch des généraux en 1961.

Ce qui lui vaudra quelques années à la prison de Tulle pour avoir contribué aux menées du « quarteron de généraux en retraite » dénoncé par De Gaulle.

On rappellera ici que Renaud Denoix de Saint Marc, né en 1938, est vice Président du Conseil d'Etat et membre du Conseil Constitutionnel et qu'il s'agit tout simplement du neveu d'Hélie.

Avant que nos déportés français ne soient effectivement détenus à Buchenwald, et un certain nombre comme nous l'avons vu pour y mourir, un intellectuel autrichien avait été déporté dans le camp.

Il s'agissait de Bruno Bettelheim, psychiatre et psychanalyste, dont la vie fut durablement marquée par son passage dans les camps nazis (Buchenwald, à l'instar de Dachau, fut très rapidement ouvert après l'arrivée de Hitler au pouvoir) et qui fit de longs travaux sur la question de l'autisme.

Bruno Bettelheim, nonobstant les critiques dont cette méthode psychothérapique est régulièrement l'objet, a sans doute défini les principales lignes de la démarche psychanalytique de traitement de cette maladie mentale, aujourd'hui encore largement utilisée tant aux Etats Unis qu'en France où elle fut notamment développée par Tony Lainé et présentée notamment par le travail documentaire de Daniel Karlin dans les années 70.

Au point où nous en sommes, nous voici un peu éloignés de Marcel Paul.

Aussi, revenons y.

Libéré au printemps 1945, Marcel Paul va jouer un rôle décisif dans la mise en oeuvre de la politique conçue, pendant l'Occupation, par le Conseil National de la Résistance.

Dès l'été 45, alors qu'il est membre de l'Assemblée consultative provisoire, il intervient en faveur de la nationalisation des secteurs de l'électricité et du gaz, et reprend ses activités syndicales au sein de la CGT et politiques au comité central du PCF.

En octobre 1945, il est candidat du PCF aux élections législatives en Haute Vienne, où la direction du PCF n'a pas souhaité voire Maurice Guingouin, chef des maquis du Limousin, prendre la tête de liste départementale.

Marcel Paul est élu avec près de 40 % des voix mais la liste communiste est cependant devancée par celle de la SFIO, menée par Adrien Tixier, Ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, qui dépasse la barre des 50 % et obtient sans coup férir trois des sièges à pourvoir.

Marcel Paul, à son tour, est nommé Ministre en novembre 1945 (imaginons la chose... Se retrouver Ministre d'un pays libéré sept mois à peu près après avoir quitté un camp de concentration où l'on vivait les pires privations), chargé de la Production Industrielle.

Après la nationalisation de la Banque de France et des établissements de crédit, Marcel Paul mène surtout la discussion du projet de loi de nationalisation de l'énergie (loi du 8 avril 1946) qui comporte nombre d'innovations pertinentes pour l'avenir.

D'une part, l'indemnisation des anciens actionnaires des sociétés de production et distribution d'énergie est fondée sur la distribution d'obligations de longue durée, et le fait de consacrer une partie des résultats à venir des entreprises à la rémunération de ces obligations.

Ensuite, Marcel Paul crée un statut des agents des sociétés EDF et GDF notamment fondé sur le développement d'un comité d'entreprise (ou plutôt du comité central des oeuvres sociales) dont les ressources sont liées à l'activité des entreprises, par prélèvement d'une partie de la valeur ajoutée créée.

Mais surtout, la nationalisation est sans aucun doute, à l'époque, le meilleur outil possible pour lancer les orientations d'un développement des infrastructures de production et de distribution d'énergie dans le pays, associant recherche et investissements dans l'ensemble des modes de production de la filière, et générant une capacité d'avance technologique pour notre pays de ce point de vue.

Le développement du réseau des grands barrages hydroélectriques (l'une des grandes affaires des années 50), l'activité notamment de la Compagnie Nationale du Rhône en termes d'aménagement global des régions du sillon rhodanien, la mise en oeuvre du programme nucléaire français sont contenus en germe dans la loi de nationalisation.

Le maintien des structures privées antérieures, parfois au bord de la cessation de paiement, n'aurait sans doute pas permis ces avancées.

Marcel Paul sera réélu député de la Haute Vienne lors des élections de 1946 puis, comme les autres Ministres communistes de l'après guerre, se retrouvera mis à l'écart, lorsque Paul Ramadier, Président du Conseil socialiste, décidera de se passer de leurs services en échange des subsides du Plan Marshall...

Marcel Paul deviendra donc, en 1947, Secrétaire général de la Fédération CGT de l'Eclairage, fonction qu'il assumera jusqu'en 1966.

Il sera également membre du comité central du PCF jusqu'en 1964.

Mais l'une de ses initiatives fut, en 1953, avec son ami le colonel Manhès, qu'il avait connu à Buchenwald, la création de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), dont il assurera la présidence jusqu'à son décès, en 1982.

Par une étrange ironie de l'Histoire, Marcel Paul mourut le 11 novembre 1982, peu de temps après avoir assisté, place de l'Etoile, à la cérémonie commémorative que sa double expérience de 14 – 18 et de 39 – 45 justifiait pleinement.

Au terme de ce message dont je conçois qu'il puisse apparaître comme touffu et peut être un peu long, nous allons laisser les rues de Plaisance en 1935 pour conclure assez simplement.

Loin des luttes électorales du printemps 1935, dans un contexte international et national pour le moins troublé, une fois jetés les ponts sur ce qui fut le futur immédiat des acteurs du temps, comment ne pas se surprendre qu'une telle densité d'aspirations humaines, diverses et pour certaines tout à fait lumineuses a pu coexister dans l'espace contraint de Buchenwald, cette villégiature d'antan consacrée par Goethe, devenu synonyme d'une barbarie jusqu'ici inconnue ?

Comment ne pas penser que le fait d'avoir côtoyé l'horreur a donné envie aux survivants, dans la pluralité de leurs fonctions, de leur rôle dans la vie sociale, politique ou économique, d'apporter des preuves toujours plus fortes d'humanité ?
vudeloin
 
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