de vudeloin » Sam 27 Oct 2012 19:46
Pour ne pas perdre de vue les données principales de l'inextricable situation politique italienne, on rappellera les principes qui président désormais à l'élection des membres du Parlement.
A la Libération, l'Italie avait opté pour un système proportionnel régional qui, au fil du temps, avait composé un paysage politique largement dominé par une force, la Démocratie Chrétienne (DC), et dont l'opposition était essentiellement constituée par le Parti Communiste Italien (PCI), organisation politique grandie par la Résistance et qui tirait parti de puissants relais d'opinion, au travers du mouvement syndical (par le biais de la CGIL, Confederazione Generale Italiana del Lavoro), associatif et culturel.
Nombre d'artistes, d'intellectuels, d'écrivains étaient en effet adhérents ou compagnons de route du PCI, comme en témoigne l'oeuvre d'Alberto Moravia ou encore la grande vivacité du cinéma italien de 1945 à 1980, avec les oeuvres de Visconti, Fellini, Monicelli, Scola et d'autres.
La DC, héritière du Parti populaire d'avant la période fasciste, outre évidemment le soutien de la hiérarchie catholique, disposait également d'un puissant relais d'opinion avec la CISL (Confederazione Italiana Sindacato Lavoratori), d'obédience chrétienne et sociale, constituant de fait une sorte « d'aile gauche » du Parti.
Les autres organisations politiques de l'ancien paysage politique italien étaient le PSI (Parti socialiste italien, partie prenante de la Résistance) dont l'influence avait baissé au fil des années et de ses propres dissensions.
Notamment quant à l'attitude à adopter à compter de 1947 dans les relations avec le PCI et la DC, la majorité du Parti optant a priori pour la participation aux gouvernement menés par la DC, mais laissant de fait, largement, le champ de l'expression de gauche au seul PCI.
Le PSI disposait lui aussi d'une organisation syndicale susceptible de lui servir de relais, l'UIL, Unione Italiana del Lavoro, mais moins influentes que les deux autres.
La CGIL est elle même l'héritière de la Confédération Générale du Travail, et revendique aujourd'hui encore environ 5,5 millions d'adhérents.
La CISL, scission de la Confédération Générale en 1948, en affiche un million de moins.
Quant à l'UIL, lancée au début des années 50, elle compterait environ 2,2 millions d'adhérents.
Mais les liens entre syndicalisme et politique se sont, comme on l'a vu après l'explosion de la DC, quelque peu brouillés.
Le PSI avait produit pour sa part une scission dans les années 60, le Parti social démocrate italien (PSDI) qui avait notamment compté dans ses rangs une personnalité comme Giuseppe Saragat, président de l'Assemblée Constituante en 1946 puis de la République Italienne en 1964, avant d'être, pendant dix sept ans (de 1971 à 1988) sénateur inamovible, comme tous les anciens Présidents de la République à l'issue de leur mandat.
On trouvait aussi, à droite de la DC, le Parti libéral, fondé par Benedetto Croce, partenaire obligé des coalitions menées par la formation démocrate chrétienne.
Plus à gauche, à mi chemin en quelque sorte entre DC et PSI, on trouvait le Parti républicain italien, petite formation laïque, relativement influente dans les milieux d'affaires et la bourgeoisie urbaine.
A l'extrême droite, connaissant des fortunes diverses, on trouvait le MSI (Mouvement Social Italien) qui constituait avec la Droite Nationale, le regroupement des nostalgiques de l'époque fasciste.
On trouvait aussi quelques partis d'influence régionale, comme le parti sarde d'action, le SudTiroler Volkspartei, l'Union valdotaine, tous mouvements dont l'influence était limitée à leurs régions respectives (ici Sardaigne, Trentin Haut Adige et Val d'Aoste) et dont les alliances ont suivi le cours des aléas de la vie politique italienne.
