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La vie politique américaine

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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Ven 2 Fév 2018 19:33

Tirnam a écrit:Il est vrai que la moyenne des sondages pour Trump remonte, ça cache quand même une forte disparité selon les instituts, certains sont totalement stables (Gallup, ABC, Rasmussen), d'autres ont de fortes variations (CNN, Fox).
Et la "bonne" moyenne de Trump sur RCP est aussi aidé par le sondage Monmouth qui m'a tout l'air d'être une erreur statistique (parce que le même sondage donne un avantage de 2 points seulement pour les démocrates à la Chambre, aujourd'hui ce n'est clairement pas aussi réduit).
D'une manière générale je pense que cette légère remontée dans les sondages peut surtout s'expliquer par l'absence de grosse polémique autour de Trump ces dernières semaines.


Dans le Monmouth c'est surtout l'échantillonnage qui est un peu "étrange" : 32% de démocrates, 29% de républicains, 39% d'indépendants. Ça fait beaucoup d'indépendants, et l'écart entre démocrates et républicains me parait faible. Les électeurs se déclarant démocrates sont plus nombreux que ceux se déclarant républicains et c'est un phénomène qui s'accélère ces dernières années (désormais, 25% des Américains se déclarent libéraux, ce qui est le score le plus haut jamais enregistré depuis que les sondeurs évaluent le positionnement politique des électeurs).
Pour un point complet sur la situation des sondages (popularité de Trump et intentions de vote génériques pour le Congrès), je vous mets en lien cet excellent article (comme souvent) du non moins excellent site Fivethirtyeight :
https://fivethirtyeight.com/features/wh ... atic-wave/
Désolé pour les non-anglophones mais c'est dans la langue de Shakespeare. Je ne garderai qu'une seule phrase qui résume assez bien la chose je pense :
"En décembre, Trump était à 37% et les démocrates avaient entre 9 et 12 points d'avance. En janvier, Trump est à 40%, et les démocrates ont entre 6 et 8 point d'avance."
Sinon, concernant les sondages toujours, on notera que les sondeurs ont depuis un an un petit problème pour les sondages d'élection. Traditionnellement, sur les élections intermédiaires et les partielles, l'électorat républicain se mobilise nettement plus que l'électorat démocrate. Dans leurs redressements, les sondeurs tenaient compte de cet élément historique. Mais depuis un an, c'est l'inverse : l'électorat démocrate se mobilise beaucoup plus. Et les sondeurs ne savent pas trop jusqu'où ils doivent pousser ce curseur là dans leurs sondages. On voit ainsi certains sondeurs être plus généreux que d'autres avec cet "avantage" démocrate.
Si on compare les résultats entre sondages et élections de l'année écoulée, souvent les républicains font des scores assez proches de ceux que les sondages ou les experts électoraux attendaient. Par contre, les démocrates font nettement plus qu'attendu. C'est très net dans les élections en Virginie et en Alabama. Dans ce dernier cas, Jones est ainsi très proche du score présidentiel de Clinton dans l'état un an plus tôt : il perd à peine 60 000 voix par rapport à elle, ce qui dans une partielle avec un taux de participation beaucoup plus faible, est très notable. Pour la Virginie, avec 1 173 000, le score du candidat républicain est loin d'être mauvais (comparé aux résultats antérieurs des républicains pour cet état lors des élections fédérales, il est même plutôt dans une fourchette moyenne haute). C'est le score du démocrate, avec un peu plus de 1 400 000 voix, qui est plus inattendu car très haut.
Pour l'embellie sondagière de Trump (réelle, et que j'avais déjà signalée il y a plusieurs jours), je pense qu'il y a plusieurs éléments : moins de polémiques, la loi fiscale (qui était l'objectif principal de la doxa républicaine des 10 dernières années) et le climat économique. Maintenant c'est pas la première fois qu'on observe un pic de ce genre (depuis un an, c'est le 3e pic qu'on observe en la matière). Pareil pour les votes génériques au Congrès d'ailleurs : ça a beaucoup varié au cours de l'année écoulée.
C'est encore un peu tôt pour tirer des conclusions définitives.

