Le quotidien catholique La Croix a publié cette semaine un fort intéressant article sur la question des finances de l’Eglise, et notamment sur l’apport des fidèles aux missions de l’institution.
Selon cet article, l’Eglise disposerait en France d’un budget de 700 millions d’euros, résultant pour l’essentiel de la collecte du denier du culte ( 231 millions ), des quêtes ( 147 millions ) et des legs et donations (85 millions ).
Par ailleurs, ce que l’on appelle le casuel ( offrandes de cérémonie comme les baptêmes, mariages et funérailles ) apporte 75 millions d’euros et les offrandes de messe 57 millions.
Enfin, « l’exploitation « du patrimoine diocésain apporte 24 millions d’euros, les produits financiers 34 millions – de fait, la rémunération du placement des réserves et de la trésorerie des diocèses – et les ventes de produits divers ( cierges, visites je suppose ) 60 autres millions.
Le tout, ne l’oublions pas, pour une institution qui emploie une trentaine de milliers de personnes en activité, dont les deux tiers de desservants du culte.
Mais, au-delà de ces chiffres, se pose évidemment la question de la répartition de ces recettes et c’est sans doute là que l’affaire peut nous intéresser, notamment au plan des comportements politiques.
L’organisation diocésaine de l’Eglise recoupe, à peu près exactement, celle de la France administrative et la plupart de nos évêques sont installés dans les villes préfectures de département.
Avec quelques exceptions.
L’histoire est ainsi faite que l’évêché couvrant les Landes est partagé entre Aire sur l’Adour et Dax, que l’évêque d’Autun est celui qui couvre la Saône et Loire ou que l’évêque de Sées est celui de l’Orne.
Dans un autre ordre d’idées, l’évêque en charge de la Vendée est à Luçon ( il y eût d’ailleurs, en la personne de Richelieu, un célèbre titulaire du poste ), tandis que celui du Jura est installé à Saint Claude.
Est-ce pour lui qu’on fabriquait des pipes ?
De même, des raisons historiques et sans doute un peu géographiques partagent la Savoie en trois évêchés ( Chambéry, Saint Jean de Maurienne et Moûtiers ) tandis qu’on a installé l’évêque pour l’Ardèche à Viviers et que l’évêque de Saintes s’occupait de l’Aunis et de la Saintonge, plutôt qu’à La Rochelle…
Les aléas de l’Histoire ont aussi créé un évêque de Cambrai et un de Lille, sur le reclassement de paroisses jadis partagées entre les évêques d’Ypres, de Tournai, d’Arras et de Saint Omer.
Ils ont aussi laissé subsister un évêque de Reims ( et pour cause, vu le rôle du titulaire du poste dans la monarchie capétienne ) aux côtés d’un évêque de Châlons, existant depuis le IV e siècle !
Pour le coup, l’évêque de Reims s’occupe aussi des Ardennes…
Passons aux faits et notamment aux faits qui veulent que les fidèles soient plus ou moins nombreux, ou plus ou moins généreux, avec tout ce que cela implique.
Nous mettrons évidemment de côté le cas des églises d’Alsace Moselle, puisque, dans ces trois départements concordataires, et conformément au droit en découlant, les desservants du culte catholique ( comme ceux du culte protestant ou de la religion hébraïque ) sont payés sur le budget du Ministère de l’Intérieur.
Bref, quels sont les diocèses où les fidèles sont les plus généreux ?
Sans surprise, vient en tête le diocèse de Paris.
Avec 20,50 euros de recettes principales ( denier, legs et quêtes ) par habitant, l’évêché de Paris dispose en moyenne, chaque année, d’un volume de ressources de près de 43 millions d’euros.
Il est évident que du côté de Saint Sulpice, de Saint Philippe du Roule, de Saint Augustin, Sainte Clotilde ou Saint Pierre de Chaillot, les fidèles ont sans doute les moyens d’apporter leur concours aux bonnes œuvres de l’Eglise.
Et l’archevêque de Paris dispose de bien plus de moyens que ses collègues de banlieue.
L’évêque de Créteil doit se contenter de 7,5 millions d’euros, celui de Nanterre de 12,8 millions ( heureusement qu’il y a Neuilly, Saint Cloud et Boulogne, vraisemblablement ), celui de Versailles d’environ 14 millions ( on peut supposer que la cité royale, quelques villégiatures de luxe et Saint Germain en Laye contribuent au résultat ).
Mais les moins bien lotis semblent être les évêques de Meaux ( moins de 5,8 millions ), d’Evry ( entre 5,5 et 5,6 millions ), de Pontoise ( environ 4,7 millions ) et de Saint Denis ( moins de 3,8 millions ).
Allons un peu en province, désormais.
Les diocèses où les fidèles s’avèrent les plus généreux ( moyenne de versement par habitant ) sont les diocèses de Mende ( 1,36 million d’euros pour le Gévaudan, la Margeride et la Cévenne sur un territoire où, rappelons le, nous avions un comte évêque dans le passé ), du Puy en Velay ( près de 3 millions d’euros en Haute Loire, chapeautée par la cité mariale ), l’ensemble Chambéry – Saint Jean – Moûtiers ( 4,8 millions environ en Savoie, soit plus que dans le Val d’Oise ! ), Rodez ( un peu plus de 3,6 millions d’euros ), Luçon ( 7,2 millions d’euros en Vendée, soit autant qu’à Créteil ), Saint Flour (1,93 million pour le Cantal ) ou encore Saint Claude ( près de 3 millions ).
Les diocèses de Gap ( 1,6 million d’euros ), de Bayonne ( 7,3 millions ) ou encore de Dijon (5,7 millions ) ne sont pas en reste et participent de régions dont l’attachement à la religion est une réalité.
Dans les grandes villes du pays, Marseille fait figure de parent pauvre malgré une collecte de 4,4 millions, puisque Toulouse est à plus de 6,3 millions, Grenoble à 7,6 millions, Lille à près de 13 millions et Lyon à près de 16 millions.
Les quatre départements bretons collectent près de 25 millions d’euros pour l’Eglise.
Nous sommes donc bel et bien avec cette géographie de la charité chrétienne en présence d’une France catholique dont les points forts sont identifiés.
Certains départements de montagne, qu’il s’agisse du Massif Central comme des Alpes, le Grand Ouest : voilà le point fort de la présence catholique.
Une sécularisation plus forte dans les banlieues et les départements urbains, et voilà que nous avons une religion qui pèse moins dans la vie quotidienne.
Notons, pour le moment, que les points forts du catholicisme sont aussi des zones de faiblesse du Front National, le plus souvent, et qu’il trouve quelques forces dans des départements plus sécularisés.
Ainsi, l’évêché le moins producteur de ressources en province est celui d’Arras qui couvre le Pas de Calais où, malgré la présence des Polonais et de leurs descendants, le diocèse ne recueille que moins de 6 millions d’euros de ressources.
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