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Vers une fusion de l'Alsace ?

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Re: Unser Land : Projet de Collectivité territoriale d'Alsace

Messagede SALVAT » Lun 25 Juin 2018 15:37

Aligner les statuts de l'Alsace-Moselle et de la Sarre, à l'issue de la 1ere Guerre Mondiale est nouveau.
-2 départements qui élisent des parlementaires et vivent tout aussi librement que la Gironde ou la Charente
-une zone d'occupation militaire pour une durée de 15 ans : les Sarrois n'ont pas reçu la nationalité française ni n'ont élu de représentants au Parlement français. Au bout de 15 ans, les Sarrois ont eu à se prononcer sur 3 destins :-le rattachement à la France ( donc il n'y étaient pas auparavant : ils étaient sous l'autorité française) - l'autonomie -le rattachement à l'Allemagne.
En attendant ils étaient occupés et chargés de fournir à la France charbon et acier...
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Re: Unser Land : Projet de Collectivité territoriale d'Alsace

Messagede Républicain67 » Mer 27 Juin 2018 14:35

Ce projet de Collectivité territoriale d'Alsace (sur le modèle corse) a lieu après la création d'une pareille collectivité en Corse, fusionnant départements et régions et trois ans après le rejet par les les électeurs alsaciens de la CTA lors du référendum régional de 2013. A l'époque les électeurs haut-rhinois avaient refusé à 55% la CTA, alors que ceux du Bas-Rhin avaient voté pour la fusion, mais sans atteindre le seuil nécessaire des 25% des inscrits. Du coup la CTA était mort-née. Il a été dit beaucoup dit à propos du vote haut-rhinois, dans la presse et dans la classe politique nationale, dont énormément d'exagérations et de bêtises. Les électeurs du Haut-Rhin n'ont pas rejeté la fusion au nom de la "République une et indivisible", mais essentiellement comme l'avaient écrit les DNA de l'époque de peur de se faire annexer par le Bas-Rhin. Les chiffres sont éloquents. Si la ville de Colmar a rejeté massivement la CTA (le maire Gilbert Meyer était un ardent défenseur du "Non"), les électeurs de Mulhouse ont légèrement appuyé le "oui", comme les cantons frontaliers du Bas-Rhin, comme Sainte-Marie-aux-Mines (beaucoup plus tourné vers Sélestat et Strasbourg que vers Colmar). C'est que Colmar, ville très administrative, avait beaucoup à perdre de la fusion (perte du Conseil général, de la fonction publique) que Mulhouse, ville encore très industrielle (une des plus industrielles et ouvrières parmi les villes de plus de 100 000 habitants) où la fonction publique est beaucoup moins présente. D'ailleurs tous les cantons bas-rhinois ont appuyé le "oui", Strasbourg a plus de 70%. L'abstention a été très forte. En fait, s'il n'y avait pas eu le quorum des 25% des inscrits et des 50% de "oui" dans les deux départements, le "oui" l'avait emporté. 58% des Alsaciens qui se sont déplacé ont voté "oui" à la CTA, le Bas-Rhin étant plus peuplé que le Haut-Rhin. Mais on ne refait pas une élection ou un référendum. En temps que démocrate et républicain, on accepte le scrutin, comme l'on fait les défenseurs du "oui".

Les raisons profondes de l'opposition/méfiance entre le nord et le sud de la région (le fameux Landgraben) est plus à chercher dans l'histoire et la culture. La Basse-Alsace a connu la Réforme protestante (l'Alsace Bossue et le Pays de Hanau sont toujours des terres de culture luthérienne, à Strasbourg les protestants sont aujourd'hui minoritaires avec le brassage de la population), alors que la Haute-Alsace est, en dehors de Mulhouse qui a adopté le calvinisme (république urbaine souveraine allié aux cantons suisses jusqu'en 1798, date du rattachement à la France) restée massivement catholique (Sundgau possession des Habsbourg, principauté abbatiale de Murbach). Le Haut-Rhin a été au XIXème et XXème siècle un des moteurs de la Révolution industrielle en France, notamment grâce à Mulhouse (textile, construction mécanique, mines de potasse en banlieue) et les vallées vosgiennes (textile), alors que le Bas-Rhin demeurait en dehors de l'agglomération strasbourgeoise (industries agro-alimentaires, ateliers SNCF de Bischheim) assez rural. Du coup les deux départements ont une identité assez différente. Il existe dans la société haut-rhinoise une méfiance assez forte du Bas-Rhin et de Strasbourg qui dominerait l'Alsace. Une majorité de Haut-Rhinois craignent une "annexion" du Haut-Rhin par le Bas-Rhin, avec une domination de Strasbourg, notamment au détriment de Colmar l'administrative. Cela est ressortit au jour lors du référendum alsacien de 2013.