Concernant les élections sénatoriales à venir :
1) Romney a annoncé qu'il ferait une déclaration officielle concernant l'élection en Utah le 15 février.
http://thehill.com/homenews/campaign/37 ... -two-weeks
2) en Floride, le républicain Rick Scott réserve sa déclaration pour plus tard, pas avant mars apparemment (la législature de Floride ne sera pas ajournée avant le 09 mars, et Scott ne fera rien avant en tant que gouverneur en place à priori).
https://www.politico.com/story/2018/02/ ... rms-381262
Son entourage raconte qu'il penche plutôt pour une candidature. Si il y va, on aura sans doute là une des élections les plus serrées.
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Re: La vie politique américaine

Messagede Tirnam » Mer 7 Fév 2018 10:58

4 élections partielles pour la législature de l'Etat du Missouri.

Les démocrates progressent de 11 à 28 points par rapport au score d'Hillary Clinton, le district 97 bascule vers les démocrates avec une marge de 3 points, en 2016 Trump l'avait emporté dans ce district par une marge de 28 points. Le district 144 reste républicain mais le démocrate y a obtenu 47% des voix, contre 19% pour Clinton en 2016.

Alors compte-tenu de la participation qui doit être abyssale les tendances à en tirer sont limitées, si ce n'est que les démocrates sont bien plus motivés pour voter que les républicains. Reste à savoir si cette différence d'enthousiasme va se maintenir (forcément de manière plus limitée) pour les élections régulières.
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Re: La vie politique américaine

Messagede ploumploum » Mer 7 Fév 2018 11:34

Par 245 pour/182 contre, la Chambre des Représentants adopte une nouvelle rallonge budgétaire (jusqu'au 23 mars) afin d'éviter un nouveau shutdown (le texte adopté fin janvier n'assure un financement que jusqu'au 8 février)

https://www.challenges.fr/monde/les-rep ... own_565682
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Mer 7 Fév 2018 16:54

Quelques informations concernant le gerrymandering ces derniers temps :
1) dans le dossier de Pennsylvanie, suite au recours des républicains auprès de la Cour suprême des USA, cette dernière a confirmé que sur ce cas la décision de la cour suprême de l'état était souveraine, et qu'à ses yeux la décision de redessiner la carte était donc valide.
https://www.bloomberg.com/news/articles ... voting-map
Le GOP de Pennsylvanie, plutôt que d'accepter la décision, a décidé de tenter un truc qui me parait simplement hallucinant : un des élus républicains de la Chambre basse de Pennsylvanie appelle à la destitution des juges de la Cour suprême de l'état qui ont voté en faveur de la refonte de la carte.
https://www.cnn.com/2018/02/06/politics ... index.html
Je ne sais pas si cet appel sera suivi d'effet. Si oui, on basculerait sans doute vers une crise institutionnelle en Pennsylvanie. Pour l'heure, la Chambre basse a jusque début mars pour proposer une nouvelle carte moins partisane au gouverneur, dans le cas contraire c'est la Cour suprême de l'état qui le ferait. Le redécoupage interviendrait après l'élection spéciale de mi-mars dans le district 18, mais avant les midterms de novembre.
2) en Ohio, les élus de l'état suivent un chemin fort différent avec un truc dingue dans l'Amérique d'aujourd'hui : un projet bipartisan approuvé par une très large majorité des deux partis :). Une loi instaurant un referendum sur le gerrymandering lors des primaires de mai dans l'état a été votée par les deux assemblées locales (31 pour 0 contre au sénat, 83 pour 10 contre à la chambre). Kasich, le gouverneur, qui était à la manœuvre, a annoncé qu'il validerait le projet.
https://www.cincinnati.com/story/news/p ... 310438002/
C'est assez technique, mais si la loi est votée en mai, tout nouveau découpage électoral post recensement devrait être voté par une majorité des 3/5 dans les deux chambres, avec l'approbation minimale d'au moins la moitié des élus de la minorité. Si ce processus devait échouer, alors le redécoupage échoirait à une commission composée de 7 personnes (le gouverneur, 2 membres du gouvernement de l'état, 2 élus démocrates et 2 élus républicains). Cette commission ne pourrait valider son travail que si au moins 2 membres de chaque parti seraient d'accord. Si la commission échoue à son tour, le redécoupage retournerait entre les mains des deux assemblées, avec la même obligation des 3/5, mais cette fois seul un tiers des élus de la minorité devrait y consentir. Si cela échoue encore, alors la majorité simple serait requise, mais le redécoupage ne serait validé que pour 4 ans, contre 10 en cas de redécoupage bipartisan. Il faudra voir si la loi est validée en mai, mais ce modèle pourrait inspirer d'autres états à en faire de même.

