de vudeloin » Lun 12 Déc 2011 18:05
.Difficile évidemment de tirer quelques conclusions définitives d’un scrutin législatif russe dont on peut penser, à l’instar des précédents, qu’il a été quelque peu « arrangé « par les autorités au pouvoir, afin de minimiser l’influence atteinte par les forces d’opposition.
On observera d’ailleurs que la répartition des sièges au niveau national peut fort bien avoir comme objet de réduire d’autant le nombre des élus de l’opposition, la barrière des 7 % de voix au niveau national constituant un obstacle difficile à surmonter pour des forces politiques qui ne disposeraient que d’une influence régionale.
Nous ne pouvons donc interpréter tout résultat que comme la représentation d’une tendance, à défaut d’être l’exact reflet de l’opinion publique russe en cette fin d’année 2011, alors même que le duo Poutine Medvedev a créé les conditions de sa permanence pour quelques temps encore.
La carte de notre ami canadien a un grand mérite : celle de nous permettre de disposer d’une première vision de la situation, laissant notamment l’apparence d’un succès large et incontestable du parti Russie Unie (Yedinaya Rossiya), le parti au pouvoir.
Russie Unie est en tête partout, qu’il s’agisse des villes, des okrugs, des oblasts ou des krais, comme des républiques autonomes, et paraît donc avoir assuré sa prédominance partout, autant en Russie du Sud que dans le Caucase, sur la Mer Blanche qu’aux bords du Pacifique…
Mais les réalités sont un peu plus contrastées, sous les réserves d’usage, s’agissant pour le moins du nombre des voix et de l’influence des uns et des autres.
En termes de voix, selon les résultats publiés par la Commission Electorale d’Etat, où en est on ?
En 2007, la Fédération de Russie comptait 109 145 517 électeurs inscrits.
69 537 065 (63,7 %) s’étaient déplacés aux urnes, et 68 777 136 avaient voté pour l’un des partis en présence.
Russie Unie avait largement remporté l’élection avec 44 714 241 suffrages, soit 64,3 % et 315 élus à la Douma d’Etat, sachant que la Russie avait alors abandonné le scrutin mixte majoritaire et proportionnel en vigueur encore lors de l’élection de 2003.
Le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF, Kommunisticheskaya Partiya Rossiyskoy Federatsii), avait obtenu 8 046 886 suffrages, soit 11,6 % et 57 élus.
Il devançait le Parti libéral démocrate de Russie (LDPR, Liberal’no – Demokraticheskaya Partiya Rossii), en réalité parti d’extrême droite de Vladimir Jirinovski, qui avait rassemblé 5 660 823 électeurs, 8,1 % des suffrages et 40 députés.
Enfin, le Parti Russie Juste (SR, Spravedlivaya Rossiya) avait recueilli 5 383 639 voix, 7,7 % et 38 élus.
Les autres partis n’avaient pas atteint la barrière des cinq points nécessaires, notamment Iabloko, le parti libéral de Grigori Yavlinski ou « Parti de la Pomme » ( le nom du parti étant un jeu de mots sur l’idée de bloc et le nom de la pomme en russe), qui avait recueilli 1 108 985 voix et 1,6 % des votes.
Le résultat officiellement annoncé (avec toutes les réserves d’usage) pour 2011 est le suivant
Inscrits 109 233 695 ( la Russie connaît une stagnation de sa population, liée à une dégradation du solde naturel et un raccourcissement de l’espérance de vie)
Votants 65 836 181, soit 60,3 % environ
Exprimés 64 802 748
Russie Unie 32 529 450 voix, soit 50,2 % et 238 élus
KPRF 12 606 882 voix, soit 19,6 % et 92 élus
Russie Juste 8 712 162 voix, soit 13,4 % et 64 élus
LDPR 7 670 478 voix, soit 11,8 % et 56 élus
Iabloko avec 2 252 000 suffrages, et 3,5 % est, toujours officiellement, le premier des partis à rester à la porte de la Douma.
1 031 776 électeurs ont voté pour les autres formations politiques, avec notamment l’échec du parti de droite Juste Cause.
De manière officielle, le pouvoir reconnaît donc la perte de plus de 12 millions de voix, quand les communistes gagnent plus de 4,5 millions de suffrages, Russie Juste plus de 3 millions, le LDPR 2 millions et Iabloko 1 million.
Allons au plus près des régions, maintenant.
J’indique entre parenthèses le pourcentage « officiel « 2007.
Les deux principales villes, tout d’abord.
A Moscou, 61,5 % de votants au sein d’un corps électoral de plus de 7 millions d’électeurs.