La situation a totalement changé en 2015 avec la fusion des régions. La contestation a été vive en Alsace, notamment dans le Haut-Rhin "noniste". Charles Butter, président du CG 68 avait été l'un des plus fervents opposants à la grande région, alors qu'il n'avait apporté qu'un "oui" critique au projet de CTA deux ans auparavant. Les manifestations anti-grande région ont vu resurgir une forme d'autonomisme alsacien, qui a largement profité à Unser Land dans les urnes, même si aucun autonomiste alsacien n'a été élu aux départementales et régionales. Tout de même 10% des voix pour la liste régionaliste anti-ACAL (Unser Land, Parti des Mosellans, Parti lorrain, AEI) dans le Bas-Rhin au premier tour des régionales (4ème position dans le départements) et même 12% dans le Haut-Rhin (3ème position, devant le PS). Du coup le 68 devenait paradoxalement plus régionaliste/autonomiste que le 67. Pourtant même après la fusion des régions, plus de 80% des Alsaciens restent opposés au Grand Est et veulent le retour à la région Alsace, ce qui démontre que la réforme territoriale reste très très impopulaire en Alsace, région à forte identité. Pour beaucoup d'Alsaciens il y a eu un changement de paradigme. La CTA redevient populaire. Il ne s'agit plus d'une opposition 67/68, mais de la disparition pure et simple de l'Alsace comme région administrative. l'Alsace culturelle, elle, subsiste.

Le maintien au second tour de Gérard Simler (Unser Land) dans la 5ème circonscription du Bas-Rhin aux législatives de 2017 avait étonné plus d'un (moi y compris, je l'avoue volontiers). Elle démontre que l'opposition à la grande région reste vivante. Le duel entre Antoine Herth (LR) et Gérard Simler ne doit cependant rien au hasard. La candidate LREM s'était retiré pour des raisons de santé et En Marche avait soutenu le "Macron compatible" Herth (proche de Bruno Le Maire). Gérard Simler s'est converti assez récemment à l'autonomisme. Il a été longtemps conseiller général DVD du canton de Marckolsheim et reste très bien implanté dans le Grand Ried. Ce vote des communes de la bande rhénane lui a permit de dépasser la candidate FN Éliane Klein (désormais une des dirigeantes des Patriotes dans le Bas-Rhin) et de se maintenir au second tour. Simler a été soutenu par de nombreux militants d'Unser Land qui ont quadrillé la circonscription lors de l'entre-deux-tour et a réussi a mobiliser sous son nom de nombreux électeurs (écologistes, certainement aussi de gauche et même FN) sous sa candidature, obtenant 45% au second tour. Un score que bizarrement la presse nationale n'a pas abordé. Dans la campagne de second tour Gérard Simler a porté un crédo fortement teinté d'autonomisme. La question du vote sanction n'était que très secondaires dans les discours du candidat et d'Unser Land.

Le resurgissement du débat autour de la CTA qu'on croyait clos en Alsace ne doit donc rien au hasard. Je sais qu'on ne peut refaire le monde, mais si Simler avait été élu en juin 2017 (il aurait été le premier député autonomiste alsacien depuis 1936), le débat aurait été d'une tout autre portée. Je précise que je ne suis pas autonomiste, mais bien républicain, partisan de la "République une et indivisible" néanmoins les hommes politiques nationaux devrait s'intéresser beaucoup plus à la "question alsacienne", surtout que dans les sondages le Grand Est reste très impopulaire auprès de la population alsacienne.
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