Tirnam a écrit:4 élections partielles pour la législature de l'Etat du Missouri.

Les démocrates progressent de 11 à 28 points par rapport au score d'Hillary Clinton, le district 97 bascule vers les démocrates avec une marge de 3 points, en 2016 Trump l'avait emporté dans ce district par une marge de 28 points. Le district 144 reste républicain mais le démocrate y a obtenu 47% des voix, contre 19% pour Clinton en 2016.

Alors compte-tenu de la participation qui doit être abyssale les tendances à en tirer sont limitées, si ce n'est que les démocrates sont bien plus motivés pour voter que les républicains. Reste à savoir si cette différence d'enthousiasme va se maintenir (forcément de manière plus limitée) pour les élections régulières.



Concernant les résultats dans le Missouri, ce qui est encore une fois assez impressionnant c'est qu'on est dans des territoires rouge vif. Si on a de telles évolutions ici, il ne faut pas demander ce que ça pourrait donner dans des zones bleues ou pourpres.
Je partage vos réserves concernant l'abstention, mais si les démocrates continuent à maintenir le niveau de mobilisation de leur base observé au cours de l'année écoulée, alors les républicains auraient beaucoup de soucis à se faire.
A ce propos, on a eu quelques sondages concernant les élections à venir au Michigan et en Floride. Au Michigan, la démocrate sortante Stabenow fait figure de grande favorite : elle aurait 21 points d'avance sur ses challengers républicains (les deux principaux candidats des primaires républicaines ont été testés et obtiennent le même résultat : 30% contre 51% pour la démocrate). Pour le poste de gouverneur, la démocrate Whitmer aurait 7 points d'avance contre le républicain Schuette (40% contre 33%). En Floride, c'est à ma connaissance le premier sondage qui testerait l'affiche Scott-Nelson depuis octobre dernier (sachant que le républicain Scott, gouverneurs sortant n'a pas encore fait acte de candidature officielle) : le démocrate aurait 6 points d'avance sur le républicain.
ploumploum a écrit:Par 245 pour/182 contre, la Chambre des Représentants adopte une nouvelle rallonge budgétaire (jusqu'au 23 mars) afin d'éviter un nouveau shutdown (le texte adopté fin janvier n'assure un financement que jusqu'au 8 février)

https://www.challenges.fr/monde/les-rep ... own_565682


Pendant ce temps, les propositions sur un budget pérenne ou le DACA n'ont pas avancé d'un pouce depuis le précédent shutdown. Trump a encore repoussé un projet bipartisan sur le DACA, et il annonce désormais qu'il est en faveur d'un shutdown à cause de l'immigration (au moins il assume que la tactique partisane l'intéresse plus que de gouverner). Bref, on a guère avancé de ce côté là.
https://www.cnn.com/2018/02/06/politics ... index.html
Trump qui lui aussi nous en a sorti une bien bonne récemment : il considère que les démocrates qui ne l'ont pas applaudi durant son discours de l'état de l'union sont à ses yeux coupables de "trahison".
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Re: La vie politique américaine

Messagede Vaulti » Mer 7 Fév 2018 21:09

CTirnam a écrit:4 élections partielles pour la législature de l'Etat du Missouri.

Les démocrates progressent de 11 à 28 points par rapport au score d'Hillary Clinton, le district 97 bascule vers les démocrates avec une marge de 3 points, en 2016 Trump l'avait emporté dans ce district par une marge de 28 points. Le district 144 reste républicain mais le démocrate y a obtenu 47% des voix, contre 19% pour Clinton en 2016.