Ainsi le SVP ou l'UV ont été, durant les années DC, des alliés du parti majoritaire mais, avec la disparition du mouvement, c'est avec les forces de centre gauche réunissant aussi les anciens membres de l'aile gauche de la DC qu'ils ont tendance à s'apparenter.
Les gouvernements DC étaient, notamment vers la fin du règne de ce parti, des gouvernements pentapartites, associant le PSI, le PSDI, le PRI, la DC et le PLI, mettant donc de côté PCI et MSI.
Tout cela, comme on le sait, a explosé après l'arrivée au pouvoir de Bettino Craxi, premier Premier Ministre non DC depuis la guerre, patron du PSI, entre 1983 et 1987, une expérience qui se terminera par des soucis judiciaires pour l'intéressé (qui sera condamné dans l'opération Mani Pulite, « Mains Propres ») et l'ascension de Berlusconi qui, ami de Craxi, jouira d'une aura grandissante dans les allées du pouvoir.
Toutes les forces politiques italiennes antérieures ont explosé avec la crise politique de la fin des années 80 début des années 90.
Le PCI s'est d'abord mué en PDS (Partito Démocratico della Sinistra) avant de devenir le PD par alliance avec l'aile gauche de l'ex DC.
Une partie de ses militants s'est organisée dans le parti RC (Rifondazione Comunista), lui même objet de scissions ultérieures dont le SEL est l'une des manifestations.
Le PSI a explosé en multiples mouvements qui ne sont plus aujourd'hui que des forces d'appoint pour toute coalition.
La DC n'existe plus, même si certains partis s'en réclament encore puisque la Margherita, qui était le parti réunissant l'aile gauche du mouvement, s'est finalement alliée au PDS pour créer le PD.
Le MSI, sous l'impulsion de Gianfranco Fini, s'est mué en Alliance nationale, abandonnant certains de ses oripeaux fascistes, avant de participer aux gouvernements Berlusconi puis de s'en désolidariser.
Reste que des forces nouvelles sont venues occuper l'espace : Forza Italia, le mouvement populiste de droite de Berlusconi et les autonomistes xénophobres de la Padanie, la Lega Nord.
Ces deux partis ont largement occupé l'espace vide laissé par la DC et pu capter un électorat populaire désorienté par les positions du PDS...
Ajoutons à cela l'impact des media sous contrôle berlusconien et l'on trouve quelques motifs d'explication de la situation actuelle.
Le mode de scrutin italien a changé, se basant sur une proportionnelle régionale avec prime majoritaire au niveau national assurant la majorité des sièges (55 %) à la coalition arrivée en tête.
La dernière fois, ce fut la coalition de centre droit de Berlusconi qui l'a emporté.
La coalition Berlusconi l'emporta dans les Abbruzzes (7 élus sur 14), en Calabre (12 élus sur 22), en Campanie (36 élus sur 62), dans le Frioul Vénétie Julienne (7 élus sur 13) , dans le Latium (29 sur 55), en Ligurie (9 élus sur 17), en Lombardie (62 élus sur 98), dans le Piémont (27 élus sur 47), dans les Pouilles (24 élus sur 44), en Sardaigne (9 élus sur 18), en Sicile (32 élus sur 53), dans le Trentin Haut Adige (4 élus sur 9) et en Vénétie (31 élus sur 50).
La coalition de centre droit l'emporta également en Molise au nombre des sièges (2 sur 3) mais uniquement grâce à la prime majoritaire, la coalition de centre gauche étant en tête au nombre de voix.
L'Union valdotaine emporta le siège du Val d'Aoste.
La coalition de centre gauche ne conserva que la Basilicate (3 élus sur 6 avec environ 45 % des voix), l'Emilie Romagne (22 élus sur 43), la Marche (8 élus sur 16), la Toscane (20 élus sur 38), l'Ombrie (5 élus sur 9) et les Italiens expatriés (7 élus sur 12)