Russie Unie 47,5 % (54,9), KPRF 19,7 (14), Russie Juste 12,4 (7,8), LDPR 9,6 (7,3), Iabloko 8,7 (5,7)
A Saint Petersburg, ville de Vladimir Poutine qui y commença sa carrière de responsable du KGB, 54,8 % de votants.
Russie Unie 34,9 (50,8), Russie Juste 24,6 (15,3), KPRF 15,8 (12,6), Iabloko 12 (5,1), LDPR 10,5 (7,6)
La ville compte près de quatre millions d’électeurs.
La magnifique et héroïque cité des bords de la Neva a, comme on le voit, accordé plus de voix à la « gauche « russe (Russie Juste et KPRF) qu’au parti au pouvoir.
On remarque donc que, sur le dixième du corps électoral russe, concentré dans les deux capitales historiques du pays, Iabloko aurait fort bien pu se retrouver à la Douma s’il n’y avait le reste…
Et que Russie Unie était relativement éloignée de la majorité absolue des suffrages…
Voyons maintenant les régions comptant au moins un million d’électeurs.
Dans la partie européenne de la Russie, la région de Bielgorod (Ville blanche si mes souvenirs de base linguistique slave ne sont pas ruinés).
75,5 % de votants dans cette région marquée par la Grande Guerre Patriotique.
Résultats : Russie Unie 51,2 (65,4), KPRF 22,4 (15,7), Russie Juste 11,6 (6,5), LDPR 9,7 (6,4), aucun autre parti n’atteignant les 3 %.
Région de Briansk ensuite (même observations que pour Bielgorod).
59,9 % de votants et un résultat proche de celui observé sur la région précédente.
Russie Unie 50,1 (61,8), KPRF 23,3 (17,1), Russie Juste 11,2 (8,4), LDPR 10,6 (6,5), aucun autre parti n’atteint les 3 %.
Un peu plus au Nord, la région d’Arkhangelsk, sur l’Arctique.
50 % de votants et une chute pour Russie Unie, avec 31,9 % des voix (56,7), suivi de Russie Juste 22,1 (11), du KPRF 20,2 (10,2) et du LDPR 18,2 (10,6).
Iabloko fait 4,5 %.
L’oblast de Leningrad, maintenant, c'est-à -dire les banlieues de la grande ville baltique.
Un secteur comptant près d’un million et demi d’électeurs.
51,8 % de votants et un paysage transformé.
Russie Unie est en tête avec 33,7 % (59,2), devant Russie Juste 25,1 (12,7), le KPRF 17,3 (10,8), le LDPR 14,7 (8,6), Iabloko obtenant 4,9 (1,7).
L’oblast de Moscou, ensuite, avec près de 6 millions d’électeurs.
50,6 % de votants dans ces banlieues plus ou moins lointaines de la capitale.
Russie Unie 33,5 % (61,1), KPRF 26,6 (14,1), Russie Juste 16,4 (7,2), LDPR 14 ;8 (7,9) et Iabloko 6,3 (2,4).
La chute du parti au pouvoir met la gauche en position intéressante dans ce secteur.
Région de Nijni Novgorod, maintenant, comptant près de 2,5 millions d’électeurs.
59 % de votants et Russie Unie en tête avec 45,4 % (61,2), devant le KPRF 29 (12,7), le LDPR 10,8 (8,7), Russie Juste 10,7 (10,7), aucun autre parti ne faisant au moins 3 %.
Région de Penza, ensuite.
64,9 % de votants et un succès apparent pour Russie Unie avec 56,3 % (70,3), devant le KPRF 19,8 (13,1), le LDPR 10,1 (5,9) et Russie Juste 8,7 (5).
Plus au Sud, la région de Rostov sur le Don.
Une région comptant plus de 3,2 millions d’électeurs avec 59,4 % de votants.
Russie Unie en tête, comme toujours, avec 50,9 % (72,4), devant le KPRF 21,1 (10,6), Russie Juste 13,4 (6,7) et le LDPR 10,3 (5,4).
Saratov, ensuite, avec plus de 2 millions d’électeurs.
67,3 % de votants et un résultat fleurant bon l’arrangement.
Russie Unie passe en effet de 66 à 64,9 %, les autres partis ne faisant que de petits progrès.
Le KPRF est à 13,8 (12,6), Russie Juste à 10,1 (9,4) et le LDPR à 7,2 (6,3).
Allons maintenant à Tver, région d’un peu plus d’un million d’électeurs.
53,5 % de votants et Russie Unie en tête avec 38,4 % (58,7), devant le KPRF 23,2 (13,4), Russie Juste 19,8 (8,4) et le LDPR 11,7 (9,7).