Alors compte-tenu de la participation qui doit être abyssale les tendances à en tirer sont limitées, si ce n'est que les démocrates sont bien plus motivés pour voter que les républicains. Reste à savoir si cette différence d'enthousiasme va se maintenir (forcément de manière plus limitée) pour les élections régulières.

Corondar a écrit:Concernant les résultats dans le Missouri, ce qui est encore une fois assez impressionnant c'est qu'on est dans des territoires rouge vif. Si on a de telles évolutions ici, il ne faut pas demander ce que ça pourrait donner dans des zones bleues ou pourpres.

Pour le Missouri, c'est surtout le profil d'Hillary Clinton qui était un repoussoir pour les électeurs. Barack Obama y réalisait des scores plus acceptables.
Dans tous les cas, cela n'annonce rien de bon pour les midterms pour les républicains.
Un récapitulatif du "swing" pour les élections partielles est disponible sur le lien ci-dessous:
https://docs.google.com/spreadsheets/d/ ... ?sle=true#
Depuis l'accession au pouvoir de Trump, sur les élections partielles, les démocrates ont, en moyenne, fait un swing de 12 points en leur faveur par rapport au duel Trump/Clinton. 8 pts par rapport au duel Obama/Romney.
Dernière édition par Corondar le Jeu 8 Fév 2018 02:17, édité 2 fois.
Raison: Remise en forme des balises citation
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Re: La vie politique américaine

Messagede cevenol30 » Jeu 8 Fév 2018 01:16

Ce "swing" est en effet important. Trump a donc intérêt à remobiliser sa base en accrochant ses centres d'intérêt ou (moins efficace?) en manoeuvrant politiciennement. Traiter les démocrates qui le boudent de traîtres relève probablement de cette stratégie, faisant appel sous-jacent au respect des institutions et de la patrie, valeurs censées parler aux républicains (quand ça les arrange).

Quelques éléments économiques qui pourraient jouer dans les temps qui viennent:
-les taux d'intérêt ont tendance à augmenter suite d'une part à la réforme fiscale de Trump (recettes en baisse non financée sinon... par l'emprunt, ce qui tend à inquiéter un peu les détenteurs de bons du Trésor), d'autre part à la hausse en cours des taux de la Fed
-la Bourse a eu une phase de baisse sensible voire de krach démarrant notamment sur les titres de dette publique, malgré les baisses d'impôt qui ont au départ fait miroiter de meilleurs dividendes. Certaines entreprises ont d'ailleurs dû passer des provisions lors du passage au nouveau système fiscal donc c'est plus contrasté. L'impact économique du marché actions est plus immédiat aux USA car, du fait de l'inexistance d'une épargne sécurisée et avec un taux un peu potable comme nos livrets réglementés, l'épargne (surtout celle des classes aisées: le taux d'épargne est faible voire... négatif parfois, loin du comportement d'écureuil des Français) est davantage placée en actions, ce qui crée un "effet richesse": quand la bourse monte, les ménages se sentent plus riches (à voir le solde du compte-titres) donc se sentent tranquilles pour dépenser plus...
-le déficit commercial des USA a augmenté de +6% en décembre (surtout vis à vis de la Chine, du Mexique et de... l'Italie)
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Jeu 8 Fév 2018 02:25

Vaulti a écrit:Pour le Missouri, c'est surtout le profil d'Hillary Clinton qui était un repoussoir pour les électeurs. Barack Obama y réalisait des scores plus acceptables.
Dans tous les cas, cela n'annonce rien de bon pour les midterms pour les républicains.
Un récapitulatif du "swing" pour les élections partielles est disponible sur le lien ci-dessous:
https://docs.google.com/spreadsheets/d/ ... ?sle=true#
Depuis l'accession au pouvoir de Trump, sur les élections partielles, les démocrates ont, en moyenne, fait un swing de 12 points en leur faveur par rapport au duel Trump/Clinton. 8 pts par rapport au duel Obama/Romney.


