Marcy a écrit:J'indique les résultats du sondage rolling Opinion Way de ce jour, globalement stables par rapport à hier, en indiquant entre parenthèses les souhaits de victoire pour chaque candidat :
Arthaud (LO) : 1 % (1 %)
Poutou (NPA) : 1 % (1 %)
Lassalle (R!) : 2 % (1 %)
Dupont-Aignant (DLF) : 2 % (2 %)
Hidalgo (PS) 3 % (2 %)
Roussel (PCF) : 5 % (3 %)
Jadot (EELV) : 5 % (3 %)
Mélenchon (LFI) : 10 % (10 %)
Zemmour (R) : 11 % (8 %)
Pécresse (LR) : 12 % (8 %)
Le Pen (RN) : 18 % (15 %)
Macron (LREM) : 30 % (29 %)
Si l'on considère que les électeurs voteraieny pour le candidat dont ils souhaitent la victoire (résultats entre parenthèses, ramenés à 100 %), cela donnerait :
Arthaud (LO) : 1,2 %
Poutou (NPA) : 1,2 %
Lassalle (R!) : 1,2 %
Dupont-Aignant (DLF) : 2,4 %
Hidalgo (PS) 2,4 %
Roussel (PCF) : 3,6 %
Jadot (EELV) : 3,6 %
Zemmour (R) : 9,6 %
Pécresse (LR) : 9,6 %
Mélenchon (LFI) : 12 %
Le Pen (RN) : 18,1 %
Macron (LREM) : 34,9 %
Cette dernière série me semble pouvoir être plus proche de résultats bruts de sondage avant redressement (je serais par exemple très curieux de savoir si le candidat Eric Zemmour, qui se présente pour la première fois, est redressé à la hausse ou à la baisse : l'écart important entre ses intentions de vote et les souhaits de victoire semble indiquer un redressement à la hausse). Emmanuel Macron est relativement beaucoup haut en termes de souhait de victoire que d'intentions de vote : cela pourrait correspondre à un redressement à la baisse souvent observé pour les candidats favoris du scrutin (l'égalité de traitement entre les candidats pendant la campagne officielle étant un facteur d'éparpillement du vote).
En tout cas, comme je n'ai pas confiance dans les méthodes de redressement des sondeurs (qui ont conduit à une surestimation du RN aux régionales, entre autres), les souhaits de victoire me semblent plus significatifs des prévisions pour les résultats finaux. A cette aune, je pense qu'Emmanuel Macron devrait finir très haut (surtout qu'il est sur une pente ascendante liée en partie à la guerre en Ukraine), plus proche du score de François Mitterrand en 1988 (34 %) que du sien en 2017 (24 %), que Marine Le Pen a un socle d'électeurs fidèles qui devraient lui garantir une deuxième place loin devant Eric Zemmour et Valérie Pécresse. La principale incertitude est selon moi le score de Jean-Luc Mélenchon, sur une tendance haussière : si l'électorat populaire vote il peut prétendre accrocher de justesse une place au second tour - mais je le vois plutôt finir troisième. Mais pour le moment je partage l'avis des contributeurs sur une participation faible pour une élection présidentielle (plutôt 60-65 %), ce qui devrait favoriser l'électorat âgé et aisé, au bénéfice d'Emmanuel Macron et Valérie Pécresse, et dans une moindre mesure Yannick Jadot (pour les CSP +), et défavoriser Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.
Cette analyse témoigne d'une certaine méconnaissance de ce qu'est un redressement statistique. Un redressement, ce n'est pas comme vous le sous-entendez, le sondeur qui change les chiffres à sa guise en fonction de ce qu'il pense être le résultat final. Car à ce compte-là , autant ne plus faire de sondages et ne faire que des pronostics : les sondages seront faits plus vite et ne coûteront plus grand-chose...
Un redressement, ça veut dire que le sondeur donne des poids différents à chaque sondé de façon à ce que, une fois pondéré, l'échantillon soit le plus représentatif possible de la population en terme d'âge, de CSP, de sexe, de lieu de résidence, etc... ainsi que de votes aux précédentes élections. Ça n'a strictement aucun sens de dire qu'un candidat serait structurellement favorisé ou défavorisé par ce type de procédé. Le sens du redressement va dépendre de la composition de l'échantillon brut.
Les écarts entre intentions de vote et souhaits de victoire peut être expliqués par plusieurs facteurs :
- Des électeurs ne votent pas pour leur candidat de cœur : vote utile ou abstention. C'est sans doute en partie pour cela que Le Pen et Mélenchon surperforment un peu dans les souhaits de victoire. Leurs électeurs populaires sous-déclarent un peu qu'ils iront voter.
- Des électeurs ne disent pas souhaiter la victoire de leur candidat de cœur tellement cela leur semble irréaliste. Typiquement, ce cas de figure doit expliquer une partie de l'écart pour Mélenchon et en sens inverse pour Jadot. Des électeurs savent que c'est cuit pour Jadot mais voteront pour lui par conviction. Par contre, souhaitent que Mélenchon gagne car c'est le seul candidat acceptable pour eux qui a des chances de gagner selon eux.
- Des électeurs n'ont pas de candidat de cœur mais vont voter : vote protestataire. Sans doute Zemmour en a-t-il un peu. Peut-être pas autant que Le Pen père en son temps mais suffisamment pour créer un écart non négligeable.
Et enfin, je trouve curieux de reprocher aux sondages de faire des hypothèses prudentes sur la participation en prenant en exemple les élections régionales où le problème des sondages avait été justement de surestimer largement la participation. À cette aune, il me semble extrêmement hasardeux de penser que les souhaits de victoire seraient prédictifs du résultat final.
Et enfin, un dernier point que je voudrais souligner, à savoir que JLM pourrait accrocher le second tour de la présidentielle si l'électorat populaire se déplace. Cela dépend franchement de quel électorat populaire on parle. Si c'est de l'électorat populaire de la banlieue parisienne et cie qu'on parle, il a toutes ses chances. Si on parle de celui du Pas-de-Calais ou de Haute-Marne, etc... il aura fort à parier qu'il sera foutu.