Région de Toula, maintenant.
72,8 % de votants et une perte faible du parti Russie Unie avec 61,3 % (62,3) qui semble marquer un résultat « arrangé ».
Région de Vladimir, ensuite.
Une faible participation avec 48,9 % dans cette province historique de la Russie.
Mais un mauvais résultat pour Russie Unie, avec 38,3 % (56,8), devant Russie Juste 21,5 (9,2) et le KPRF 20,5 (14,4), le LDPR recueillant 12,9 (10,1).
A Volgograd (ex Stalingrad), région de 2 millions d’électeurs, on compte 52,1 % de votants.
Russie Unie en tête avec 36,6 % (58,2), devant le KPRF 23,3 (15,9), Russie Juste 21,6 (8,8) et le LDPR 13,5 (9,1).
Dans la région de Voronej, d’une population électorale équivalente, 64,3 % de votants (les deux régions sont voisines…).
Russie Unie en tête avec 50,5 % (58,1), devant le KPRF 22,2 (16,3), Russie Juste 14,7 (9,3) et le LDPR 9 (10,2).
Dans la région de Iaroslavl, avec un peu plus d’1,1 million d’électeurs, 55,9 % de votants.
Russie Unie en tête avec 29 % (53,2), devant le KPRF 24 (11,6), Russie Juste 22,6 (12,1) et le LDPR 15,5 (13,1).
Dans l’arrondissement de Krasnodar, au Sud du pays, région de près de quatre millions d’électeurs, qui couvre entre autres la région de Sotchi, en plein développement olympique, on a compté 72,9 % de votants.
Russie Unie l’emporte avec 57,1 % (63,2), devant le KPRF 17,8 (14,7), Russie Juste 11 (8,1) et le LDPR 10,6 (8,2).
Toujours vers le Sud, la région de Stavropol.
Cette région de près de deux millions d’électeurs n’a voté qu’à un peu plus de 50 % des inscrits, Russie Unie passant sous les 50 % des voix avec 49,1 % au lieu de 62,8 %.
Nous ne commenterons pas inutilement les résultats du Caucase, juste pour indiquer que, dans le Dagestan, la liste Russie Unie a obtenu 91,6 % des voix pour 91 % de votants ( !), dans une région où le KPRF faisait 18 % des suffrages en 2003.
A noter, aux confins de l’Asie centrale, la baisse de 15 points de Russie Unie dans la république d’Oudmourtie, et l’étonnant score de 78,6 % du même parti dans la république voisine du Tatarstan.
Près de 80 % de votants du côté de Kazan, moins de 57 % autour d’Ijevsk.
Pour ce qui concerne les régions de Sibérie, il faut évidemment se garder d’une impression générale de force du parti Russie Unie.
Car les territoires sont tout de même assez nettement dépeuplés.
Et dès que certaines villes plus ou moins importantes existent, les résultats ne sont pas du même profil.
Russie Unie n’est en effet qu’un peu au dessus de 36 % dans la région de Perm (environ deux millions d’électeurs), au dessus de 33 % dans la région de Sverdlovsk (plus de 3,4 millions d’électeurs), à 33,8 % dans celle de Novossibirsk (plus de deux millions d’électeurs) avec un KPRF à 30,3 %, à moins de 37 % dans le très étendu arrondissement de Krasnoiarsk (qui compte plus de deux millions d’électeurs et relie l’Altaï à l’Arctique du Sud au Nord de la Sibérie) ou encore un peu plus de 40 % dans la région d’Omsk (1,6 million d’électeurs) où l’influence du KPRF et de Russie Juste égale celle de Russie Unie.
Evidemment Russie Unie est en tête dans la Tchoukotka avec plus de 70 %, mais ce district autonome ne compte que 40 000 électeurs…
Il en est de même dans l’immense Yakoutie (Sakha) où Russie Unie arrive en tête avec 49,2 % des voix pour un peu plus de 60 % de votants, mais dans une région qui ne compte que moins de 600 000 électeurs.
Dans les régions sibériennes ou ouralo sibériennes, le parti au pouvoir n’est en tête que dans les régions de Tchéliabinsk avec 50,7 % (perte de 11 points sur 2007) et Kemerovo avec 64,2 % (perte de 12,6 points).
Enfin, l’Extrême Orient est assez défavorable au parti au pouvoir.
Il n’obtient en effet la majorité absolue que dans le district de la Tchoukotka et la frôle dans le petit district du Birobidjan, le présumé district juif autonome de Russie.
Voici donc les éléments, évidemment sujet à caution vu la fiabilité discutable des résultats, que l’on pouvait relever de ces élections législatives russes.