Le Missouri n'est plus vraiment le swing state qu'il fut jadis. Il a longtemps été le swing state qui ne se trompe jamais, et puis en 2008 et en 2012 il a mis fin à sa série en choisissant par deux fois le perdant, de très peu la première fois (à peine 4 000 voix d'écart entre Obama et MacCain, il fut le dernier état à être attribué au collège électoral), de beaucoup la seconde (plus de 250 000 voix d'avance pour Romney).
Certes, en 2016 Clinton était sans doute une très mauvaise candidate pour cet état (en même temps c'était une mauvaise candidate tout court :) ), ce qui explique en partie les plus de 500 000 voix d'avance de Trump. Mais pas uniquement. C'est un état dont la démographie tend désormais à avantager les républicains assez nettement.

cevenol30 a écrit:Ce "swing" est en effet important. Trump a donc intérêt à remobiliser sa base en accrochant ses centres d'intérêt ou (moins efficace?) en manoeuvrant politiciennement. Traiter les démocrates qui le boudent de traîtres relève probablement de cette stratégie, faisant appel sous-jacent au respect des institutions et de la patrie, valeurs censées parler aux républicains (quand ça les arrange).

Quelques éléments économiques qui pourraient jouer dans les temps qui viennent:
-les taux d'intérêt ont tendance à augmenter suite d'une part à la réforme fiscale de Trump (recettes en baisse non financée sinon... par l'emprunt, ce qui tend à inquiéter un peu les détenteurs de bons du Trésor), d'autre part à la hausse en cours des taux de la Fed
-la Bourse a eu une phase de baisse sensible voire de krach démarrant notamment sur les titres de dette publique, malgré les baisses d'impôt qui ont au départ fait miroiter de meilleurs dividendes. Certaines entreprises ont d'ailleurs dû passer des provisions lors du passage au nouveau système fiscal donc c'est plus contrasté. L'impact économique du marché actions est plus immédiat aux USA car, du fait de l'inexistance d'une épargne sécurisée et avec un taux un peu potable comme nos livrets réglementés, l'épargne (surtout celle des classes aisées: le taux d'épargne est faible voire... négatif parfois, loin du comportement d'écureuil des Français) est davantage placée en actions, ce qui crée un "effet richesse": quand la bourse monte, les ménages se sentent plus riches (à voir le solde du compte-titres) donc se sentent tranquilles pour dépenser plus...
-le déficit commercial des USA a augmenté de +6% en décembre (surtout vis à vis de la Chine, du Mexique et de... l'Italie)


Le problème c'est que la stratégie trumpienne ne vise qu'a complaire à cette base, plus par des postures que par des politiques d'ailleurs, bien souvent. Tactiquement et à court terme ça marche : Trump conserve le soutien de la base, et c'est le GOP qui se trumpise plutôt que l'inverse (au grand désarroi de l'aile centriste du parti). Stratégiquement et à long terme c'est catastrophique : le GOP perd tout espoir de s'adresser aux électorats tangents, et cela attise encore plus vigoureusement la division partisane du pays. Et je ne parle même pas de l'impact sur la gouvernance du pays : il n'y a plus guère d'horizon de gouvernance sur le fond. Quand on voit que la majorité ne propose toujours pas de budget pérenne et que Trump passe son temps à attaquer le camp adverse (l'ennemi ?), comment peut-on imaginer des propositions bipartisanes ? Ce serait pourtant la seule alternative.

Pour l'économie, le krach de lundi dernier a créé une situation télévisuelle assez drôle et imprévisible : Trump avait programmé ce jour là une sortie en Ohio pour vanter son bilan économique. Comme d'habitude le président n'a pas cessé de vanter son bilan boursier (des dizaines de record de plus haut depuis son élection), comme étant de son fait. Le problème c'est que tous les médias rediffusaient cette allocution en split screen avec l'effondrement des cours en simultané :). Cela dit, ça fait un nouveau record à afficher à son tableau pour Trump : la plus forte baisse en point (pas en pourcentage) du Dow Jones de l'histoire.
Personnellement, je ne crédite pas les présidents des performances boursières, je ne les blâme pas non plus pour leurs contre-performances. Le problème c'est que Trump n'a pas cette vision des choses. Du coup depuis lundi, on sent que la Maison Blanche évite un peu le sujet. On n'en est pas encore à nous dire que les hausses sont du ressort présidentiel (uniquement pour Trump hein, pas ses prédécesseurs) mais pas les baisses, mais ça viendra j'imagine :).
Comme je l'avais dit il y a quelques jours sur ce fil de discussion, la bourse US est clairement en surchauffe depuis des mois (surchauffe largement entretenue par la politique fiscale de Trump). Les derniers signes de risque d'inflation de l'économie US (risques bien réels) couplés à une incertitude quant à la FED (puisque Trump a tenu à changer la direction, contre tous les usages après un seul mandat de la sortante) ont entrainé ce mouvement de correction. Est-il passager ou le début d'un cycle de repli, alors là, mystère ?
L'économie réelle pour l'heure continue à bien se porter. Mais là aussi, c'est le cas depuis désormais 8 ans. Les risques fondamentaux de l'économie US sont toujours là : dettes massives, déficit commercial abyssal, spéculation boursière et financière (là aussi, renforcée par la dérégulation trumpienne). Rien que sur le chômage, on arrive sans doute au plafond minimal. Il va être difficile de descendre plus bas que ça. Je ne sais pas si les fondamentaux économiques US bougeront d'ici aux midterms. Prévoir l'évolution économique à un mois c'est déjà pas évident, alors à 9 mois :). Par contre, il me parait difficile que l'économie US tienne à ce rythme jusqu'en 2020. Voir un cycle de croissance de près de 10-11 ans, ce serait du jamais vu depuis très longtemps (même pendant les 30 Glorieuses, l'économie US a connu des crises, il faudrait remonter à la période des années 1920 peut-être ?).
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Re: La vie politique américaine

Messagede ploumploum » Jeu 8 Fév 2018 15:38

Corondar a écrit:
cevenol30 a écrit:Quelques éléments économiques qui pourraient jouer dans les temps qui viennent:
-les taux d'intérêt ont tendance à augmenter suite d'une part à la réforme fiscale de Trump (recettes en baisse non financée sinon... par l'emprunt, ce qui tend à inquiéter un peu les détenteurs de bons du Trésor), d'autre part à la hausse en cours des taux de la Fed
-la Bourse a eu une phase de baisse sensible voire de krach démarrant notamment sur les titres de dette publique, malgré les baisses d'impôt qui ont au départ fait miroiter de meilleurs dividendes. Certaines entreprises ont d'ailleurs dû passer des provisions lors du passage au nouveau système fiscal donc c'est plus contrasté. L'impact économique du marché actions est plus immédiat aux USA car, du fait de l’inexistence d'une épargne sécurisée et avec un taux un peu potable comme nos livrets réglementés, l'épargne (surtout celle des classes aisées: le taux d'épargne est faible voire... négatif parfois, loin du comportement d'écureuil des Français) est davantage placée en actions, ce qui crée un "effet richesse": quand la bourse monte, les ménages se sentent plus riches (à voir le solde du compte-titres) donc se sentent tranquilles pour dépenser plus...
-le déficit commercial des USA a augmenté de +6% en décembre (surtout vis à vis de la Chine, du Mexique et de... l'Italie)


Pour l'économie, le krach de lundi dernier a créé une situation télévisuelle assez drôle et imprévisible : Trump avait programmé ce jour là une sortie en Ohio pour vanter son bilan économique. Comme d'habitude le président n'a pas cessé de vanter son bilan boursier (des dizaines de record de plus haut depuis son élection), comme étant de son fait. Le problème c'est que tous les médias rediffusaient cette allocution en split screen avec l'effondrement des cours en simultané :). Cela dit, ça fait un nouveau record à afficher à son tableau pour Trump : la plus forte baisse en point (pas en pourcentage) du Dow Jones de l'histoire.
Personnellement, je ne crédite pas les présidents des performances boursières, je ne les blâme pas non plus pour leurs contre-performances. Le problème c'est que Trump n'a pas cette vision des choses. Du coup depuis lundi, on sent que la Maison Blanche évite un peu le sujet. On n'en est pas encore à nous dire que les hausses sont du ressort présidentiel (uniquement pour Trump hein, pas ses prédécesseurs) mais pas les baisses, mais ça viendra j'imagine :).


J'aurais plus parlé de "grosse correction" que de "krach" qui semble utilisé uniquement à cause de l'ampleur de le perte en pts. C'est vite oublier que le Dow Jones est passé de 18 000 pts (nov 2016) à 26 600 il y a encore quelques jours. En plus, le système de "coupe-circuits" n'a même pas été déclenché.
https://www.latribune.fr/bourse/affolem ... 67404.html
Concernant Trump, il aurait pu saluer cette chute (ça aurait été drôle ;-) ) vu qu'apparemment elle est due à de bonnes nouvelles dans l'économie réelle (hausse des salaires et création d'emplois meilleures que prévues--> crainte de l'inflation--> relèvement des taux, etc, etc...)
http://www.lemonde.fr/economie-mondiale ... 56941.html


ploumploum a écrit:Par 245 pour/182 contre, la Chambre des Représentants adopte une nouvelle rallonge budgétaire (jusqu'au 23 mars) afin d'éviter un nouveau shutdown (le texte adopté fin janvier n'assure un financement que jusqu'au 8 février)

https://www.challenges.fr/monde/les-rep ... own_565682


On apprend qu'un accord de court-moyen terme a été conclu au Sénat. Il prévoit entre autres :
une hausse des dépenses d’environ 300 milliards de dollars sur deux ans. Les sénateurs envisageaient pour 2018 et 2019 un gonflement annuel des dépenses militaires de l’ordre de 80 milliards de dollars (65 milliards d’euros), selon le Washington Post, qui s’ajouteraient aux 549 milliards du dernier exercice. Il serait complété par une hausse des dépenses non militaires, notamment sociales, de 63 milliards de dollars, selon la même source, en plus d’un total qui s’élève pour l’instant à 516 milliards. S’y ajouterait également une aide de 90 milliards de dollars pour les Etats et territoires américains dévastés par les tempêtes de 2017.


Le vote des sénateurs est prévu pour aujourd'hui et si le Président Trump a salué cet accord, en revanche "les faucons fiscaux" et Nancy Pelosi le critiquent. Dans une très longue intervention ( 8 heures/ un record) à la Chambre, la leader de la minorité démocrate conditionne un vote favorable de son groupe à l'inscription à l'ordre du jour d'un débat sur l'immigration et le dossier des dreamers.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article ... _3222.html
https://www.courrierinternational.com/a ... e-depenses
http://www.lemonde.fr/ameriques/article ... _3222.html
ploumploum
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Re: La vie politique américaine

Messagede ploumploum » Jeu 8 Fév 2018 23:10

ploumploum a écrit:J'aurais plus parlé de "grosse correction" que de "krach" qui semble utilisé uniquement à cause de l'ampleur de le perte en pts. C'est vite oublier que le Dow Jones est passé de 18 000 pts (nov 2016) à 26 600 il y a encore quelques jours. En plus, le système de "coupe-circuits" n'a même pas été déclenché.
https://www.latribune.fr/bourse/affolem ... 67404.html


Apparemment j'ai écrit trop vite ;-) . Le Dow Jones vient de reperdre plus de 1000 pts aujourd'hui, du coup on est peut-être effectivement sur le début d'une phase de krach ou de dégonflement de la bulle. A surveiller.
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Re: La vie politique américaine

Messagede Corondar » Ven 9 Fév 2018 00:28

ploumploum a écrit:
ploumploum a écrit:J'aurais plus parlé de "grosse correction" que de "krach" qui semble utilisé uniquement à cause de l'ampleur de le perte en pts. C'est vite oublier que le Dow Jones est passé de 18 000 pts (nov 2016) à 26 600 il y a encore quelques jours. En plus, le système de "coupe-circuits" n'a même pas été déclenché.
https://www.latribune.fr/bourse/affolem ... 67404.html


Apparemment j'ai écrit trop vite ;-) . Le Dow Jones vient de reperdre plus de 1000 pts aujourd'hui, du coup on est peut-être effectivement sur le début d'une phase de krach ou de dégonflement de la bulle. A surveiller.


Plus de 3000 points de repli d'indice boursier en quelques jours, ça commence à faire une grosse correction en effet :). En bourse, le sentiment de panique peut se propager vite et fort (les bourses mondiales s'en ressentent d'ailleurs).
Comme je l'ai dit, les envolées boursières des derniers mois étaient objectivement surréalistes et basées essentiellement sur de l'euphorie et de la spéculation (largement entretenues par les cadeaux fiscaux de Trump). Le problème c'est que cette "correction" se fait en même temps qu'émergent des craintes réelles pour les marchés américains : le retour possible de l'inflation et la hausse probable des taux d'intérêt. Le dernier point étant le pire à court terme : qui dit hausse des taux d'intérêt dit fin de l'endettement gratuit, et dans une économie qui ne tourne qu'à la dette, c'est un très mauvais signal. Car si il y a bien un élément sur lequel l'état américain et la société civile n'ont jamais varié depuis la fin des années 1990 c'est bien celui là : la course incessante à la dette et au déficit. Pour l'inflation c'est un peu tôt pour se prononcer, mais c'est là un risque de long terme assez réel qui inquiète aussi les marchés : une fois que l'inflation arrive, c'est très difficile de l'arrêter, et ça se fait souvent au prix fort pour l'économie réelle. A voir en effet la suite...
En temps normal, tout cela pourrait être d'un impact politique assez limité, mais Trump ayant fait de l'envolée boursière une des vitrines de son mandat, c'est un élément qui peut avoir son importance.

Concernant le budget proposé par le Sénat, on est sur un plan bien plus pérenne que de moyen terme : il vise un financement sur deux ans, avec une hausse sur la période de 180 milliards du budget de la défense et de 130 milliards pour les budgets domestiques, avec en prime une grosse enveloppe pour le traitement des catastrophes naturelles.
Le Sénat par ce projet bipartisan (les républicains ont leur hausse du budget militaire, les démocrates ont leur hausse des budgets domestiques) a pris de court la Chambre qui préférait de loin un nouveau financement temporaire. Au Sénat, MacConnell et Schumer ont réaffirmé leur accord de mettre en débat la question du DACA après le vote de ce budget (et je reste persuadé qu'il ne devrait pas être trop difficile de trouver 60 votes pour la naturalisation des dreamers avec quelques concessions sur la réforme du droit d'asile).
A la Chambre par contre ça coince. D'une les faucons budgétaires républicains ne sont pas prêts à brader la doxa républicaine aussi facilement (la dette pour offrir des baisses d'impôts oui, pour de la dépense non). De deux les démocrates de la Chambre (surtout l'ailé libérale du parti) n'ont pas les mêmes assurances de la part de Ryan sur le DACA : ils restent persuadés que le Speaker ne prendra pas le risque de perdre son poste en énervant son caucus par un débat sur l'immigration. D'autant qu'à la Chambre, il est très difficile de savoir ce que donnerait un vote sur la naturalisation des dreamers et une réforme de l'immigration.
Pour l'heure, Paul du Kentucky semble faire trainer les choses au Sénat pour retarder le vote (en tant que libertarien il goûte fort peu ce genre de projet budgetivore), et du côté de la Chambre c'est silence radio.
https://www.cnn.com/2018/02/08/politics ... index.html
Quant à la Maison Blanche, elle s'est débattue toute la journée en essayant de gérer les retombées d'une nouvelle démission (Rob Porter, le chargé du traitement de l'information auprès du président, a démissionné après qu'ait été rendue publique une enquête le visant suite à des plaintes de violences physiques et sexuelles de la part de ses deux ex-femmes) et en évitant de parler des soucis boursiers des derniers jours.
https://www.cnn.com/2018/02/08/politics ... index.html
Et, pendant ce temps là, le GOP de l'Illinois fait face à une situation plus que gênante : dans une primaire non disputée pour la candidature républicaine au siège du 3e district de l'état (un siège considéré comme trop sur pour les démocrates, le GOP n'avait même pas présenté de candidat en 2016), c'est un candidat néo-nazi qui s'est imposé, faute de combattants.
https://www.nytimes.com/2018/02/07/us/n ... inois.html
Ce qui est désarmant c'est que le GOP local a laissé passer les délais légaux pour contester l'investiture. Du coup les démocrates de l'état (qui visent de faire tomber le gouverneur républicain sortant en novembre) font leurs choux gras de tout ça en dénonçant le racisme ambiant du GOP (après les propos de Trump sur Charlottesville et le shitholegate).
Corondar
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